Et nous, qu’est-ce qu’on attend ?
lundi 11 septembre 2000
En quelques jours la semaine passée, les patrons routiers ont fait céder en partie le gouvernement et obtenu une détaxe de 35 centimes sur litre de gasoil. Même si des transporteurs ont rechigné avant de quitter les barrages, estimant que leurs dirigeants avaient signé un accord inférieur à leur revendication, la détaxe obtenue est loin d’être négligeable : une économie sur l’année de l’ordre de 17 000 F pour un poids lourd. Ristourne qui profitera bien plus aux grandes entreprises qu’aux petits transporteurs.
Si, malgré les rodomontades de Jospin, le gouvernement s’est empressé de céder, c’est que le blocage des dépôts de carburants menaçait de paralyser en partie l’activité économique. Le mouvement, qui avait été précédé de celui des pêcheurs, a fait tâche d’huile auprès des agriculteurs, des chauffeurs de taxis, des ambulanciers. Et il a eu, de fait, la sympathie de la grande majorité de la population.
Pourtant ceux qui ont dressé des barrages n’étaient pas des nôtres ! C’étaient des patrons. Les mêmes qui, lors de la dernière grève des chauffeurs routiers, refusaient d’accorder à ceux-ci une réduction d’horaire, d’inclure dans leur temps de travail les longues heures d’attente et de déchargement.
Mais, aussi paradoxal que cela puisse paraître, le patron des patrons, le président du MEDEF Seillière a couru au secours de Jospin, condamnant les organisations patronales de routiers qui employaient « des moyens qui ne sont pas légaux » et appelant le gouvernement à y « mettre un terme ». Dans ce monde de loups qu’est le monde patronal, c’est du chacun pour soi. Et les patrons des grands trusts n’avaient pas envie de perdre le moindre centime à cause des patrons routiers.
Et côté grand patronat et gouvernement qui ont fait chorus pour la circonstance, ils nous mentent tous lorsqu’ils prétendent maintenant que les hausses du prix de l’essence seraient la faute des pays pétroliers.
Motus et bouche cousue sur les surprofits que réalisent les compagnies pétrolières ! Motus et bouche cousue sur nos « Dallas » à nous, ces actionnaires de Totalfina-Elf devenue grâce à l’aide de l’Etat le seul et unique mastodonte français de l’or noir. La compagnie a engrangé pour le seul premier semestre de cette année des bénéfices d’un montant total de 22 milliards de francs - à côté desquels les 1 à 2 milliards concédés par le gouvernement aux transporteurs routiers font figure de gnognote… Précisons que 22 milliards de bénéfices, c’est une hausse de 165 % de mieux par rapport à l’an dernier. Voilà seulement ce qu’on demande pour nos salaires !
Et pour en revenir à Totalfina-Elf, rappelons que ladite compagnie pétrolière s’achète des dictateurs africains et des politiciens français, provoque impunément des marées noires et vient de se payer le luxe de graisser la patte de policiers pour qu’ils volent les preuves de ses escroqueries !
Vu tout ça, vue la collusion évidente du gouvernement avec ce beau monde patronal, l’attitude des dirigeants des confédérations syndicales ouvrières, qui se sont précipités au côté de Seillière pour soutenir Jospin, n’a guère été à la hauteur la semaine passée. Certes, les transporteurs routiers sont des patrons qui ne se battent que pour leurs intérêts. Mais cela ne nous suffit pas, à nous travailleurs, de le savoir et de le souligner. Encore faut-il nous donner des perspectives.
Parce que nous en avons, des revendications ! C’est certainement nous qui trinquons le plus avec le prix de l’essence. C’est nous qui trinquons avec le chômage et le blocage des salaires que patrons et gouvernement nous imposent depuis près de 20 ans. Et il y a tout cet argent de l’Etat dilapidé en subventions aux trusts prospères qui licencient. Argent de l’Etat dont il y aurait bien autre chose à faire pour améliorer le logement, la santé, l’éducation des classes populaires.
Alors nous aussi, il faut qu’on se prépare à paralyser leur machine infernale. Nous avons d’autres moyens de le faire que quelques centaines de patrons. Et nous le ferons pour nos intérêts généraux qui sont ceux de toute la collectivité.