Et la riposte, en prime !
lundi 21 février 2000
En fin de semaine dernière, le PdG de Renault, Louis Schweitzer, a annoncé tout à trac des résultats « historiques » pour l’entreprise et… la baisse de moitié de la prime d’intéressement des salariés !
Du coup, des réactions s’annoncent et on peut espérer qu’elles vont contraindre la direction à revenir sur son projet, comme il avait suffi de quelques jours de grève à Flins en novembre dernier pour qu’elle revienne sur un projet de ne pas donner comme d’habitude une avance sur cette prime. Et cette affaire de « prime d’intéressement », sucrée pour moitié, tombe à pic, en pleine campagne de promotion de « l’actionnariat ouvrier », pour prouver que les patrons et leurs amis politiques ne donnent pas lourd de ce qu’ils vantent !
Selon son PdG, Renault bat tous les records : de chiffre d’affaires (246 milliards de francs), de ventes (2,4 millions de véhicules commercialisés), de marge d’exploitation (en hausse de 14,8 %, s’élevant à 14,46 milliards de francs, contre 8 milliards l’année précédente). Mais ce doublement du bénéfice serait quelque peu rogné par le rachat du constructeur japonais Nissan et un plan de préretraite, d’où la mise à contribution des travailleurs !
La Direction voudrait faire payer aux salariés le « redressement » de Nissan. Y compris le coût des plans « sociaux » accompagnant les 30 000 suppressions de postes ou licenciements au Japon !
La direction de Renault voudrait aussi faire payer aux travailleurs le départ en préretraite, sur les cinq ans à venir, de 13 000 d’entre eux. Renault a pourtant déjà obtenu de l’Etat le financement à 50 % de l’opération. Renault en tire pourtant déjà d’énormes bénéfices, car pour trois « anciens » qui partent (dont le salaire avait atteint un certain niveau après 30 à près de 40 ans d’ancienneté), il n’embauchera qu’un seul jeune, bien plus mal payé. Progrès « qualitatif et quantitatif », se flatte le PdG ! Et il faudrait que les travailleurs le financent « en prime », par la chute de moitié de leurs 8 000 à 9 000 francs de rallonge annuelle dits d’intéressement. Car rappelons que Renault, usine phare dont l’Etat reste actionnaire à 44 %, est aujourd’hui le lieu d’une belle surexploitation. La loi Aubry de prétendue embauche et réduction du temps de travail, s’y solde par la baisse des effectifs, et sur certaines chaînes de montage comme à Flins, par un allongement de 10 minutes chaque jour pour les équipes, sans temps de repas, avec en tout et pour tout deux pauses de 10 minutes.
Le pot aux roses est que la direction promet aux actionnaires que leurs dividendes ne seront pas touchés. Seuls les travailleurs devraient trinquer !
A voir. Parce que la politique patronale appelle et encourage une riposte, et pas uniquement à Renault qui est seulement l’exemple de ce qui se passe partout !
Le grand patronat n’a de cesse, de Michelin à Renault en passant par Moulinex, de mener sa politique de « réduction des coûts », se traduisant partout par des suppressions d’emplois et des licenciements qui grossissent le nombre des chômeurs, et pour ceux qui gardent du travail, par la surexploitation et le gel voire la diminution des salaires du fait que des primes ou heures supplémentaires sautent. Le tout avec l’aide financière de l’Etat qui verse des centaines de milliards aux patrons, en particulier à ceux qui paient les plus bas salaires !
Dans le même temps, le même Etat dirigé par la gauche plurielle, retire des crédits aux hôpitaux, aux écoles, aux transports… d’où le mécontentement qui s’exprime dans ces secteurs et tout particulièrement aujourd’hui chez les hospitaliers, les postiers, les enseignants, élèves et parents d’élèves, et pas seulement dans le Gard et l’Hérault.
Contre les plans de redressement, cartes scolaires ou autres plans d’économies dans les services de transport ou de santé, à quand la « carte » ou le « plan général » de la nécessaire mobilisation ouvrière ? Car d’une façon ou d’une autre - et le plus tôt sera le mieux -, il va falloir tous ensemble répondre œil pour œil, dent pour dent…