Leur euro et notre internationalisme
lundi 4 janvier 1999
Europtimistes ! Les commentateurs baignent dans l’euphorie. La bourse a fait sauter les bouchons de champagne ! L’Europe capitaliste se sent les dents longues face à ses concurrents. Bref, à l’heure du baptême de l’euro, l’Europe du fric a le moral !
On nous ferait presque espérer en une Europe vraiment civilisée, où les peuples ne connaîtraient plus ni guerres, ni xénophobie, ni frontières, ni barrières d’aucune sorte. Une Europe sans racisme, qui ne connaîtrait plus la honte de la chasse policière aux sans papiers. Une Europe accueillante et humaine pour tous, sans chômage, ni misère ni exclusion.
On en est bien loin. Ce sont seulement les monnaies que l’on unifie, et la libre circulation des profits qu’on célèbre, même si on nous dit que tout le monde y gagnera. On nous parle d’ “ harmonisation des politiques sociales ”. La belle harmonie ! On l’a vue à l’œuvre ces vingt dernières années dans le démantèlement concerté des protections sociales et des législations du travail européennes. On a vu comment s’est creusé le gouffre des inégalités.
Ce qu’ils ont d’ores et déjà harmonisé – et ils comptent bien poursuivre dans la même voie –, c’est la précarisation du travail, la flexibilité, le chômage, en un mot le libre exercice de la dictature du capital sur le travail. Et que la plupart des pays de l’Europe de la monnaie unique soient aujourd’hui gouvernés par des politiciens qui se disent “ socialistes ”, n’y change strictement rien.
Mais l’Europe, ce n’est pas seulement celle que les exploiteurs veulent faire. C’est aussi celle que nous, travailleurs, pouvons forger par nos luttes. Ce n’est pas une vue de l’esprit, une pensée généreuse. C’est une nécessité. Et puisqu’on nous annonce que les affaires vont bien, c’est le moment de réclamer la part des travailleurs et des chômeurs !
Etendre une grève, à l’échelle d’un pays comme de l’Europe, à l’époque des portables, des fax… et de l’euro, ce serait envisageable. Cela supposerait, bien sûr, une préparation, mais ce serait autrement plus payant que les luttes isolées et cloisonnées. A condition de s’organiser et de ne pas compter pour cela sur les dirigeants syndicaux qui, quel que soit leur sigle, envisagent plus de se faire reconnaître au sein des institutions européennes mises en place par la bourgeoisie, que d’organiser des luttes qui inspirent une trouille salutaire au patronat européen.
Souvenons-nous seulement des échos que le mouvement de l’hiver 1995 en France avait eus auprès du reste des travailleurs de l’Europe. De telles luttes ouvrières européennes, où se reconnaîtraient cheminots, hospitaliers, postiers, enseignants des différents pays, mais aussi les travailleurs des banques, de l’automobile, du bâtiment, de la confection ou de la distribution, ce serait aussi celles des travailleurs originaires du Mali, du Maroc… du Pakistan ou de Turquie, tous ces travailleurs d’Europe venus du monde entier qui se retrouvent sur les chaînes de Renault ou Volkswagen, sur les échafaudages des Bouygues et de leurs compères, ou dans les ateliers clandestins des négriers européens.
Cette Europe-là, celle de la solidarité ouvrière, de la convergence des luttes, permettrait de faire plier une des bourgeoisies les plus riches de la planète, et de redonner espoir au monde du travail, et pas seulement à celui de la seule Europe.
L’Europe des travailleurs, ce ne serait pas celle d’un nationalisme européen qui nous opposerait aux travailleurs du reste du monde et qui ne vaudrait pas mieux que le chauvinisme français ou allemand. Ce serait celle de la libre circulation des idées et des exploités, de l’unification des mobilisations, en un mot du véritable internationalisme.
En 1865, les travailleurs s’étaient saisis de « l’Exposition universelle » qui se tenait à Paris, premier rassemblement de la bourgeoisie industrielle européenne, pour proclamer la première Internationale des travailleurs. Aujourd’hui, on en est à l’Europe bourgeoise de la monnaie unique : aux travailleurs de se forger à nouveau une internationale prolétarienne. Travailleurs de tous les pays, unissons-nous !