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Contre la nouvelle loi Aubry, la riposte d’ensemble plus nécessaire que jamais !

lundi 5 juillet 1999

Une bataille de chiffonniers a lieu en ce moment à la Bourse et dans les milieux de la finance entre les dirigeants des trois grandes banques BNP, Société Générale et Paribas pour savoir laquelle avalera les deux autres. Bien sûr, les travailleurs pourraient s’en fiche comme de leur premier patron si le seul enjeu était le sort de ces dirigeants.

Mais cette lutte au sommet n’est pas seulement symptomatique de la vague de fusions et d’acquisitions qui touche la plupart des grands groupes français et étrangers, afin de figurer parmi ceux qui domineront l’économie mondiale. Comme toutes les « restructurations » qui ont eu lieu dans tous les secteurs, de l’automobile à l’agro-alimentaire, celle-ci a tous les risques de se traduire par de nouvelles suppressions d’emplois. Et les syndicats de ces banques s’inquiètent à juste titre des plans de licenciement et autres « rationalisations » que cette guerre ne manquera pas d’entraîner, quel que soit le vainqueur.

Car le but final est de servir des profits encore plus élevés aux actionnaires, jusqu’à 15 % par an. Déjà depuis le début des années 80, l’augmentation des profits a été bien plus rapide que la croissance économique. Et ces actionnaires n’ont pu s’enrichir qu’en s’accaparant une part croissante de la richesse produite, par des licenciements massifs, le blocage des salaires, le développement de la précarité et l’intensification du travail.

Dans la bataille Société Générale-Paribas-BNP, le gouverneur de la banque de France soutenu par le ministère des Finances a tenté d’amener leurs dirigeants à un compromis. En vain. Avec ces messieurs, représentant les intérêts des possédants, le gouvernement n’use d’aucune contrainte, il « conseille », il « tente de convaincre », mais finalement quand il n’y arrive pas il se couche devant leur décision. C’est aussi vrai des gouvernements de droite que de ceux de gauche.

Qui a nationalisé des entreprises en déficit en 1982, pour licencier massivement, injecter de l’argent public et brader aujourd’hui ces mêmes entreprises aux intérêts privés ? Qui a imposé le blocage des salaires dès 1983-84, réhabilité l’entreprise et les profits, développé la précarité et la flexibilité dans les entreprises, sinon la gauche au pouvoir ?

Aujourd’hui cette offensive continue, sous la forme particulièrement hypocrite de la loi sur les 35 heures. Au fur et à mesure que les patrons l’appliquaient, cette loi Aubry est apparue pour ce qu’elle était dès le départ : une remise en cause de nombre d’acquis sociaux, en imposant une flexibilité accrue, l’annualisation des horaires, le tout financé par l’Etat et les salariés eux-mêmes, sans créations d’emplois significatives.

Une deuxième loi Aubry, prévue pour cet automne, doit en rajouter encore avec des réductions de charges sociales de près de 65 milliards de francs qui pèseront sur l’Etat et la sécurité sociale, une réduction du taux des heures supplémentaires et probablement une remise en cause du SMIC lui-même.

Des directions syndicales, de toutes les confédérations syndicales, osent signer ces accords contraires aux intérêts des salariés. Pourtant bien des militants syndicaux y sont franchement opposés. Et dans bien des secteurs, de la SNCF à Renault, des travailleurs ont déjà tenté de riposter par des débrayages ou des grèves.

Mais pour s’opposer vraiment à la loi Aubry, et à la « modération » salariale, la précarité et la flexibilité, sans embauche, qu’elle veut imposer, il faudra le faire tous ensemble. Les travailleurs et tous les militants syndicalistes, communistes, socialistes qui ne partagent pas la politique de leurs états-majors, au gouvernement ou derrière le gouvernement, doivent travailler à cette unité des luttes. Pas pour la saint-glinglin. Dès la rentrée. Car c’est dès octobre, que le gouvernement prévoit de faire passer cette deuxième loi Aubry.