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A quand le torpillage de la raison d’Etat ?

lundi 21 août 2000

Il semble bien qu’il ne subsiste plus la moindre chance de retrouver des survivants au naufrage du sous-marin atomique « Koursk ». Seule surnage une certitude : celle qu’en refusant dans un premier temps l’aide qui leur était proposée pour leur sauvetage, les autorités russes, Poutine en tête, n’ont montré aucun scrupule à sacrifier 118 marins. La raison d’Etat, son prétendu « honneur », la protection des secrets militaires servant de motivation à leur cynisme et leurs mensonges.

Il serait cependant absurde de considérer ce comportement des plus hautes autorités de l’Etat comme une spécialité russe. Le quotidien « Le Parisien » du 18 août rappelait que « Trente ans après le naufrage du sous-marin américain »Scorpion« , aucune information officielle n’a été donnée. Les familles des victimes et leurs avocats n’ont encore jamais eu accès au rapport ».

Et que sait-on en France ou en Grande Bretagne des incidents de la flotte sous-marine ?

Le cynisme des gouvernements français n’a rien à envier à ceux de Russie. Preuve : le scandale des éthers de glycol. On sait depuis des années qu’ils provoquent des cancers, des fausses couches chez les femmes enceintes, des malformations chez les nouveaux-nés. Pourtant plus d’un million de travailleurs dans les secteurs de la peinture, du bâtiment, des industries de la mécanique, de l’électronique, de l’imprimerie, y sont encore exposés. Et ce gouvernement recule toujours devant leur interdiction. Un projet de réglementation devrait être présenté mais il n’envisage qu’un aménagement de leur utilisation.

Jospin et ses ministres ont plus de considération pour les bénéfices des patrons utilisateurs de ces solvants que pour les travailleurs qui peuvent en être victimes. Le scandale de l’amiante – véritable bombe à retardement qui fera encore dans les années qui viennent des dizaines milliers de victimes en France – n’a visiblement pas suffi.

Non, les salauds ne siègent pas que dans le seul gouvernement de Russie.

Et celui-ci n’a pas non plus attendu le naufrage du « Koursk » pour révéler au grand jour sa vraie nature. Ce qui ne l’empêche pas pour autant de bénéficier de la bienveillance et de l’aide des gouvernements occidentaux. Ceux-ci ne manquent pas une occasion de lui faire la cour, fermant les yeux sur la sale guerre qu’il mène depuis des mois au Caucase, le massacre des Tchétchènes, civils ou combattants, mais aussi sur le sacrifice de la vie de milliers de jeunes Russes envoyés au casse-pipe par les bons soins de Poutine.

N’empêche. Les dirigeants des pays les plus riches de la planète voient en Poutine l’homme qu’il leur faut. Après le retour au capitalisme en Russie – qu’ils avaient appelé de leurs vœux – ils comptent sur lui pour restaurer « l’autorité de l’Etat », c’est-à-dire renforcer l’armée, la police, l’administration et sécuriser ainsi les affaires dans le pays. Que cela puisse se faire au prix d’un retour à une certaine dictature ne les gênerait pas.

La complicité entre dirigeants russes et dirigeants occidentaux n’est d’ailleurs pas vraiment nouvelle. Bien avant la restauration du capitalisme, à l’époque du régime baptisé à tort « communiste » – mais dans lequel les travailleurs n’avaient pas leur mot à dire – les gouvernements des puissances capitalistes ne rechignaient pas à s’entendre avec Staline ou ses successeurs, chaque fois qu’il s’agissait, contre un peuple ou un autre, de maintenir l’ordre planétaire, en se servant de la terreur que faisait régner leurs appareils d’Etats militaires et policiers.

Des médias parlent aujourd’hui à propos du naufrage du « Koursk », « de retour au soviétisme de plomb ». Ils oublient simplement de dire que le « soviétisme », le vrai, celui qui avait conduit les ouvriers les marins et les soldats à renverser le Tsar en 1917, avait justement pour but, en pleine guerre mondiale, d’en finir avec tous les régimes qui traitent les travailleurs en chair à produire et les transforment à l’occasion en chair à canon.

D’un retour à ce soviétisme-là, oui, tous les opprimés et les travailleurs du monde entier en auraient aujourd’hui bien besoin.