Profs, instits, parents d’élèves… Travailleurs du public comme du privé, TOUS ENSEMBLE !!
lundi 20 mars 2000
200 000 enseignants et parents d’élèves ont défilé dans la rue la semaine dernière, et sans doute encore plus défileront cette semaine. Les employés des impôts sont toujours en colère, les hospitaliers aussi. Sans oublier les postiers, et bien d’autres.
Le mécontentement s’exprime un peu partout contre le manque de moyens, le manque d’effectifs et la précarisation. Il n’y a que Jospin pour être content. Content de lui ! Lui, il se voit déjà dans le miroir de président et, quitte à faire sauter quelques ministres fusibles, il lâche quelques miettes pour l’esbroufe.
Il a cru s’en tirer auprès des enseignants en lâchant un malheureux milliard pour l’Education Nationale (sur un budget annuel tournant autour de 300 milliards) ! 0,33 % d’augmentation pour l’éducation des enfants du peuple, contre 14 % d’augmentation des profits en bourse ! Un milliard pour nos gosses, mais 100 milliards de subventions par an pour les patrons !
Via Martine Aubry, il a fait à peu près le même coup aux hospitaliers en lutte en lâchant 10 milliards sur trois ans, alors qu’il en faudrait dix fois plus pour combler les effectifs, sauvegarder les urgences, les maternités, les hôpitaux de proximité…
Le seul souci de Jospin, c’est de savoir comment il va enrubanner ses prochaines mesures anti-ouvrières, celles sur les retraites par exemple, où il est question de faire avaler par petites doses l’augmentation du nombre d’annuités de cotisations. Au bout du compte, il s’agira de diminuer les pensions en instillant progressivement un système de fonds de pension encore plus inégalitaire que le système actuel.
Pour l’heure, aux travailleurs et aux chômeurs le gouvernement ne distribue que des miettes, pour désamorcer les coups de colère qui éclatent dans les services publics, et toujours en enlevant à Paul ce qu’il donne à Pierre. En enlevant aux enseignants du Val d’Oise ce qu’ils donnent à ceux de la Seine Saint-Denis, à tel hôpital ce qu’il donne au voisin. Encore que cette tactique est en train de s’user. Comme disait un instituteur en colère interviewé à la télé : « Il va y avoir du bordel dans ce pays ».
Les grèves des services publics qui se multiplient à l’échelle nationale commencent à devenir un fait politique et une sacrée pierre dans le jardin de Jospin. Et des mouvements ont lieu aussi dans le privé, pour des augmentations de salaires ou contre des licenciements, dans ces « World Companies » françaises ou étrangères, les Péchiney, Alstom, France Télécom dont les actions grimpent quand les effectifs baissent et que des travailleurs sont jetés à la rue ! Et ne parlons pas de leur super cagnotte !
Jospin se demande comment présenter sans trop de vagues sa réforme des retraites, Sautter a remballé sa réforme des impôts, Allègre est dans une mauvaise passe. Mais pour arracher au gouvernement et au patronat davantage que des reculs partiels, il va falloir autre chose que des grèves qui se relaient dans des secteurs appelés les uns après les autres, ou les uns séparés des autres, dans des cortèges à part.
Jusqu’à présent, les dirigeants des principales confédérations syndicales ont tout fait pour que les mouvements ne convergent pas, pour laisser s’exprimer le mécontentement sans trop gêner le gouvernement en donnant la priorité aux « négociations » sur des broutilles, sans chercher à constituer un véritable rapport de forces en faveur des travailleurs. Sauf que les miettes concédées par le gouvernement ne satisfont personne. Sauf que le mécontentement perdure. Sauf que les ministres se discréditent. Sauf que les parents soutiennent les profs et les instits. Sauf que l’ensemble du monde du travail commence à se sentir solidaire.
Il va falloir sérieusement envisager un mouvement d’ensemble, la convergence des luttes, la généralisation des grèves.