Le patronat passe à l’offensive, à nous de préparer la riposte !
lundi 10 avril 2000
On nous chante sur tous les airs que l’économie va bien et qu’il y a de la croissance. On pourrait donc s’attendre à ce que cela se traduise par un mieux pour les classes populaires aussi. Ce serait en tout cas légitime que les travailleurs et les chômeurs voient la couleur des fameuses « cagnottes » dégagées par cette croissance : « cagnotte » du budget de l’Etat, « cagnotte » de l’UNEDIC (l’assurance chômage)… et surtout, « cagnotte » autrement plus grosse, celle des profits réalisés en bourse et ailleurs par les spéculateurs et les patrons.
Mais le patronat tire au contraire prétexte de la reprise économique pour partir en guerre contre ce qu’il reste de la protection sociale et des acquis du monde du travail. L’organisation des patrons, le MEDEF, avec à sa tête le baron Seillières, prétend procéder à une vaste « refondation sociale ». Mais derrière cette formule pompeuse se cache en fait une offensive tous azimuts contre les travailleurs et les chômeurs, une offensive qui, dès les premières semaines de négociation avec les confédérations syndicales, porte d’emblée tout à la fois sur les retraites, l’indemnisation du chômage et la précarisation des contrats de travail.
En ce qui concerne les contrats de travail, l’exemple vient du gouvernement lui-même qui, avec les emplois-jeunes, a donné des idées aux patrons. Ceux-ci voudraient pouvoir signer des contrats à durée déterminée (CDD) d’une durée de cinq années et en finir de cette manière avec les « contraintes » des contrats à durée indéterminée (CDI). Ils voudraient aussi créer des contrats de travail valables le temps d’un « projet » seulement, ce qui reviendrait à légaliser le travail à la tâche. La « refondation sociale » nous ferait ainsi régresser… au 19e siècle. En somme, pour les patrons, il n’y a pas encore assez de précarité.
Avec la croissance, le nombre de chômeurs pourrait diminuer, et les chômeurs devenir plus regardants avant d’accepter un emploi. Alors pour le MEDEF il faut rendre la vie plus dure aux chômeurs : si à l’issue d’une ou plusieurs propositions de l’ANPE, le chômeur n’a toujours pas accepté un des emplois proposés, ses allocations seront revues à la baisse, voire supprimées ! Une contrainte pour faire accepter n’importe quel « job » à n’importe quel prix et ainsi faire baisser encore tous les salaires.
Pourtant la croissance économique permettra à l’UNEDIC de dégager en 2000 une « cagnotte » de 6 milliards de francs et de 14 milliards l’année suivante selon les prévisions. Un excédent qui pourrait être utilisé pour mieux indemniser les chômeurs, augmenter leurs allocations de misère, mais aussi indemniser les 59% de chômeurs qui ne touchent encore aucune allocation. Mais non, au lieu de cela le patronat préfère tirer profit de la situation pour s’attaquer au mode d’indemnisation !
Enfin, dans la foulée du gouvernement, le patronat reprend l’offensive sur les retraites. Jospin avait dernièrement donné le ton en prônant le passage des fonctionnaires aux 40 annuités de cotisation, comme dans le privé. De leur côté, les patrons au nom de « la retraite à la carte » remettent en question le départ à 60 ans et militent pour l’introduction de fonds de pension privés, auxquels il faudrait remettre nos économies – encore faut-il en avoir ! – pour parvenir à une retraite décente, avec le risque de les voir partir en fumée à l’occasion du premier krach boursier.
La reprise économique donne des ailes aux patrons, qui se croient tout permis. Et les confédérations syndicales accompagnent le mouvement, ne trouvant rien de mieux à faire que d’accepter de discuter de tout cela avec le MEDEF. Comme s’il s’agissait de sujets discutables !
Face à ces attaques, il n’y a qu’une seule réponse à donner : l’organisation d’une riposte de tous les travailleurs. Mais comme on l’a vu lors des luttes des fonctionnaires des impôts et des enseignants, jusque-là les confédérations syndicales ne font rien pour réaliser la convergence des mouvements. C’est pourtant un « printemps chaud » qu’il faut préparer si l’on veut inverser le rapport de force avec le patronat et lui faire remballer sa marchandise.