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Patronat et gouvernement, les deux bouts d’un même bâton

lundi 25 octobre 1999

L’assemblée a finalement voté la loi Aubry avec le soutien de tous les partis gouvernementaux, même de ceux qui avaient un temps fait mine de critiquer le projet : les Chevènementistes, les Verts et le Parti Communiste. Pourtant, en dépit de quelques aménagements de détail, le caractère de cette loi reste intact. Fondamentalement elle sert les patrons, leur offre sur un plateau les moyens de flexibiliser le travail, de mettre en cause des barrières légales de temps de travail, de réduire les salaires. Elle leur fait cent dix milliards de francs de cadeaux sans aucune contrepartie réelle en termes d’embauche.

Les salariés pour la plupart ne sont pourtant pas dupes, ni du soi-disant « objectif emploi » ni de la prétendue réduction du temps de travail. Ces derniers mois, dans de très nombreuses entreprises, des travailleurs ont tenté par des manifestations diverses, des débrayages et parfois des grèves longues comme à la SNCF, de s’opposer aux accords Aubry.

Quant au coût de la mesure, le gouvernement veut le faire payer aux caisses d’assurances chômage, à la sécurité Sociale, et à l’Etat, c’est-à-dire essentiellement encore aux travailleurs. La discussion sur le plan de financement de la Sécurité Sociale cette semaine à l’Assemblée en décidera, et elle sera l’occasion pour le gouvernement de porter de nouveaux coups au système de santé… en attendant de s’en prendre aux retraites dans les mois prochains. Face à cette offensive anti-ouvrière systématique, la nécessité d’une riposte d’ensemble demeure.

La manifestation du 16 octobre contre le chômage et les licenciements, en entraînant des dizaines de milliers de personnes dans la rue, a certes été un succès. Elle est encouragement pour tous ceux qui ne veulent pas se résigner à voir la classe ouvrière continuer de s’appauvrir alors que les profits capitalistes ne cessent d’augmenter. Mais nous sommes encore loin de l’interdiction des licenciements et de mesures imposant l’embauche des chômeurs. D’autant que tel n’était pas le but de tous ceux qui avaient appelé à cette manifestation.

En tête du cortège se trouvaient des dirigeants de formations politiques, partie prenante d’un gouvernement qui lui, n’a aucunement l’intention d’interdire les licenciements et pas du tout l’intention de s’attaquer au patronat. Et lorsque le PCF le 16 octobre, ou la CGT le 4 du même mois, ont appelé les travailleurs à descendre dans la rue, il se sont bien gardés de leur donner pour objectif de faire remballer la loi Aubry. Pire les députés du PCF avaient même annoncé la veille de la manifestation du 16 octobre qu’ils allaient la voter !

Comment peut-on se prétendre dans le camp des travailleurs et soutenir en même temps les attaques du gouvernement ? Peut-on dénoncer les patrons comme Michelin qui licencient alors qu’ils font des bénéfices et ne rien dire de la politique de l’Etat-patron, actionnaire principal de Renault, licencieur à Vilvorde ou maintenant dans les usines de Nissan, à qui le gouvernement vient encore d’ouvrir sa bourse ainsi qu’au patronat de toute l’automobile pour l’aider à « rajeunir » ses effectifs en les réduisant de 40 000, remplaçant trois anciens par un seul jeune ? Et faut-il oublier que ce gouvernement supprime en ce moment des emplois dans tous les services publics, notamment dans les hôpitaux, les transports, les postes, alors qu’il faudrait au contraire en créer ?

Pour ne pas déplaire à ces « pauvres patrons » qui, comme Jaffré à l’occasion de la fusion d’Elf avec Totalfina a été remercié avec un paquet de 300 millions de francs, ce gouvernement vient même de renoncer à revoir l’imposition des « stocks- options », ces revenus supplémentaires que les dirigeants des grandes sociétés s’octroient en bénéficiant d’une fiscalité au rabais !

La lutte contre le chômage et les licenciements est indissociable de la lutte contre les attaques gouvernementales. Si nous le voulons, rien n’est encore joué. Les votes du parlement sont une chose, la possibilité des travailleurs de faire valoir leur droits dans les usines et dans la rue, en est une autre. Et tous ensemble, nous pouvons encore faire reculer le patronat et le gouvernement à son service.