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	<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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	<description>Site de la fraction L'&#201;tincelle, groupe trotskiste partie prenante du NPA, et de sa revue Convergences r&#233;volutionnaires.</description>
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		<title>Convergences r&#233;volutionnaires</title>
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		<title> &#201;quateur : premier recul du pr&#233;sident Guillermo Lasso
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		<dc:subject>Monde
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		<dc:subject>&#201;quateur
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		<description>Alors que des protestations contre le co&#251;t de la vie continuent d'agiter le pays depuis deux semaines, le pr&#233;sident Guillermo Lasso a annonc&#233; une baisse du prix des carburants en guise de &#171; main tendue &#187; aux manifestants. Les violences entre manifestants et forces de l'ordre ont fait au moins cinq morts et des centaines de bless&#233;s. Dans le m&#234;me temps, le Parlement examine une demande de destitution du pr&#233;sident, que des d&#233;put&#233;s d'opposition rendent responsable de la crise politique&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Alors que des protestations contre le co&#251;t de la vie continuent d'agiter le pays depuis deux semaines, le pr&#233;sident Guillermo Lasso a annonc&#233; une baisse du prix des carburants en guise de &#171; main tendue &#187; aux manifestants. Les violences entre manifestants et forces de l'ordre ont fait au moins cinq morts et des centaines de bless&#233;s. Dans le m&#234;me temps, le Parlement examine une demande de destitution du pr&#233;sident, que des d&#233;put&#233;s d'opposition rendent responsable de la crise politique qui secoue le pays depuis le 13 juin. Et, pour l'instant, la mobilisation, dirig&#233;e largement par la communaut&#233; indig&#232;ne (am&#233;rindienne), ne faiblit pas.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title> &#201;quateur : la capitale en partie paralys&#233;e par les manifestants indig&#232;nes
</title>
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		<dc:date>2022-06-24T14:34:52Z</dc:date>
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		<dc:subject>Monde
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		<description>Au dixi&#232;me jour des mobilisations contre la hausse des prix du carburant, qui se sont sold&#233;es par deux morts, des milliers d'indig&#232;nes &#8211; c'est dire d'&#201;quatoriens d'origine am&#233;rindienne &#8211; ont manifest&#233; dans les rues de Quito. La capitale est toujours en partie paralys&#233;e tandis que le gouvernement refuse de lever l'&#233;tat d'urgence d&#233;clar&#233; dans six des 24 provinces du pays, comme l'exige le mouvement indig&#232;ne en pr&#233;alable &#224; l'ouverture de n&#233;gociations. Aux cris de &#171; Lasso dehors ! &#187; en&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Au dixi&#232;me jour des mobilisations contre la hausse des prix du carburant, qui se sont sold&#233;es par deux morts, des milliers d'indig&#232;nes &#8211; c'est dire d'&#201;quatoriens d'origine am&#233;rindienne &#8211; ont manifest&#233; dans les rues de Quito. La capitale est toujours en partie paralys&#233;e tandis que le gouvernement refuse de lever l'&#233;tat d'urgence d&#233;clar&#233; dans six des 24 provinces du pays, comme l'exige le mouvement indig&#232;ne en pr&#233;alable &#224; l'ouverture de n&#233;gociations. Aux cris de &#171; Lasso dehors ! &#187; en r&#233;f&#233;rence au chef de l'&#201;tat, Guillermo Lasso, les manifestants ont br&#251;l&#233; des pneus et des branches d'arbre, tandis que des barbel&#233;s et des gardes militaires prot&#233;geaient le Palais pr&#233;sidentiel. Outre l'augmentation des prix du carburant, les manifestants d&#233;noncent le manque d'emplois, l'octroi de concessions mini&#232;res dans les territoires autochtones, l'absence de contr&#244;le des prix des produits agricoles et demandent une ren&#233;gociation des dettes des paysans aupr&#232;s des banques. Jusqu'&#224; pr&#233;sent le pouvoir a r&#233;pondu &#224; toutes ces demandes par la force.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title> &#201;quateur : les prix flambent et le pays s'embrase
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Equateur-les-prix-flambent-et-le-pays-s-embrase</link>
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		<dc:date>2019-10-14T15:08:03Z</dc:date>
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		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>&#201;quateur
</dc:subject>

		<description>En &#201;quateur, la contestation grandit face aux politiques dict&#233;es par le FMI qui impose une r&#233;forme du droit du travail, une baisse des salaires dans la fonction publique et la suppression de subventions sur les carburants, ce qui a entra&#238;n&#233; une hausse de 123% des prix &#224; la pompe et de 40% des prix des transports publics. Ces r&#233;formes ont embras&#233; le pays, &#224; commencer par les populations indig&#232;nes qui repr&#233;sentent les franges les plus pauvres. Les routes sont bloqu&#233;es, les transports &#224;&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;En &#201;quateur, la contestation grandit face aux politiques dict&#233;es par le FMI qui impose une r&#233;forme du droit du travail, une baisse des salaires dans la fonction publique et la suppression de subventions sur les carburants, ce qui a entra&#238;n&#233; une hausse de 123% des prix &#224; la pompe et de 40% des prix des transports publics. Ces r&#233;formes ont embras&#233; le pays, &#224; commencer par les populations indig&#232;nes qui repr&#233;sentent les franges les plus pauvres. Les routes sont bloqu&#233;es, les transports &#224; l'arr&#234;t, les puits de p&#233;trole occup&#233;s et les manifestants ont pris d'assaut le si&#232;ge du gouvernement. Face &#224; ce mouvement populaire, le pr&#233;sident Moreno a d&#233;clar&#233; l'&#233;tat d'urgence et a d&#233;ploy&#233; 74 000 militaires et policiers qui ont d&#233;j&#224; fait 6 morts et plusieurs milliers de bless&#233;s. Devant la mobilisation, il a annonc&#233; retirer son d&#233;cret sur les subventions sur les carburants ce dimanche soir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'&#201;quateur n'est pas isol&#233; : de l'Alg&#233;rie &#224; Hong-Kong en passant par l'Irak, la col&#232;re gronde contre ce syst&#232;me et la mis&#232;re qu'il s&#232;me. La violence de l'&#201;tat est &#224; la hauteur de la peur que lui inspire la r&#233;volte des pauvres. &#192; Quito comme ailleurs, les poss&#233;dants ont de quoi s'inqui&#233;ter...&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title> Bolivie et Equateur : deux mouvements, une seule perspective
</title>
		<link>https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Bolivie-et-Equateur-deux-mouvements-une-seule-perspective</link>
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		<dc:date>2005-10-13T22:00:00Z</dc:date>
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		<dc:subject>Monde
</dc:subject>
		<dc:subject>Bolivie
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		<dc:subject>&#201;quateur
</dc:subject>

		<description>Bolivie (mai-juin 2005) et Equateur (avril et ao&#251;t 2005), ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de luttes dans lesquelles les travailleurs, les ch&#244;meurs, les &#233;tudiants, les Indiens et les paysans se sont oppos&#233;s aux gouvernants et &#224; la bourgeoisie. Ces mobilisations massives ont bloqu&#233; totalement les capitales, La Paz (Bolivie) et Quito (Equateur), l'activit&#233; &#233;conomique, administrative et politique, les communications et l'approvisionnement ainsi qu'une grande partie de la production et de la&lt;span class=&#034;fin_article&#034;&gt;&lt;/span&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;em&gt;Bolivie (mai-juin 2005) et Equateur (avril et ao&#251;t 2005), ont &#233;t&#233; le th&#233;&#226;tre de luttes dans lesquelles les travailleurs, les ch&#244;meurs, les &#233;tudiants, les Indiens et les paysans se sont oppos&#233;s aux gouvernants et &#224; la bourgeoisie. Ces mobilisations massives ont bloqu&#233; totalement les capitales, La Paz (Bolivie) et Quito (Equateur), l'activit&#233; &#233;conomique, administrative et politique, les communications et l'approvisionnement ainsi qu'une grande partie de la production et de la distribution d'hydrocarbures des deux pays, contraignant leurs pr&#233;sidents &#224; la d&#233;mission. Depuis plus de cinq ans, ce ne sont ni les &#233;lections ni les coups d'&#233;tat qui d&#233;font les gouvernements &#233;quatoriens et boliviens : c'est la rue. En Bolivie comme en Equateur, ce sont les organisations ouvri&#232;res, plut&#244;t que les organisations paysannes ou indiennes, qui ont marqu&#233; la lutte, notamment par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale. Les puits ont &#233;t&#233; bloqu&#233;s par des salari&#233;s du p&#233;trole et du gaz eux-m&#234;mes, travaillant &#224; la production, au raffinage et &#224; la distribution, et non plus par des manifestants ext&#233;rieurs. Des milliers d'autres salari&#233;s de multiples secteurs (sant&#233;, mines, transport, &#233;ducation...) se sont &#233;galement mobilis&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bolivie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;La r&#233;volution ouvri&#232;re de 1952 et ses cons&#233;quences
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si la Bolivie est souvent connue &#224; l'ext&#233;rieur parce que Che Guevara y a men&#233; sa derni&#232;re gu&#233;rilla dans les campagnes, son histoire est essentiellement marqu&#233;e durant plusieurs d&#233;cennies par des luttes ouvri&#232;res tr&#232;s dures, sanglantes le plus souvent, mais aussi parfois victorieuses. Et ce pays a connu la seule v&#233;ritable r&#233;volution prol&#233;tarienne de toute l'Am&#233;rique Latine, celle de 1952. Celle-ci, dirig&#233;e par les organisations ouvri&#232;res (organisations syndicales comme la puissante f&#233;d&#233;ration des mineurs de Juan Lechin et organisations politiques r&#233;volutionnaires comme le POR trotskyste de Guillermo Lora), a &#233;clat&#233; en avril 1952, avec pour principale force les mineurs arm&#233;s. Ce sont eux qui ont pris les bases militaires a&#233;riennes, gagn&#233; la bataille de La Paz et pris le pouvoir le 11 avril 1952. Mais ces organisations, toutes sans exception, ont remis ce pouvoir au MNR de Paz Estenssoro. Ce parti r&#233;formiste au pass&#233; national-socialiste, pr&#233;tendait r&#233;aliser un vaste programme d'ind&#233;pendance nationale et de d&#233;veloppement &#233;conomique. Il avait un large soutien dans la population, notamment dans la petite bourgeoisie, mais ne disposait d'aucune force capable de faire tomber le r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le MNR faisait illusion, en se disant favorable &#224; la nationalisation des mines. En 1952, si l'Etat bourgeois a pu nationaliser les richesses du sous-sol, sous la pression r&#233;volutionnaire des travailleurs, ce ne fut certainement pas pour les mettre au service des exploit&#233;s. Paz Estenssoro ne s'est attaqu&#233; qu'aux mines d'&#233;tain et encore, seulement celles des trois plus grandes compagnies. Contrairement aux promesses faites, il les a indemnis&#233;es et c'est la population qui en a pay&#233; le prix. Loin d'aider au d&#233;veloppement du pays, la nationalisation avec indemnisation a amen&#233; l'&#233;conomie bolivienne au bord du gouffre, paup&#233;ris&#233; les travailleurs et les paysans et rendu le pays encore plus d&#233;pendant. Le nationalisme pr&#233;tendument anti-imp&#233;rialiste de la petite bourgeoisie et d'une partie de la bourgeoisie et des chefs militaires a montr&#233; ses limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La haute bourgeoisie, momentan&#233;ment d&#233;stabilis&#233;e, a tr&#232;s vite repris le contr&#244;le du gouvernement. Le pouvoir a cependant &#233;t&#233; contraint d'associer les directions syndicales au r&#233;gime durant les ann&#233;es qui ont suivi, et surtout, la classe ouvri&#232;re s'est sentie assez forte pour mener des combats importants et faire reculer patrons et gouvernants. La centrale ouvri&#232;re COB, construite le 16 avril 1952, dans la foul&#233;e de la r&#233;volution, est rest&#233;e une &#233;pine dans le pied du pouvoir (m&#234;me si son leader Juan Lechin est devenu par la suite ministre des mines !)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les organisations syndicales ouvri&#232;res se sont oppos&#233;es directement &#224; Paz Estenssoro d&#232;s 1956, alors qu'il lan&#231;ait un plan &#233;conomique de sacrifices impos&#233; par les USA. En 1963 et 1964, le leader nationaliste restructurait les mines d'Etat et brisait toute protestation en faisant tirer &#224; balles sur les mineurs. Finalement les militaires prenaient le pouvoir et, pour de nombreuses ann&#233;es, la Bolivie entrait dans l'&#232;re des coups d'&#233;tat. Les chefs militaires, notamment le g&#233;n&#233;ral Barrientos, tenaient un discours nationaliste, populiste d&#233;magogique. Ils gagnaient une certaine popularit&#233; dans les campagnes mais amplifiaient encore les attaques contre les ouvriers qui ripostaient, notamment de mai &#224; septembre 1965.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1969, le pouvoir devait &#224; nouveau composer avec le mouvement ouvrier, r&#233;int&#233;grant m&#234;me des mineurs licenci&#233;s en 1965. Les travailleurs, et tout particuli&#232;rement les mineurs, rest&#232;rent une force invaincue.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;1971-1985 : nouvelle offensive contre les travailleurs&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En 1971, le coup d'&#233;tat militaire du g&#233;n&#233;ral Hugo Banzer est dirig&#233; directement contre la classe ouvri&#232;re. Les syndicats ouvriers sont d&#233;clar&#233;s ill&#233;gaux en 1974, de m&#234;me que les gr&#232;ves ouvri&#232;res. C'est encore &#224; la r&#233;sistance des travailleurs des mines et du textile que se heurte en 1975 la dictature. Les droits politiques sont suspendus. Les mines, occup&#233;es militairement, mais les gr&#232;ves continuent tout au long des ann&#233;es 1975 &#224; 1977. En 1979, la classe ouvri&#232;re r&#233;pond par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale au coup d'&#233;tat du colonel Busch. En juillet 1980, le pr&#233;sident Garcia Meza, &#224; l'&#233;cole des militaires tortionnaires argentins, fait assassiner de nombreux leaders ouvriers et bombarde les mines. De 1982 &#224; 1985, sous la pr&#233;sidence de Siles Suazo, une vague de gr&#232;ves ouvri&#232;res est organis&#233;e par la centrale syndicale COB. En mars 1985, celle-ci am&#232;ne 10.000 mineurs arm&#233;s de dynamite &#224; La Paz pour une &#171; marche contre la faim &#187; qui se transforme en vingt jours de si&#232;ge de la capitale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudra le retour au pouvoir de Paz Estenssoro en 1985, l'ancien vainqueur de la r&#233;volution de 1952, pour v&#233;ritablement briser la force politique et sociale de la classe ouvri&#232;re bolivienne. C'est apr&#232;s une entente avec l'ex-dictateur Banzer qu'Estenssoro devient pr&#233;sident et il annonce imm&#233;diatement une remise au pas des mineurs. Les mines d'Etat sont d&#233;clar&#233;es non rentables et r&#233;organis&#233;es en vue d'&#234;tre privatis&#233;es. Onze mines ferment et 23.000 mineurs sont licenci&#233;s. En septembre 1985, la COB d&#233;clenche la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e. Le gouvernement r&#233;plique par la loi martiale, arr&#234;te des centaines de leaders syndicalistes. En 1986, 30.000 mineurs, 18.000 ouvriers, 20.000 employ&#233;s de banque et des milliers d'employ&#233;s d'Etat sont licenci&#233;s. Une nouvelle confrontation a lieu en ao&#251;t 1986, au cours de laquelle 10.000 mineurs envahissent la capitale. Elle se solde par un nouvel &#233;chec : &#224; nouveau la loi martiale et l'arrestation des leaders. Juan Lechin, ayant &#233;chou&#233; dans une nouvelle tentative de conciliation, d&#233;missionne de la direction de la COB qui va d&#233;sormais d&#233;river de plus en plus &#224; droite, devenant m&#234;me l'auxiliaire de la dictature. Pour les mineurs, c'est la r&#233;pression, les licenciements, la mis&#232;re et la d&#233;moralisation.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;1993-2001 : Indiens et paysans en t&#234;te&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Des milliers de salari&#233;s licenci&#233;s, en particulier les mineurs, sont contraints, pour survivre, de devenir planteurs de coca. Ils apportent au mouvement paysan une exp&#233;rience de lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les syndicats ouvriers mis au pas, c'est la paysannerie et les Indiens qui tiennent dor&#233;navant le devant de la sc&#232;ne dans la protestation collective. La r&#233;pression lanc&#233;e d&#232;s 1988 contre les paysans de la coca par le gouvernement bolivien, &#224; la demande des USA, provoque de nombreuses r&#233;actions et contribue &#224; leur organisation autour des syndicats paysans et des partis indiens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En 1993, le gouvernement proc&#232;de &#224; des privatisations massives (chemin de fer, p&#233;trole, &#233;lectricit&#233;, fonderies, t&#233;l&#233;communications, compagnies a&#233;riennes). Les services publics se d&#233;gradent. La mis&#232;re augmente, tout particuli&#232;rement dans les campagnes. Les cocaleros (des paysans cultivant la feuille de coca et non des trafiquants de la coca&#239;ne), organis&#233;s notamment par Evo Morales, m&#232;nent la lutte depuis 1997. La r&#233;volte contre la mainmise sur le service public de l'eau par le trust am&#233;ricain &lt;em&gt;Bechtel&lt;/em&gt; d&#233;bute en avril 2000 dans la vall&#233;e de Cochabamba. La population descend dans la rue, construit des centaines de barricades, occupe pendant plusieurs jours la place principale et fait reculer Hugo Banzer. En avril 2000, le service de l'eau est retir&#233; &#224; &lt;em&gt;Bechtel&lt;/em&gt;. La Coordination de l'eau regroupe d&#233;sormais producteurs de coca, cultivateurs, ouvriers et &#233;tudiants. La lutte se poursuit en 2001 (d'avril &#224; septembre) avec la r&#233;volte des paysans de la coca dirig&#233;e par Evo Morales et Felipe Quispe, les deux principaux leaders indiens paysans. En juin 2002, cette radicalisation paysanne se traduit sur le plan politique par le score &#233;lectoral important (21% des voix malgr&#233; un truquage manifeste) pour Evo Morales qui a fond&#233; le MAS, Mouvement pour le Socialisme, un parti de type social-d&#233;mocrate. Le MAS choisit de reconna&#238;tre les r&#233;sultats truqu&#233;s et se donne d&#233;sormais pour objectif la conqu&#234;te du gouvernement par les &#233;lections. Cela n'emp&#234;che pas le gouvernement de continuer la r&#233;pression des paysans de la coca (20 morts).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;2003 : La lutte passe de la campagne aux villes, la classe ouvri&#232;re repart &#224; l'offensive&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Un mouvement de masse des ch&#244;meurs et des jeunes est d&#233;clench&#233; contre les nouveaux imp&#244;ts promulgu&#233;s en f&#233;vrier 2003. Des affrontements opposent la police mutin&#233;e et l'arm&#233;e. En avril 2003, la centrale syndicale COB se radicalise lors de son congr&#232;s et &#233;lit une nouvelle direction. Un nouveau mouvement des paysans surgit en septembre 2003 contre le plan d'&#233;radication de la coca. Il est suivi d'une lutte conjointe des paysans et des travailleurs contre l'exportation du gaz vers les USA, en septembre-octobre 2003. Trois forces en mouvement s'additionnent alors, se coordonnent et se renforcent mutuellement : les paysans, les Indiens et les travailleurs, sans que ces derniers aient un r&#244;le dirigeant. Les Indiens sont r&#233;volt&#233;s par l'oppression sp&#233;cifique qui les frappe. Il existe pr&#232;s de trente ethnies indiennes (aymaras, quechuas, guaranis...) en Bolivie, elles regroupent ensemble pr&#232;s de 80% de la population et c'est de loin la fraction la plus pauvre. La question de la vente du gaz bolivien devient vite le point commun des mouvements sociaux des campagnes et des villes. La revendication de &#171; &lt;em&gt;la renationalisation du gaz bolivien sans indemnisation &lt;/em&gt; &#187; alors mise en avant, est un objectif que la bourgeoisie bolivienne ne peut satisfaire sans renoncer &#224; la plus grande part de ses revenus et &#224; ses bonnes relations avec l'imp&#233;rialisme am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Seul 18% des revenus du gaz &#233;chappent aux trusts &#233;trangers, Petrobras (Br&#233;sil), Repsol (Espagne), ExxonMobil (&#201;tats-Unis) et Total (France). Le trust fran&#231;ais Total poss&#232;de &#224; lui seul 23% des r&#233;serves de gaz de la Bolivie. Malgr&#233; des r&#233;serves de gaz estim&#233;es &#224; 100 milliards de dollars (deuxi&#232;me pays producteur d'Am&#233;rique Latine apr&#232;s le Venezuela) et celles de p&#233;trole estim&#233;es &#224; 27 milliards de dollars, la Bolivie est le deuxi&#232;me pays le plus pauvre de l'Am&#233;rique du sud, juste devant Ha&#239;ti ! Cinq mille familles riches d&#233;tiennent 1 700 millions de dollars en banque pendant que 600 000 familles pauvres doivent survivre avec moins de 41 euros par mois. 63% de la population vit en dessous du minimum vital. Le peuple bolivien, qui a d&#233;j&#224; vu lui passer sous le nez l'or, l'argent, l'&#233;tain et le p&#233;trole, refuse qu'on lui vole encore le gaz !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En septembre 2003, le gouvernement veut vendre le gaz &#224; la multinationale Pacific LNG. Le 15 septembre 2003, les paysans de la r&#233;gion de Titicaca bloquent les autoroutes pour protester contre la vente du gaz aux USA. Le 17 septembre 2003, ils sont rejoints par les faubourgs de Cochamba et de la Paz. Le 19 septembre, 150.000 manifestants occupent les principales villes du pays exigeant la r&#233;cup&#233;ration du gaz par le peuple et le d&#233;part du pr&#233;sident Lozada. Le 20 septembre, suite &#224; un massacre de manifestants bloquant routes et chemin de fer &#224; Warisata, c'est la mobilisation g&#233;n&#233;rale. Le 24 septembre, un blocage massif des routes est organis&#233;. Le 29 septembre, la centrale syndicale COB appelle &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale illimit&#233;e. A la surprise g&#233;n&#233;rale, y compris celle des dirigeants de la centrale, le mot d'ordre du syndicat est tr&#232;s suivi et la gr&#232;ve s'&#233;tend r&#233;ellement. Les mineurs d&#233;cident de marcher sur La Paz. A El Alto, (faubourg de 800.000 habitants dominant La Paz sur la hauteur de l'altiplano &#224; 4000 m d'attitude, et banlieue-dortoir qui regroupe les indiens paup&#233;ris&#233;s et urbanis&#233;s dans des taudis en parpaings), les forces de l'ordre interviennent et tuent deux personnes, acc&#233;l&#233;rant ainsi la mobilisation autour d'El Alto. Avec l'appui des indiens Aymaras, El Alto devient, &#224; partir du 6 octobre, l'&#233;picentre de la r&#233;volte. La mobilisation y est conduite par la F&#233;d&#233;ration des comit&#233;s de quartiers, la FeJuve, dirig&#233;e par Abel Mamani et par la Centrale syndicale COR d'Edgar Patani, (syndicat r&#233;gional d'El Alto, membre de la COB mais relativement ind&#233;pendant). Le mouvement d'El Alto contamine d'autres villes (Oruro, Chuquisaca, Potosi, Cochamba). Au bout d'une semaine de lutte, le leader des cocaleros de la vall&#233;e de Cochamba, Evo Morales, rejoint la lutte. Du 9 au 11 octobre, une attaque militaire d'El Alto provoque un massacre (50 morts sur les 80 victimes que fait la r&#233;pression en octobre). Le 10 octobre, la route d'El Alto &#224; La Paz est envahie par l'arm&#233;e (h&#233;licopt&#232;res, chars, camions de troupes). La population d'El Alto massivement mobilis&#233;e met en d&#233;route les forces de l'ordre et d&#233;met toutes les autorit&#233;s locales pour s'autog&#233;rer. Du 12 au 16 octobre 2003, un v&#233;ritable soul&#232;vement part de la ville d'El Alto vers La Paz. Le 12 octobre, la COB appelle &#224; la r&#233;sistance civile et &#224; la chute du gouvernement de Lozada. Le 13 octobre, apr&#232;s 48 heures de face &#224; face dans El Alto entre les forces de l'ordre et les manifestants, ces derniers descendent sur La Paz qui est compl&#232;tement occup&#233;e. Le 14 octobre, il y a un million et demi de manifestants aux fun&#233;railles des morts d'El Alto. Le 15 octobre, les mineurs de Huamani marchent eux aussi sur La Paz arm&#233;s de b&#226;tons de dynamite et font reculer l'arm&#233;e. Le 17 octobre 2003, alors que 200.000 manifestants encerclent le congr&#232;s, le pr&#233;sident Sanchez de Lozada d&#233;missionne. Son successeur Carlos Mesa, qui est son vice-pr&#233;sident, fait trois promesses : organiser un r&#233;f&#233;rendum sur la question du gaz, voter une nouvelle loi sur les hydrocarbures afin d'augmenter les 18% de l'Etat bolivien dans l'exploitation du gaz et du p&#233;trole, et la convocation d'une assembl&#233;e, jusque-l&#224; rejet&#233;e par Lozada. Mesa s'engage &#224; &#233;tablir les responsabilit&#233;s des gouvernants, de l'arm&#233;e et de la police dans les massacres de la guerre du gaz. Sur ces bases, Mesa obtient de nombreux soutiens dont celui de Evo Morales et aussi de certains partis indiens. Il r&#233;ussit m&#234;me &#224; se faire acclamer &#224; El Alto ! Evo Morales a appel&#233; &#224; soutenir le gouvernement pour &#171; &lt;em&gt;la d&#233;fense de la d&#233;mocratie&lt;/em&gt; &#187; et la COB en a fait autant au nom du &#171; &lt;em&gt;repli strat&#233;gique&lt;/em&gt; &#187;. Felipe Quispe, consid&#233;r&#233; comme un leader radical, d&#233;clare mettre &#171; &lt;em&gt;son opposition en veilleuse&lt;/em&gt; &#187; face &#224; Mesa. Un r&#233;f&#233;rendum est organis&#233; le 18 juillet 2004 dans lequel 70% des votants se prononcent pour que l'Etat r&#233;cup&#232;re les hydrocarbures. Mais les organisations contestataires, &#224; l'exception du MAS de Evo Morales, appellent &#224; l'abstention. Elle atteint 50%. Tout cela n'emp&#234;che pas Mesa de remettre en route un plan d'ajustement structurel pr&#233;voyant la mise aux ench&#232;res des richesses en gaz boliviennes, plan qui met &#224; nouveau le feu aux poudres en mai 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre contestation venue du bord diam&#233;tralement oppos&#233;, va d&#233;stabiliser Mesa, celle de la haute bourgeoisie de la r&#233;gion de Santa Cruz, la plus riche et la plus r&#233;actionnaire de Bolivie. Cette bourgeoisie latifundiaire occupe les basses terres fertiles de l'Ouest et a d&#233;velopp&#233; une &#233;conomie agro-exportatrice. Elle craint que le mouvement paysan ne domine l'Assembl&#233;e constituante et impose dans la r&#233;gion de Santa Cruz une r&#233;forme agraire, ce qu'elle a toujours r&#233;ussi &#224; &#233;viter jusque-l&#224;. Elle conteste &#233;galement que l'ensemble du pays puisse &#234;tre consult&#233; sur des richesses appartenant &#224; sa r&#233;gion (p&#233;trole de Santa Cruz et gaz naturel de Tarija). Elle tente de profiter des mouvements identitaires et r&#233;gionaux pour jouer sa carte contre le pouvoir central de La Paz : l'autonomie de la province mini&#232;re la plus riche du pays (20% de la population mais 40% du PIB et 60% des exportations). Le comit&#233; civique de Santa Cruz lance un r&#233;f&#233;rendum sur cette question. L'incapacit&#233; de Mesa &#224; faire entendre raison &#224; la haute bourgeoisie de Santa Cruz lui fait perdre le soutien d'Evo Morales. Il suffit cependant que Mesa menace de d&#233;missionner pour que Morales lui redonne son soutien au nom des risques pour la d&#233;mocratie !&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;2005 : La guerre du gaz&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le 17 mai 2005, le vote impos&#233; par le pr&#233;sident Mesa de la loi sur les hydrocarbures met le feu aux poudres. Si elle porte la taxation du gaz &#224; 50%, cette loi, loin de proposer la renationalisation des hydrocarbures, l&#233;galise au contraire les privatisations d'hydrocarbures pr&#233;c&#233;dentes. Une marche paysanne organis&#233;e par le MAS d'Evo Morales, partie le 16 mai de la ville de Caracollo, atteint La Paz le 27 mai avec 40.000 manifestants. Les syndicats de travailleurs, reprochant au MAS de ne pas mettre en avant la nationalisation des hydrocarbures, contestent la direction de la lutte &#224; Evo Morales et appellent &#224; des gr&#232;ves g&#233;n&#233;rales illimit&#233;es dans les villes de La Paz, Oruro, Potosi, Cochabamba et Sucre. Les centrales syndicales r&#233;gionales rejoignent ainsi la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale d&#233;clench&#233;e dans la ville d'El Alto d&#232;s le 23 mai avec pour revendications la d&#233;mission de Mesa et &#171; &lt;em&gt;la nationalisation sans indemnisation des hydrocarbures&lt;/em&gt; &#187;. La ville d'El Alto est insurg&#233;e et occup&#233;e par les travailleurs, la capitale coup&#233;e de tout approvisionnement en nourriture et en combustible par des blocages de routes, et envahie par les manifestants. La gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale s'&#233;tend aux autres villes. Les travailleurs de la capitale loin d'attendre passivement l'arriv&#233;e de cette marche monstre descendant des montagnes, se sont eux-m&#234;mes mobilis&#233;s (travailleurs, habitants des bidonvilles et des quartiers ouvriers). Le 31 mai, une d&#233;monstration de force rassemblant les mouvements sociaux pour la renationalisation, mouvement ouvrier, paysan et indien, a lieu sur la place Murillo de la capitale, place qui regroupe toutes les institutions d'Etat boliviennes. L'ensemble du pays est paralys&#233; par la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale et h&#233;riss&#233; de tr&#232;s nombreuses barricades. Le 6 juin, il y a v&#233;ritablement de la r&#233;volution dans l'air avec les centaines de milliers d'ouvriers et de paysans qui ont pris La Paz et l'ont transform&#233;e en un gigantesque meeting-d&#233;bat d'ouvriers, de paysans et d'&#233;tudiants, &#224; l'initiative de la COB et des organisations d'El Alto. Sous la pression du mouvement et devant le vide du pouvoir, les dirigeants annoncent la formation d'une Assembl&#233;e nationale ouvri&#232;re et paysanne avec comme programme la nationalisation des hydrocarbures au service du peuple. Le pr&#233;sident Carlos Mesa doit d&#233;missionner le 6 juin 2005.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Loin d'entra&#238;ner un reflux du mouvement, la d&#233;mission de Mesa l'enflamme, la population craignant le coup d'Etat militaire ou le &#171; coup d'Etat constitutionnel &#187;. En effet, constitutionnellement le candidat &#224; la succession est le pr&#233;sident du s&#233;nat qui n'est autre que le chef de la haute bourgeoisie de Santa Cruz, Vaca Diez, le plus d&#233;test&#233; des repr&#233;sentants de la classe dominante bolivienne. Refusant cette perspective, 80.000 manifestants investissent imm&#233;diatement La Paz et plus de 120 blocages ont lieu dans tout le pays &#224; l'initiative des syndicats COB et CSUTCB (syndicat des paysans travailleurs de Bolivie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 8 juin, les travailleurs du p&#233;trole de Senkhata, principal centre d'approvisionnement et de stockage de la capitale, partent en gr&#232;ve et occupent les installations. Ils proposent d'organiser avec les syndicats ouvriers le contr&#244;le de la distribution de combustible. La station de pompage de Sayari est &#233;galement occup&#233;e ainsi que le pipeline de Sica, avec l'appui des salari&#233;s. Les travailleurs de la sant&#233; et les instituteurs sont particuli&#232;rement mobilis&#233;s. El Alto, banlieue de La Paz, est encore une fois le point le plus chaud et donne le ton de la mobilisation g&#233;n&#233;rale. Une assembl&#233;e populaire d&#233;fiant le pouvoir d'Etat y est organis&#233;e par les syndicats ouvriers et les comit&#233;s populaires. Vaca Diez tombe le 9 juin 2005, avant m&#234;me d'&#234;tre intronis&#233;. Les masses r&#233;volt&#233;es (surtout des mineurs) ont investi la ville de Sucre (capitale constitutionnelle) o&#249; il comptait se faire nommer en douce. La mort d'un manifestant &#224; Sucre, le mineur Juan Coro, tu&#233; par la police, a achev&#233; de radicaliser les travailleurs. La mobilisation des mineurs des coop&#233;ratives d'Oruro, la gr&#232;ve des travailleurs de l'a&#233;roport et la paralysie de la ville de Sucre, occup&#233;e par les manifestants, ont contraint la bourgeoisie &#224; reculer. Elle a renonc&#233; &#224; faire usage de la r&#233;pression devant un d&#233;but d'armement des travailleurs (une colonne arm&#233;e de 3000 paysans d'Omasuyos notamment). Lui succ&#232;dent dix jours de vide du pouvoir combl&#233;s avec peine par les man&#339;uvres dilatoires de l'Eglise. Finalement un nouveau pr&#233;sident est nomm&#233; : le pr&#233;sident de la Cour Supr&#234;me, Eduardo Rodriguez. Il d&#233;bute son mandat sur une position beaucoup plus faible que Mesa. Sa nomination n'entra&#238;ne pas les illusions dont avait b&#233;n&#233;fici&#233; son pr&#233;d&#233;cesseur. Il affirme que son principal mandat est d'organiser de nouvelles &#233;lections g&#233;n&#233;rales (pr&#233;sidentielles et parlementaires) en esp&#233;rant d&#233;tourner les espoirs populaires vers les urnes. Appuyant cette man&#339;uvre, l'id&#233;e selon laquelle &#171; &lt;em&gt;le mouvement est suspendu jusqu'aux &#233;lections &lt;/em&gt; &#187; est propag&#233;e par diverses organisations dont le MAS. Rodriguez d&#233;clare lors de son investiture : &#171; &lt;em&gt;Je demanderai une tr&#234;ve, un espace de paix nous permettant de nous donner la main pour r&#233;soudre les probl&#232;me des m&#232;res qui n'ont pas de lait pour leurs enfants, pas de gaz pour cuisiner et les meilleurs des citoyens qui sont &#224; la rue&lt;/em&gt;. &#187; En ce qui concerne les revendications populaires, les gouvernants op&#232;rent de petits reculs prudents : une ren&#233;gociation des contrats en Bolivie avec un nouveau partage plus favorable &#224; l'Etat bolivien notamment. Rodriguez d&#233;clare que &#171; &lt;em&gt;Les hydrocarbures appartiennent &#224; l'Etat et il faut trouver la meilleure mani&#232;re de r&#233;cup&#233;rer ce que la nature a donn&#233; &#224; notre pays.&lt;/em&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Quelle est la politique des dirigeants du mouvement ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les leaders appellent &#224; la &#171; &lt;em&gt;suspension du mouvement&lt;/em&gt; &#187;, le justifiant par la n&#233;cessit&#233; de &lt;em&gt;&#171; permettre aux familles de reprendre des forces et constituer des stocks de nourriture et d'essence dans l'&#233;ventualit&#233; d'une nouvelle mobilisation &lt;/em&gt; &#187;. Le dirigeant de la COB Jaime Solares ne jure plus que par une alliance avec les militaires, &lt;em&gt;(&#171; l'arm&#233;e doit conduire le processus donnant ses droits au peuple&lt;/em&gt; &#187; ou encore &lt;em&gt;&#171; on pourra vraiment parler d'un vrai gouvernement quand les militaires imposeront que le peuple ait le dernier mot &#187;&lt;/em&gt;), avant d'accepter le compromis avec le nouveau pr&#233;sident Rodriguez et le report de la lutte, qu'il appelle un &#171; &lt;em&gt;repli strat&#233;gique&lt;/em&gt; &#187;. Evo Morales du MAS, (Mouvement pour le Socialisme) parle de &#171; &lt;em&gt;la n&#233;cessit&#233; de d&#233;fendre la d&#233;mocratie&lt;/em&gt; &#187; et se d&#233;clare &#171; &lt;em&gt;une opposition l&#233;gale et responsable &#187;&lt;/em&gt;. Il affirme : &#171; &lt;em&gt;il faut soutenir la transition constitutionnelle&lt;/em&gt; &#187; et soutient que l'on ne peut triompher que par les &#233;lections. Il avance la n&#233;cessit&#233; du &lt;em&gt;&#171; respect constitutionnel &lt;/em&gt; &#187; et de la &#171; &lt;em&gt;voie &#233;lectorale&lt;/em&gt; &#187;. Contrairement &#224; la COB, Evo Morales n'est m&#234;me pas clair sur le maintien de l'objectif du mouvement : la renationalisation des hydrocarbures sans indemnisation. Le seul engagement qu'il prend en tant que candidat aux &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre 2005 est la d&#233;p&#233;nalisation de la culture de la coca.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dirigeant, au d&#233;part apparemment le plus radical, celui des travailleurs d'El Alto, ville en insurrection, Felipe Quispe du Mouvement Indig&#232;ne PachaKutik et dirigeant de la COR, (le syndicat r&#233;gional d'El Alto), bien que d&#233;non&#231;ant Evo Morales comme tra&#238;tre, donne sa caution &#224; Rodriguez. Les positions des autres dirigeants ne valent pas mieux : ils pr&#233;tendent qu'il faut voir ce qu'il va faire concernant les hydrocarbures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; les man&#339;uvres politiciennes qui voudraient bien voir le mouvement se dissoudre dans les &#233;lections pr&#233;sidentielles de d&#233;cembre 2005 (dont les sondages donnent Evo Morales vainqueur), la lutte est loin d'&#234;tre termin&#233;e. Les communaut&#233;s indiennes, les Huaorani de la r&#233;serve Yasuni bloquent la production de la firme br&#233;silienne P&#233;trobras en juillet 2005. D&#233;j&#224; des assembl&#233;es de travailleurs ont appel&#233; &#224; la reprise de la lutte. C'est le cas notamment dans la ville d'El Alto. Le 20 ao&#251;t, 29 organisations ont constitu&#233; le &#171; &lt;em&gt;front ouvrier, paysan et indig&#232;ne&lt;/em&gt; &#187; pour pr&#233;parer la suite et pr&#233;senter une alternative &#233;lectorale au MAS. L'op&#233;ration politicienne d'Evo Morales n'est pas soutenue par les principales organisations radicales qui ont dirig&#233; le dernier mouvement : FeJuve, COR, COB... La bourgeoisie ne s'y trompe pas : les financiers de City group Smith Barney affirment ainsi en septembre 2005 que &lt;em&gt;&#171; la situation en Bolivie reste inqui&#233;tante et mena&#231;ante pour des trusts p&#233;troliers comme Repsol.&lt;/em&gt; &#187; Des mouvements de contestation, comme la &#171; &lt;em&gt;Rencontre continentale pour la nationalisation des hydrocarbures&lt;/em&gt; &#187; convoqu&#233;e notamment par le syndicat COB du 12 au 14 ao&#251;t 2005 &#224; La Paz en Bolivie, posent &#224; l'&#233;chelle de toute l'Am&#233;rique latine la question de l'expropriation, sans indemnisation, des multinationales p&#233;troli&#232;res. Le mouvement bolivien a fait tache d'huile en Am&#233;rique latine, influen&#231;ant notamment la lutte en Equateur d'ao&#251;t 2005. Celle-ci a mis en avant la ren&#233;gociation des contrats avec les multinationales, revendiquant notamment un rapport 50-50 de partage des revenus entre compagnies p&#233;troli&#232;res et Etat.&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Equateur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class='spip' /&gt;&lt;h2 class='spip'&gt;1993-99 : La r&#233;volte des paysans indiens&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme la Bolivie, ce pays andin de 12 millions d'habitants est riche en hydrocarbures et sa population est pauvre. Le gaz et le p&#233;trole ne profitent qu'aux trusts am&#233;ricains et &#224; la bourgeoisie comprador. L'Equateur est le 5&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; plus grand producteur de p&#233;trole en Am&#233;rique latine, avec une production de 541 000 barils de brut par jour, dont 201 000 provenant de la soci&#233;t&#233; d'Etat PetroEcuador et le reste des soci&#233;t&#233;s &#233;trang&#232;res. Le p&#233;trole est le principal produit export&#233; de l'Equateur et a rapport&#233; 3,9 milliards de dollars en 2004 mais la population n'en a pas vu l'ombre. Dans ce pays, en 1999 plus de 60% des 12 millions d'habitants vivaient en dessous du seuil de pauvret&#233; et le ch&#244;mage d&#233;passait 50%. Selon la revue &#233;conomique Econoticias du 26 mars 2003 : &#171; &lt;em&gt;Pour l'exportation du gaz vers les USA, pour chaque dollar qui revient &#224; l'Etat et aux r&#233;gions, les entreprises &#233;trang&#232;res re&#231;oivent 20 dollars.&lt;/em&gt; &#187; La crise &#233;conomique &#233;quatorienne des ann&#233;es 90 frappe particuli&#232;rement les masses paysannes et indiennes. Selon le &lt;em&gt;Monde Diplomatique&lt;/em&gt; d'avril 2005 les Indiens sont &lt;em&gt;&#171; 5 millions sur une population totale de 13 millions. (..) Leur situation &#233;conomique et sociale demeure catastrophique et (..) 80 &#224; 90% dispose de moins de 2 euros par jour. &#187;&lt;/em&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La principale organisation indienne, La CONAIE, Conf&#233;d&#233;ration des nationalit&#233;s indig&#232;nes d'Equateur, est une organisation rurale aux revendications essentiellement identitaires. Son bras politique est un parti pr&#244;nant l'autonomie indienne appel&#233; Pachakutif. Un tr&#232;s grand nombre d'autres formes d'organisation existent parmi les masses indiennes : coordination des mouvements sociaux, f&#233;d&#233;ration &#233;vang&#233;lique indig&#232;ne, conf&#233;d&#233;ration des associations de quartiers de l'Equateur... De marche en mobilisation, les organisations indiennes ont obtenu une reconnaissance l&#233;gale, certains de leurs droits &#224; la terre et un acc&#232;s au pouvoir politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale du 7 f&#233;vrier 1997, le pr&#233;sident Bucaram est destitu&#233;. En 1998, Jamil Mahuad est &#233;lu pr&#233;sident. Il est &#224; la fois sous la pression du mouvement populaire face &#224; qui il s'affirme contre la dollarisation de l'&#233;conomie, et de la bourgeoisie bancaire et agro-industrielle qui lui impose de sauver les banques priv&#233;es, quitte &#224; couler les revenus de l'Etat. Il est particuli&#232;rement sous la pression de la haute bourgeoisie de Guayaquil, laquelle joue un r&#244;le &#233;quivalent de celle de Santa Cruz en Bolivie, celle d'une aile de droite radicale exigeant de faire davantage payer la population, quitte &#224; r&#233;primer, mena&#231;ant sinon d'organiser son autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;2000 : Les Indiens abattent le pouvoir puis le reconstituent&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La crise &#233;conomique ne cesse de s'aggraver, frappant particuli&#232;rement les plus pauvres : la population en dessous du seuil de pauvret&#233; passe de 12% en 1995 &#224; 21% en 1999 (et 77% dans la population rurale) alors que les prix augmentent de 52% par an (contre 22,9% en 95). Une vingtaine de banques font faillite entre 98 et 99. Le 9 juillet 1999 une gr&#232;ve des transports &#233;clate contre la hausse des prix des carburants, mouvement qui paralyse le pays pendant quinze jours. Une occupation symbolique et pacifique de la capitale &#224; l'appel de la CONAIE est violemment r&#233;prim&#233;e (17 bless&#233;s par balles, 561 arrestations). Devant la chute de la monnaie de 197% et sous la pression de la bourgeoisie, le pr&#233;sident Mahuad se r&#233;sout finalement le 9 janvier 2000 &#224; annoncer la dollarisation, en m&#234;me temps qu'un nouveau gel des avoirs bancaires des particuliers. Les masses indiennes contestent la politique du pr&#233;sident Jamil Mahuad de dollarisation de l'&#233;conomie qui accro&#238;t la d&#233;pendance vis-&#224;-vis des USA, des prix du p&#233;trole et des investissements &#233;trangers, ne sauvant, momentan&#233;ment, que l'oligarchie bancaire. Avec la dollarisation, le pouvoir d'achat s'effondre car le sucre, monnaie nationale, est port&#233; au taux de 25.000 sucres pour un dollar contre 20.000 juste avant et 5700 en 1998. Cens&#233;e bloquer l'inflation, cette mesure ne ralentit m&#234;me pas sa croissance puisqu'elle atteint 91% fin 2000. &#171; &lt;em&gt;La dollarisation de l'&#233;conomie &#233;quatorienne a d&#233;truit l'&#233;conomie paysanne &lt;/em&gt; &#187; &#233;crit &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; du 23 ao&#251;t 2005 et la chute du prix de la banane y a provoqu&#233; un recul catastrophique du niveau de vie des paysans &#233;quatoriens. L'Equateur est pass&#233; en 2000, du 72&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; rang mondial au 91&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; pour le niveau de pauvret&#233;, selon le rapport du PNUD.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 9 janvier, un appel &#224; la gr&#232;ve g&#233;n&#233;rale est lanc&#233;. Le pr&#233;sident d&#233;cr&#232;te l'Etat d'urgence. Le 11 janvier, un &#171; &lt;em&gt;parlement des peuples indig&#232;nes&lt;/em&gt; &#187; est proclam&#233;, qui d&#233;nonce les politiques gouvernementales comme la dollarisation de l'&#233;conomie ou les privatisations. Il formulait ainsi ses objectifs : &#171; &lt;em&gt;une &#233;conomie mixte de march&#233; solidaire auquel participent les patrons priv&#233;s en respectant leur responsabilit&#233; sociale, &#233;thique et environnementale. &lt;/em&gt; &#187; Le 16 janvier 2000, une marche massive des Indiens afflue sur la capitale Quito qu'elle occupe compl&#232;tement du 19 au 21 janvier. C'est &#224; cette date qu'un groupe de jeunes officiers conduits par le colonel Lucio Guttierrez, d&#233;clare soutenir les Indiens. Les organisations indiennes sans appeler les soldats &#224; se solidariser d'elles, ont conclu un pacte avec une partie de l'appareil militaire du colonel Guttierrez. Celui-ci d&#233;clarait &#234;tre parfaitement capable de man&#339;uvrer les dirigeants indiens : &#171; &lt;em&gt;notre relation avec eux remonte &#224; de nombreuses ann&#233;es. Depuis nous avons constamment travaill&#233; avec cette classe... sp&#233;cialement la classe indig&#232;ne. &lt;/em&gt; &#187; Il forme une junte de salut national avec un ex-pr&#233;sident de la Cour supr&#234;me et Antonio Vargas pr&#233;sident de la CONAIE. Le palais du congr&#232;s est occup&#233;. Les g&#233;n&#233;raux tentent un coup d'&#233;tat qui destitue Mahuad le 21 janvier mais &#233;choue le 22 du fait de la mutinerie d'une partie des officiers.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le soul&#232;vement en masse, occupant la capitale Quito, a mis &#224; bas le r&#233;gime en trois jours mais les organisations indiennes n'ont pas pris le pouvoir. Syndicalistes paysans et indig&#233;nistes, aussi r&#233;formistes les uns que les autres n'ont eu de cesse que de le remettre au colonel Lucio Guttierez, sous pr&#233;texte que celui-ci avait pris la t&#234;te de la mutinerie. Cette op&#233;ration s'est faite avec la b&#233;n&#233;diction de tous ses dirigeants, y compris ceux du PCMLE, mao&#239;ste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les dirigeants militaires qui acc&#232;dent au pouvoir font appel imm&#233;diatement &#224; des politiciens connus comme les pires repr&#233;sentants de la bourgeoisie. Cela n'emp&#234;che pas ces leaders de mouvements paysans, indig&#233;nistes et associatifs (y compris les mao&#239;stes) d'accepter des postes de ministres et de se discr&#233;diter. Quant &#224; la haute bourgeoisie, elle poursuit ses pressions sur ce nouveau pouvoir comme elle l'avait fait avec les pr&#233;c&#233;dents. Celle de Guayaquil organise un r&#233;f&#233;rendum d'autonomie de la province.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;2005 : r&#233;volte et occupation des puits de p&#233;trole&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En avril 2005, le pr&#233;sident Guttierrez est &#224; son tour contest&#233;. Ayant trait&#233; de &#171; hors-la-loi &#187; les 5000 manifestants qui le conspuaient le 13 avril par un concert de casseroles devant son domicile, le mouvement d&#233;cide de s'appeler lui-m&#234;me &#171; &lt;em&gt;la r&#233;bellion des hors-la-loi&lt;/em&gt; &#187;. Du 14 au 21 avril les masses &#233;quatoriennes exasp&#233;r&#233;es occupent la capitale Quito aux cris de &#171; &lt;em&gt;Lucio dehors ! Qu'ils s'en aillent tous !&lt;/em&gt; &#187;. Devant son incapacit&#233; &#224; imposer l'&#233;tat d'urgence, le pr&#233;sident Lucio Guttierrez d&#233;missionne le 20 avril. Encercl&#233; par les manifestants, il s'enfuit en h&#233;licopt&#232;re et donne le pouvoir au pr&#233;sident Alfredo Palacio. C'est le troisi&#232;me pr&#233;sident &#224; chuter en huit ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le 14 ao&#251;t, les habitants &#233;quatoriens de deux provinces p&#233;troli&#232;res les plus pauvres du Nord-Est du pays, Sucumbios et Orellana, coupent les routes et occupent deux a&#233;roports et 200 puits de p&#233;trole. Ils sont suivis &#224; partir du 15 ao&#251;t par la gr&#232;ve des salari&#233;s du p&#233;trole qui bloquent la production et la livraison et exigent que l'Etat ren&#233;gocie les contrats de vente du p&#233;trole avec les compagnies p&#233;troli&#232;res. La bourgeoisie est prise &#224; la gorge, le p&#233;trole &#233;quatorien ne sortant quasiment plus du pays. Les livraisons de brut aux USA (dont l'Equateur est le cinqui&#232;me fournisseur mondial) sont compl&#232;tement interrompues. Pendant douze jours &#224; partir du lundi 15 ao&#251;t les habitants et salari&#233;s de deux provinces d'Amazonie bloquent les puits malgr&#233; les attaques des forces de r&#233;pression et l'&#233;tat d'urgence d&#233;cr&#233;t&#233; par le gouvernement. La production p&#233;troli&#232;re &#233;quatorienne chute de 200.000 &#224; 10.000 barils/jour. Le journal &lt;em&gt;Le Monde&lt;/em&gt; du 23 ao&#251;t &#233;crit &#171; &lt;em&gt;Les habitants de ces r&#233;gions p&#233;troli&#232;res se sentent des laiss&#233;s-pour-compte de l'exploitation de l'or noir qui fournit le quart du PIB du pays mais les maintient dans la mis&#232;re &#187;. &lt;/em&gt;Les gr&#233;vistes et les habitants revendiquent notamment que l'argent revienne davantage aux r&#233;gions, qu'il cr&#233;e des emplois, permette de faire fonctionner les services publics et de construire 200 km de routes et autres infrastructures. La nationalisation sans indemnit&#233; des hydrocarbures est au centre d'un ensemble de revendications concernant le d&#233;veloppement &#233;conomique, la d&#233;fense des services publics, la d&#233;fense des travailleurs et des peuples ainsi que les revendications d&#233;mocratiques (r&#233;forme agraire, question indienne...). Les manifestants scandent &#171; &lt;em&gt;des routes et des emplois&lt;/em&gt; &#187; et r&#233;clament que l'Etat ren&#233;gocie avec les compagnies. Ils s'attaquent en particulier au trust Occidental Petroleum (Oxy) qui paie 12 dollars le baril vendu sur le march&#233; au prix de 60 dollars !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour arr&#234;ter la gr&#232;ve et l'occupation des puits, le pr&#233;sident Alfredo Palacio fait donner l'arm&#233;e et d&#233;cr&#232;te l'&#233;tat d'urgence contre ceux qui occupaient les puits, blessant des centaines de travailleurs, proc&#233;dant &#224; de nombreuses arrestations. Les manifestants et les gr&#233;vistes n'ont pas c&#233;d&#233; &#224; l'&#233;tat d'urgence. Le gouvernement a repris le contr&#244;le plus tard, le 18 ao&#251;t, apr&#232;s avoir annonc&#233; qu'il donnerait l'ordre aux soldats de tirer. Ainsi il est parvenu &#224; mettre en place un simulacre de n&#233;gociation avec l'aide des responsables des provinces qui avaient particip&#233; au mouvement, sans pouvoir pour autant faire reprendre la production et la livraison de p&#233;trole. L'ol&#233;oduc est dynamit&#233;, les pompes et installations p&#233;troli&#232;res endommag&#233;es et les locaux des compagnies p&#233;troli&#232;res d&#233;vast&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les manifestants &#233;quatoriens ont seulement obtenu que soient transf&#233;r&#233;s aux autorit&#233;s locales une partie des imp&#244;ts pay&#233;s par les compagnies p&#233;troli&#232;res, ainsi qu'un engagement de celles-ci de d&#233;velopper les infrastructures r&#233;gionales. Autrement dit, une miette.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class='spip'&gt;Quelles perspectives pour les travailleurs et les populations pauvres de Bolivie et d'Equateur ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nonc&#233; de cette s&#233;rie de batailles sans v&#233;ritable victoire pour les travailleurs peut sembler d&#233;courageante. Cela fait six ans que la r&#233;volte gronde en Bolivie et en Equateur, avec toute une s&#233;rie de mobilisations contre la mis&#232;re, contre les gouvernements successifs, contre l'imp&#233;rialisme et contre la classe dirigeante qui lui est li&#233;e. Six ans que les travailleurs relancent la lutte, redonnent du poids &#224; leurs organisations discr&#233;dit&#233;es par les compromissions de leurs leaders, font reculer les classes dirigeantes et tomber les gouvernants. Et six ans que les directions, syndicales et politiques des masses ouvri&#232;res, indiennes et paysannes sauvent les classes dirigeantes, en se contentant de changements de gouvernements, en lanternant les travailleurs et en d&#233;voyant leur lutte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au vu des efforts, des sacrifices consentis, les r&#233;sultats semblent relativement minimes. Mais le bilan ne se r&#233;sume pas &#224; ce seul constat. Les travailleurs ne sont pas pour autant gagn&#233;s par le d&#233;couragement. Au contraire : de 2000 &#224; 2003 et de 2003 &#224; 2005 dans ces deux pays, la mobilisation et la participation massive de la classe ouvri&#232;re, n'a cess&#233; de s'amplifier. De nouvelles g&#233;n&#233;rations de travailleurs et de militants se sont form&#233;es au travers de ces exp&#233;riences. Une partie de la bourgeoisie, de ses hommes politiques et des dirigeants de l'imp&#233;rialisme US, semblent avoir per&#231;u le danger. Dans les &#233;v&#233;nements r&#233;cents, ils ont en cons&#233;quence fait pression pour &#233;viter un affrontement d&#233;cisif. Celui-ci ne peut cependant &#234;tre &#233;ternellement diff&#233;r&#233;. La plus grande menace dans l'imm&#233;diat restant toutefois que le mouvement populaire soit d&#233;voy&#233;, divis&#233; ou tromp&#233; par la d&#233;magogie de militaires radicaux et nationalistes, ou par les illusions sem&#233;es par des leaders r&#233;formistes comme Evo Morales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne pas en rester aux &#171; solutions &#187; trompeuses du pass&#233;, la classe ouvri&#232;re doit d&#233;velopper sa propre politique. Il ne s'agit pas seulement d'&#234;tre l'aile marchante de la mobilisation de toutes les couches sociales opprim&#233;es. Il faut aussi qu'elle soit organis&#233;e en tant que classe, c'est-&#224;-dire de mani&#232;re ind&#233;pendante. Dans les quartiers certes, mais aussi et surtout dans les usines, les mines, les puits de p&#233;trole ou les bureaux. En m&#234;me temps qu'elle met en avant des revendications de tous les opprim&#233;s (la r&#233;forme agraire, les droits des Indiens, le contr&#244;le des richesses par la population), il faut aussi qu'elle mette sur pied ses comit&#233;s de mobilisation, qu'elle en fasse des embryons d'un nouveau pouvoir et d&#233;fende ses propres objectifs. Un pouvoir par lequel les travailleurs contr&#244;leront que les principales richesses produites dans le pays ne soient pas &#224; nouveau accapar&#233;es par les classes dirigeantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la question des hydrocarbures, revendication qui unifie la lutte, comme sur toutes les autres questions, les travailleurs doivent avoir des objectifs qui les distinguent des directions r&#233;formistes bourgeoises et petites bourgeoises. La nationalisation ne suffit pas, m&#234;me si elle est assortie de l'absence d'indemnisation. La bourgeoisie imp&#233;rialiste a mille moyens de se faire indemniser en faisant payer la population. L'objectif doit &#234;tre la socialisation des richesses et non seulement leur nationalisation. Cela suppose que les travailleurs organisent eux-m&#234;mes le contr&#244;le de la production, de la distribution des hydrocarbures mais aussi de toute l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mettre seulement en avant des aspirations g&#233;n&#233;rales d&#233;mocratiques, c'est noyer les travailleurs dans la masse des opprim&#233;s des campagnes. C'est risquer qu'&#224; nouveau, les revendications imm&#233;diates du mouvement, y compris celles des paysans et des Indiens, soient renvoy&#233;es aux calendes grecques, ou plut&#244;t boliviennes et &#233;quatoriennes !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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