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Temps de chien pour une économie de chiens

lundi 17 avril 2000

Pendant qu’on nous projette à la télé les tragiques images d’hommes, de femmes et d’enfants mourant de faim en Ethiopie, les représentants des 7 pays les plus riches se réunissent à Washington pour étudier la meilleure façon d’exploiter et de prendre à la gorge la population de toute la planète.

L’économie sous le régime capitaliste, qu’elle soit dénommée « nouvelle » ou « ancienne », reste dominée par l’enrichissement personnel et elle est totalement irrationnelle. Après des mois durant lesquels les spéculateurs en Bourse ont étalé avec insolence leurs gigantesques profits réalisés sans travail et nous ont bourré le crâne avec les vertus de la soi-disant « nouvelle économie », le début de krach boursier de la semaine dernière est venu rappeler à quel point cette économie a des pieds d’argile. Partout à travers le monde, les indices boursiers se sont effondrés en fin de semaine. C’est notamment le marché où sont cotés les titres des entreprises exploitant les « nouvelles technologies » – comme Internet ou les biotechnologies – qui a connu la plus forte baisse. Ce secteur était pourtant censé constituer un véritable Eldorado. La presse faisait miroiter de l’argent facile pour tous ceux qui y placeraient leurs économies. On voit ce qu’il en est aujourd’hui : il a suffi de quelques « mauvaises nouvelles » (comme le jugement prononcé contre Bill Gates, le milliardaire américain de l’informatique) pour que cet Eldorado se transforme en déception pour tous les gogos qui ont oublié que les marchés boursiers ne donnent qu’aux (très) riches…

Il n’est pas encore possible de savoir si ce début de krach prendra de l’ampleur dans les jours qui viennent et frappera, comme en 1929, la production et le commerce, ce qui aurait des conséquences dramatiques pour des millions d’entre nous. Mais même si ce krach n’était qu’une parenthèse, reste que ce système n’est pas capable de développer l’économie pour le bien-être de tous. Ainsi, selon la Banque mondiale elle-même, la croissance ne fait pas reculer les inégalités, au contraire : 1/6e de la population mondiale reçoit 80% du revenu de la planète, tandis que la moitié de l’humanité s’en partage 6%. Dans les 40 pays les plus pauvres, en vingt ans le revenu moyen par habitant est passé de 400 à 300 dollars par an (5 F par jour)… La croissance économique s’accompagne d’une explosion des inégalités, y compris dans les pays riches, où le nombre des laissés pour compte – chômeurs, SDF, etc. – n’a pas vraiment diminué, où le revenu des travailleurs a régressé et s’est précarisé.

Réunis à Washington, les dirigeants du Fonds Monétaire International et de la Banque Mondiale se paient le luxe de prétendre vouloir combattre la pauvreté. Ils parlent notamment de réduire la dette de certains pays. Mais il y a bien longtemps que ces pays ont fini de rembourser leur dette et, s’ils se saignent, c’est en fait pour rembourser les intérêts exorbitants réclamés par les banques des pays riches. De plus la population de ces pays a peu vu la couleur de l’argent prêté. Il a essentiellement servi à financer l’importation de biens en provenance des pays riches – souvent des armes – en même temps qu’il était détourné par des dirigeants corrompus exerçant leur dictature au profit d’entreprises multinationales.

Il ne serait que justice que les capitalistes des pays riches cessent de pressurer les populations des pays pauvres. Or les représentants du G7 réunis à Washington ne veulent même pas entendre parler d’une annulation pure et simple de la dette des pays pauvres. Ils envisagent seulement de renoncer au remboursement de 200 milliards de dollars pour ceux des pays qui de toutes façons ne peuvent plus être davantage pressurés. Une somme apparemment importante, mais ridicule en fait quand on la compare à celles dilapidées à la Bourse ces dernières semaines : en 15 jours le seul capital de Microsoft, dirigé par Bill Gates, a ainsi diminué de 25%, perdant… 140 milliards de dollars !

Des moyens il y en aurait pour combattre réellement la misère et les inégalités. Mais il faudrait prendre l’argent là où il est, dans les portefeuilles des spéculateurs et des patrons, autant dire renverser le capitalisme.