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En finir avec le « harcèlement social » des patrons et du gouvernement

lundi 3 avril 2000

Le MEDEF a notifié ses projets de prétendue « refondation sociale » aux syndicats, c’est-à-dire sa volonté de remettre en question tous les régimes de protection sociale. Les directions syndicales ont accepté bien sagement de répondre à la convocation du patronat. Elles ont pu avoir un aperçu de ses projets, notamment au travers de sa demande de transformer tout contrat en emploi précaire.

Rien que ça !

En prenant exemple sur les dernières inventions du gouvernement comme les « contrats de chantier » du Bâtiment ou les « emplois-jeunes », le patronat entend ainsi obtenir la possibilité d’employer des CDD longue durée dans tous les secteurs. S’il obtient gain de cause, finie la protection que donne le contrat de travail à durée indéterminée et finis les accords collectifs. Vive le règne de l’emploi adapté à chaque tâche momentanée ! Avec les « contrats de projet ou de mission », ce ne sont plus seulement les jeunes et les chômeurs qui seront soumis à la précarité : ce sont tous les travailleurs !

Les patrons se sentent pousser des ailes au moment où le gouvernement s’en prend lui aussi à la législation du travail et aux acquis sociaux. Jospin a annoncé sa volonté de ramener la durée minimale de cotisation des fonctionnaires de 37 ans et demi à 40 ans, comme la droite avait réussi à l’imposer en 1993 au secteur privé. Dans le même temps, les retraites baissent et bien des pensions sont inférieures au minimum vieillesse, comme viennent de le dénoncer dans la rue les retraités de la SNCF.

Pour les chômeurs, la politique gouvernementale ne vaut pas mieux. Martine Aubry se félicite des chiffres du chômage en baisse, justifiant au passage les nouveaux emplois, essentiellement précaires, comme les « emploi-jeunes ». Le gouvernement n’a qu’une part modeste dans cette baisse des chiffres officiels. Il a facilité la radiation des chômeurs, et comme ne sont plus comptabilisés tous ceux qui effectuent au-dessus de 78 heures de travail par mois, cela contribue à masquer la réalité, notamment celle des licenciements qui continuent dans nombre d’entreprises.

Devant les mobilisations récentes, des hospitaliers aux employés des Finances et des postiers aux enseignants, et devant les grèves du public et du privé contre les prétendues 35 heures, le gouvernement a cependant hésité à poursuivre une mise en œuvre trop brutale de ses projets. Jospin a procédé à un ravalement de façade gouvernemental, mais d’autres attaques sont à venir : contre les retraites et la sécurité sociale, fermetures de lits d’hôpitaux, de maternités, suppressions de postes d’enseignants ou d’infirmières, précarisation des emplois de postiers ou de cheminots et en général suppression du plus grand nombre possible d’emplois publics. Tout cela au moment où l’argent coule à flots dans les caisses patronales et gouvernementales.

Alors qu’on annonce une sécurité sociale à nouveau bénéficiaire, les pensions du régime général diminuent. Alors que l’UNEDIC annonce 6 milliards de bénéfices en 2000 et en prévoit 14 milliards d’ici 2001, les allocations chômage sont menacées et le patronat veut contraindre tout chômeur à accepter n’importe quel « job » à n’importe quel prix, sous peine de perdre toute indemnité.

Loin d’opposer au patronat et au gouvernement une attitude ferme et une stratégie de renforcement des luttes, les directions syndicales négocient les reculs sociaux, secteur par secteur. Les actions restent émiettées, comme celle des hôpitaux ou des postiers. Les manifestations des enseignants, des hospitaliers, des employés des finances ou des postiers ne se rejoignent jamais. Pas plus que celles des travailleurs du privé, en lutte séparément, contre les 35 heures ou les licenciements collectifs, ou pour leurs salaires.

Pour nous, salariés du privé comme du public, il n’y a pourtant pour vaincre pas d’autre choix que celui d’une lutte d’ensemble. Et le plus tôt sera le mieux !