Convergences révolutionnaires

Site de la fraction L’Étincelle

Accueil > Éditos de bulletins > Des raisons d’exploser

URL : https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Des-raisons-d-exploser

Des raisons d’exploser

lundi 17 juillet 2000

« Tout faire sauter ». Pour les ouvriers de l’usine Cellatex, à Givet (Ardennes) cette menace n’est pas un mot creux. D’abord, parce que dans cette usine de soie industrielle, les 46 tonnes de sulfure de carbone et autres produits chimiques pourraient bien faire voler tout à 500 mètres à la ronde.

Mais surtout parce que la colère accumulée y est grosse. Ils étaient 800 dans les années 1960, ils ne sont plus que 153 aujourd’hui. Plan de licenciements après « plan social », avec la fermeture des usines voisines, la région connaît 20 % de chômeurs. Et travailler à Cellatex c’est manipuler des produits hautement toxiques, risquer la catastrophe au quotidien… pour moins de 6 000 F par mois.

En 1991, le groupe Rhône-Poulenc, propriétaire alors de l’usine, s’en désengage. Depuis les repreneurs se sont succédés, chacun imposant des « sacrifices » pour maintenir la rentabilité : suppression du 13e mois, des primes, etc. pour finalement se retirer. Cette valse s’est arrêtée ce 5 juillet, avec la décision de liquidation prise par le tribunal de commerce.

Depuis les salariés occupent l’usine. Ils ont retenu une nuit le député et le liquidateur judiciaire et aujourd’hui menacent d’allumer la véritable bombe sur laquelle ils travaillent. Leurs revendications : un travail et le maintien de leur pouvoir d’achat. Et s’il faut de l’argent pour cela, les travailleurs désignent un endroit où le trouver : dans les comptes de Rhône-Poulenc, ancien propriétaire de l’usine, ce grand et riche trust de la chimie et de l’industrie pharmaceutique.

On a bien demandé aux ouvriers de retirer les produits chimiques. Ces derniers ont refusé de se séparer de cette arme. On a fait évacuer, une journée, les quartiers voisins. Mais la population de la ville se montre solidaire des grévistes. Face à la détermination des ouvriers, l’Etat a annoncé des mesures. Mais pour l’instant ce ne sont que des promesses et les salariés ont décidé de maintenir l’occupation, c’est-à-dire de garder la main sur le moyen de pression dont ils disposent.

La « croissance », on le voit, ne profite pas à tous, et ne signifie certainement pas la fin des luttes des travailleurs.

Ce 14 juillet, Chirac a fait mine d’être surpris que la croissance ne signifie pas une hausse du pouvoir d’achat de tous, et la fin de la « fracture sociale ». Mais c’est d’abord de la croissance des profits qu’il s’agit. Pour les travailleurs que l’on juge pas « rentables », c’est comme à Givet : les fermetures de sites, les licenciements, et le chômage. Pour les autres, c’est la flexibilité, le développement et la généralisation du travail précaire, les salaires bloqués.

Le patronat est bien décidé à empocher tous les « fruits de la croissance ». Avec le PARE, le MEDEF veut imposer aux chômeurs d’accepter n’importe quel travail sous la menace d’arrêt des indemnités. Cette attaque est dirigée contre les chômeurs, mais aussi contre tous les travailleurs, en faisant pression à la baisse sur les conditions de travail et les salaires.

Tout cela se fait avec la bénédiction de Jospin, et aussi celle de Chirac. Et quant aux mesures du gouvernement, ce sont des cadeaux directs au patronat : la loi Aubry a introduit la flexibilité et le SMIC à deux vitesses. Aujourd’hui, on reparle de la cagnotte fiscale, plus importante que prévue : l’Etat s’empresse de destiner ces sommes aux remboursements de la dette, c’est-à-dire en versements aux groupes financiers.

Les travailleurs de Cellatex ont bien raison de lutter pour que la dégradation de leurs conditions de vie ne finisse pas dans le chômage et la misère. A leur échelle, ils ont bien raison d’utiliser les armes dont ils disposent pour se défendre.

Pour contrer l’offensive de la bourgeoisie, pour faire cesser le chômage, la précarité et les bas salaires, l’ensemble des travailleurs aurait intérêt à faire peser une menace à sa portée : celle d’une véritable explosion sociale, d’une lutte de toute la classe ouvrière. Une explosion sociale qui ferait bien plus de bruit que des tonnes d’explosifs et ne serait pas un acte de désespoir, mais la promesse d’un vrai changement pour tous les travailleurs.