Gonflés ! Michelin et tous ces patrons licencieurs
lundi 13 septembre 1999
Le groupe Michelin vient d’annoncer 7 500 suppressions d’emplois en même temps qu’il annonçait une hausse de 20% de ses bénéfices. A peine la nouvelle connue, le cours des actions Michelin en bourse a fait un bond de 12%. Les boursicoteurs ont entendu le message : en réduisant ses effectifs en Europe de près de 10% pour la même production, Michelin escompte gonfler encore des profits déjà plantureux.
Le chômage n’est pas une fatalité. Les principaux licencieurs ne sont pas de petites entreprises que l’on nous dit “ en difficulté ”. Ce sont en premier lieu les gros trusts qui, comme Michelin, rachètent des usines à droite à gauche pour accroître leur emprise sur le marché et, en concentrant leur production, réduisent leurs effectifs pour servir de meilleurs dividendes à leurs actionnaires.
C’est à un très grand trust, Bosch, qu’appartient l’usine ELM-Leblanc qui veut licencier 360 ouvriers, soit un tiers de ses effectifs. Les deux usines Epeda menacées de fermeture, avec 430 licenciements, appartiennent à un groupe plus important qui entend rapatrier la production sur d’autres sites.
Après la fusion au mois de juillet des deux groupes chimiques Hoechst et Rhône-Poulenc, ceux-ci prévoient de supprimer 11 000 emplois dans le monde, dont 3 000 en France. En juillet aussi, Usinor qui a déjà en cours un plan de 3 000 suppressions d’emplois a annoncé qu’il envisageait en plus pour les cinq ans à venir 10 000 mises en préretraites remplacées par seulement 4 000 embauches.
Les deux constructeurs automobiles français, Renault et Peugeot, qui ont affiché cette année des bénéfices records, ont décidé de procéder à quelque 23 000 mises en préretraite, avec seulement une embauche pour trois départs.
Les uns après les autres les plans de restructurations et de licenciements se succèdent. Mais l’annonce simultanée par Michelin des profits et des suppressions d’emplois est si ouvertement révoltante que Jospin lui-même s’est senti tenu d’émettre une petite réserve : « on se dit attention ! », a-t-il lancé. « Attention », Michelin serait, à ses yeux, seulement imprudent d’être aussi provocateur. Mais Jospin a en même temps félicité Michelin de ses performances et n’a nullement l’intention de l’obliger à revenir sur sa décision, de lui interdire de licencier.
Du côté du Parti Communiste, Robert Hue, à l’occasion de la fête de « l’Humanité », a proposé aux syndicats et partis de gauche une grande manifestation nationale contre le chômage.
Se battre contre les licenciements et le chômage, cela nécessite non seulement de manifester contre le patronat mais aussi contre le gouvernement qui le soutient et l’encourage, ne serait-ce que par ces centaines de milliards de subventions versées sans qu’il ne créée aucun emploi ! Jospin ne diffère d’ailleurs en rien sur ce plan de ses prédécesseurs.
Et ce qu’il faut imposer ce n’est pas un simple « moratoire » – c’est-à-dire un report – des plans de licenciements ; ni une amélioration de cette loi Aubry, conçue uniquement pour créer plus de flexibilité et non pour créer des emplois. Mais il faut l’interdiction pure et simple des licenciements et une véritable réduction du temps de travail, sans perte de salaire ni flexibilité, avec embauches en compensation.
Alors oui une manifestation nationale contre les licenciements et le chômage pourrait être une étape : pour redonner confiance à tous ceux qui ont envie de lutter, pour que la classe ouvrière reprenne l’offensive, pour la préparation d’une véritable lutte d’ensemble.
Il est temps que les victimes des plans de licenciements ne soient pas seulement acculées à se battre au coup par coup, entreprise par entreprise, pour se défendre. Il est temps que nous tous travailleurs, directement menacés ou pas par les plans de licenciements, mais tous touchés par l’aggravation des conditions de travail, le blocage des salaires, les attaques contre la sécurité sociale, contre les retraites, nous unissions nos forces.