Non au brigandage de haut vol au détriment des services publics !
lundi 26 juin 2000
En bloquant la quasi-totalité du trafic aérien, les aiguilleurs du ciel ont lancé lundi un coup de semonce contre la privatisation du ciel. Il s’agit par-là non pas de vendre des nuages, mais de permettre aux compagnies aériennes et à quelques sociétés à la périphérie, de s’emparer du contrôle de la circulation des avions, de voler ainsi toujours haut… vers de plus gros profits.
Il suffit de voir comment en Grande Bretagne la privatisation des chemins de fer s’est traduite par l’abandon de tous investissements de matériels non immédiatement rentables, provoquant les plus grandes catastrophes ferroviaires, pour se rendre compte que le bradage de services publics au capital privé n’est pas un progrès mais un danger public. Les aiguilleurs du ciel ont donc entièrement raison de s’opposer aux projets actuels.
Le trafic aérien augmente de 8 % par an et pour pouvoir l’absorber, les autorités européennes, suivies des différents gouvernements, prétendent que si la régulation s’ouvrait au capital privé, il y aurait moins de retards et davantage de possibilités d’accroître le trafic. Le transport aérien pourrait, sans risques supplémentaires, avoir effectivement encore de beaux jours devant lui, à condition que 80 % de l’espace ne reste pas réservé à l’armée et que l’Etat accepte de développer en effectifs et en moyens techniques l’actuel service public. Mais pas question. Le dernier cri de la réforme à imposer à tous les services publics, aux transports terrestres, aux hôpitaux, aux postes aux télécommunications, à la distribution de l’énergie… c’est l’ouverture à la concurrence.
On voit même aujourd’hui le ministre des finances L. Fabius projeter de faire vendre par l’Etat à quatre trusts privés les fréquences du nouveau système de téléphonie mobile. Pour faire passer la pilule il fait miroiter que les rentrées d’argent pourraient servir aux retraites… Comme la vignette automobile sans doute, primitivement destinée aux vieux mais qui n’en ont jamais vu la couleur !
Une partie de France Télécom a déjà été livrée aux capitaux privés tandis que le secteur de la téléphonie est aussi depuis quelques années ouvert à la concurrence. Mais est-ce que la population a vu pour autant ses notes de téléphone baisser ? Et alors que de 1996 à 1999 le prix de l’abonnement mensuel a déjà augmenté de 48 % pour les ménages, France Télécom demande aujourd’hui une nouvelle augmentation !
La distribution de l’eau, gérée auparavant par les municipalités, a peu à peu été transférée essentiellement à trois sociétés privées… Et le prix de l’eau a augmenté de façon vertigineuse sans que le service en soit amélioré. En revanche, se sont constitués à partir de là des trusts géants qui, non contents de contrôler la distribution de l’eau, se sont emparés du ramassage et du traitement des ordures ménagères, des transports urbains en province, et que l’on retrouve maintenant dans les grands médias et à la télévision, dans le téléphone et l’Internet, qui visent à récupérer une part dans le transport ferroviaire, de la distribution de l’énergie… les mêmes qui en tant que puissances d’argent, achètent des politiciens voués à valoriser leurs intérêts à tous les niveaux de l’Etat !
Le bilan de ces privatisations est à mettre au compte de tous les gouvernements qui se sont succédés ces dernières années, de gauche comme de droite. Celui de Jospin se distingue même en ayant privatisé davantage que tous ses prédécesseurs, ministres communistes ou pas. C’est même avec J.C. Gayssot, ministre PCF aux transports, qu’on a vu « l’ouverture du capital » à Air France et que se prépare activement aujourd’hui avec la « gestion par activité » à la SNCF, la possibilité de livrer de nouveaux secteurs du transport ferroviaire au privé et à la sous-traitance.
Tous les travailleurs sont victimes de ce processus. La privatisation fait passer le fric avant la sécurité. Elle détériore les services publics et les salariés de ces entreprises voient à la fois leur charge de travail augmenter et les salaires baisser. Cette semaine ce sont les aiguilleurs du ciel qui ont été aux avant-postes de la lutte contre cette régression sociale, mais il faudra bien que nous nous y mettions tous ensemble.