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La paix des charniers et des colonnes de réfugiés

lundi 21 juin 1999

La guerre est officiellement finie et l’OTAN a annoncé l’arrêt des bombardements sur la Yougoslavie. Les chefs d’Etats, occidentaux et russe, contents d’eux, pérorent devant les caméras et les micros et se tapent joyeusement sur le ventre. Les Bouyghes, Vivendi et consorts se frottent les mains : la reconstruction leur promet de juteux marchés. Les chefs militaires vont pouvoir disposer de nouvelles machines à tuer et le Salon du Bourget a enregistré un record de commandes : grâce à la guerre dans les Balkans, « Eurocopter » (Aérospatiale-Matra et Dasa) va vendre ses hélicoptères de combat « Tigre », tellement plus « efficaces » nous dit-on que les « Apache » de « Boeing » qui ont accusé des ratés en Albanie ; et Dassault vante ses « Mirage », ses « Rafale » et leurs incomparables capacités de destruction, tellement supérieures à celles des chasseurs américains de la concurrence. « Dieu que la guerre est jolie ! » vu du côté de ces charognards.

De l’autre côté, ce que nous pouvons voir est pire que tout ce que nous avions pu imaginer. De charnier en charnier nous découvrons les massacres en masse, cette autre face de la déportation des Albanais du Kosovo. Les maisons pillées et incendiées. Les moyens de production indispensables à la survie anéantis. Les immeubles et les champs minés qui promettent leur lot de futures victimes. La population terrorisée, avec toute une génération – en particulier les enfants – marqués de façon irréversible.

Des colonnes de réfugiés affamés, affaiblis, circulent maintenant dans les deux sens. Un dixième du million de réfugiés albanophones seraient rentrés dans leur pays pendant que la grande majorité croupit encore dans des camps en Albanie et en Macédoine, et que d’autres ont fui, peut-être pour toujours, dans d’autres contrées du monde. Des dizaines de milliers de Serbes quittent le Kosovo, craignant de subir à leur tour la terreur.

Le Kosovo, occupé par les militaires occidentaux et russes, restera officiellement dans les frontières de la Serbie sans que sa population soit conviée à choisir son propre destin, ni qu’elle puisse assurer elle-même sa propre sécurité. La première préoccupation des occupants étant de désarmer toute organisation des Albanais eux-mêmes.

L’industrie et les infrastructures en Serbie sont démolies et cette région retourne une quarantaine d’années en arrière, à une pauvreté bien plus catastrophique encore que celle dans laquelle l’avait fait plonger le FMI et les grosses banques occidentales, lors de la crise des années 80, en exigeant le remboursement de la dette.

Milosevic, lui, est toujours là. C’est avec lui que les puissances de l’OTAN ont encore traité. A supposer qu’il soit remplacé par un autre politicien, la population serbe n’a de toute manière aucune aide à attendre des Occidentaux pour imposer un régime démocratique.

Milosevic est certes un criminel et sa responsabilité est écrasante. Mais c’est avant tout la politique des grandes puissances, l’avidité de leurs capitalistes et de leurs banquiers qui ont fait replonger la Yougoslavie dans la guerre « ethnique ». Ce sont elles qui avaient cautionné Milosevic en signant avec lui en 1994 les accords de Dayton consacrant le partage de la Bosnie après une « épuration » toute aussi « ethnique » dans cette autre région de l’ex-Yougoslavie. Ce sont elles qui lui ont encore vendu des armes ensuite et qui demain se précipiteront sans doute pour renouveler l’arsenal détruit.

Les Jospin et Chirac, de même que les Clinton, Blair ou Schroeder qui fêtent aujourd’hui « la victoire » de façon aussi indécente, ne sont pas venus au secours des peuples des Balkans en les bombardant, mais n’ont fait que précipiter le désastre, en toute connaissance de cause.

« Le capitalisme porte en lui la guerre comme la nuée l’orage » disait déjà Jaurès, au moment de la première guerre mondiale… commencée dans les Balkans. Pour bannir définitivement la guerre, le renversement de ce système pourri reste à l’ordre du jour.