Riposter tous ensemble aux provocations patronales
lundi 3 juillet 2000
Triomphalement, la presse annonce qu’il y a 500 000 chômeurs de moins en un an, et que la croissance repart. La crise serait terminée et la prospérité revenue !
Il est sûr que pour les profits, tout va pour le mieux : la spéculation rapporte, les cadeaux du gouvernement au patronat s’amoncellent sous la forme de subventions diverses et variées.
Par contre pour les travailleurs, c’est un autre monde : il y a peut-être 500 000 chômeurs de moins, mais c’est au prix de l’explosion de la précarité. Il faut compter tous les emplois jeunes de Martine Aubry, les intérimaires, les CES, les temps partiels imposés. De plus les manipulations statistiques permettent de faire disparaître un grand nombre de chômeurs des chiffres.
Nos salaires sont pour la plupart bloqués au nom de l’application des 35 heures. Le gouvernement ne vient d’augmenter le SMIC que du minimum légal, 3,2 %, mais seulement pour les smicards qui sont restés aux 39 heures. Pour ceux-ci, le SMIC sera désormais de 5470 francs nets, mais il ne sera que de 5370 francs pour ceux qui sont passés de 39 heures à 35 heures et de 4900 francs pour ceux qui sont directement embauchés à 35 heures. Il n’y a donc plus vraiment de salaire minimum, d’autant que les temps partiels qui se généralisent sont des salaires amputés. On se rend compte qu’avec un travail, on va peut-être gagner encore moins qu’auparavant en étant au chômage, comme aux Etats-Unis ou en Angleterre où les plus chanceux ont deux emplois pour simplement survivre !
Et c’est bien là l’enjeu du PARE, soi-disant plan d’aide au retour à l’emploi, en réalité plan d’aide à plus de précarité et de misère. Il s’agit de forcer les chômeurs à accepter n’importe quel emploi, à n’importe quel prix, sous la menace de se voir couper totalement les vivres en quatre étapes : au premier refus d’une proposition de travail, c’est une lettre de rappel, au deuxième, la réduction de 20 % des allocations, puis leur suspension, et enfin leur suppression pure et simple. Les patrons réclament en plus le droit de n’embaucher que des CDD pour une durée de 18 mois à 5 ans.
Cette nouvelle attaque du patronat ne vise pas seulement les chômeurs, mais aussi les travailleurs, car le but est de faire baisser les salaires, d’exploiter davantage encore les travailleurs pour que les capitalistes profitent le mieux possible d’une conjoncture économique qui leur est favorable.
La CFDT et la CFTC ont déjà dit banco au PARE et à la « refondation sociale » du MEDEF, l’organisation patronale, qu’on pourrait pourtant appeler « dégradation sociale ». Le dialogue social consiste pour ces dirigeants syndicalistes à satisfaire les patrons. La CGT, FO et la CGC n’ont pas signé - ou pas encore - , mais en appellent à l’arbitrage du gouvernement au lieu d’en appeler à la conscience et à la combativité des travailleurs. Or le gouvernement ne s’oppose pas au PARE. Il ne fait que temporiser. Il n’y a aucune aide à attendre de ce gouvernement qui comme ses prédécesseurs est l’ennemi des travailleurs, développe la précarité, par exemple avec la mise en place des emplois jeunes, laisse les patrons licencier alors qu’ils font des profits comme à Michelin, et les comble de subventions.
Contre le PARE, il y a eu quelques protestations d’associations de chômeurs, de syndicats, restées confidentielles et timides. Ce sont toutes les organisations de salariés et de chômeurs, tous les partis qui prétendent les défendre, qui devraient pourtant mettre leurs actes en accord avec leurs paroles et préparer la riposte contre cette nouvelle attaque. Elle aura lieu avec eux, ou sans eux si ce n’est contre eux. Plus que jamais s’impose la lutte d’ensemble des travailleurs et des chômeurs pour l’augmentation générale des salaires, l’embauche de tous les précaires, l’interdiction des licenciements et l’embauche massive du personnel nécessaire dans le public comme dans le privé, c’est-à-dire la lutte pour imposer un plan d’urgence contre la dégradation sociale.