Oui, ça n’était vraiment pas le problème !
lundi 25 septembre 2000
30 % de participation. Le référendum sur le passage du septennat au quinquennat n’a pas passionné les foules. Même l’organisation du scrutin a été laborieuse : certains bureaux de vote n’ont pu ouvrir à l’heure faute d’assesseurs en nombre suffisant !
Cette opération politicienne, organisée de concert par la droite et la gauche gouvernementales, pour faire mine de demander leur avis aux « citoyens », n’a leurré personne. Pour la population, le problème n’est pas de savoir si le pouvoir présidentiel doit être de cinq ou sept ans, mais quelle est la politique menée par les partis au pouvoir. Et de ce côté-là, nous avons des raisons d’être sacrément en colère.
Les révélations de Jean-Claude Méry, le principal financier du RPR (surnommé « Méry de Paris » !), aujourd’hui décédé, portent à la fois sur l’affaire des HLM de la ville de Paris, les emplois fictifs et sur le trucage des marchés publics à Paris et en Ile-de-france. Pots-de-vin à l’appui, les contrats étaient arrangés avec de grandes entreprises telles que la Lyonnaise des eaux et la Générale des eaux (aujourd’hui Vivendi) et systématiquement surfacturés pour les plus grands bénéfices de ces groupes. De plus ce document ne mouille pas seulement la droite, mais aussi le PS et le PC concernés par la répartition de ces pots-de-vin quand à la tête de certains Conseils régionaux ils passaient des contrats préférentiels avec certaines entreprises, par exemple dans le cadre de la rénovation des établissements scolaires d’Ile-de-france.
En guise de démocratie, c’est bien plutôt le pouvoir du fric qui est à la base de cette société où les grands groupes capitalistes s’achètent les politiciens qui se relaient au pouvoir.
Ce n’est pas sur le prix de l’essence, ni sur la baisse de la TVA, principales sources de revenu pour l’Etat, et impôt inégalitaire s’il en est, car ne tenant pas compte des revenus, et en augmentation constante ces dernières années, que les dirigeants gouvernementaux se seraient risqués à organiser un référendum. Ni sur les licenciements massifs qui ont lieu régulièrement, ni sur la fermeture de services publics tels que des maternités ou des services d’urgence. Car tout cela concerne de bien trop près les profits des entreprises et la logique de l’Etat qui, en bon « aiguilleur social », comme l’a dit Jospin, consiste à prendre aux pauvres pour donner aux riches (ça, ce n’est pas Jospin qui le dit !) et à privilégier la rentabilité au détriment des besoins de la population.
Cette politique au service du patronat a porté ses fruits : en six mois, les plus grosses entreprises françaises ont réalisé autant de bénéfices que sur toute l’année 1999. Cette « euphorie » dont les commentateurs économiques parlent, elle est bien due à l’action des gouvernements de droite et de gauche depuis des années : cadeaux aux patrons, attaques successives contre les travailleurs. Les 35 heures manière Aubry en sont un bon exemple : subventions pour les patrons, flexibilité et productivité accrues pour les salariés, le tout sans embauches.
Confrontés à cette situation, les travailleurs n’ont d’autre solution pour faire entendre leur voix que de mettre en avant eux-mêmes leurs revendications. Peu importe que les malversations financières, président de la République en tête, se prolongent à un rythme de cinq ans ou sept ans ! Il s’agirait de faire ravaler aux patrons et à ceux qui les représentent dans la vie politique leur aplomb et leurs attaques contre les salariés. Face à l’euphorie des profits, à quand une euphorie des luttes ?