Les élections européennes passées, les problèmes restent
lundi 14 juin 1999
Jospin et le Parti Socialiste sont soulagés et ils affichent même leur satisfaction. Les élections européennes n’ont pas été l’occasion d’un désaveu de la politique qu’ils mènent au gouvernement. Pourtant avec 53 % d’abstentions, et seulement 38 % des votants en faveur de la gauche plurielle, seule une petite minorité des électeurs leur a donné un soutien dans les urnes.
La « gauche plurielle », qui mène la politique de la droite au gouvernement, fait certes mieux que celle-ci, devenue toute aussi plurielle et dont le total des voix n’avoisine que les 35 %. Et l’extrême-droite, cassée en deux, a reculé, bien que ce recul soit compensé par la montée des « Chasseurs », des politiciens aux préjugés proches de ceux entretenus par les rivaux Le Pen et Mégret, aujourd’hui frères ennemis.
Au sein de cette gauche plurielle, ce sont les écologistes, avec près de 10 %, qui ont connu la progression la plus nette. Ils réussissent à passer devant le Parti Communiste. Mais où se situent les Verts ? A gauche ou à droite du Parti Socialiste ? Et comme sur les problèmes fondamentaux, en deux ans, ils ne se sont pas vraiment démarqués de la politique gouvernementale, leur progression ne dérangera en rien Jospin.
Le Parti Communiste dont la préoccupation était de faire « moderne », en ouvrant sa liste à des non-communistes habituels compagnons de route des Socialistes, et qui n’a pas cessé d’affirmer son soutien au gouvernement Jospin, a un score de 6,8 %, voisin de son plus bas aux précédentes élections européennes. Il a ainsi récolté pour la politique de sa direction le désaveu qu’elle méritait.
Quant à l’extrême-gauche à laquelle nous appartenons, représentée par la liste d’Arlette Laguiller et Alain Krivine, avec un score de 5,2 %, elle maintient pratiquement son niveau des présidentielles de 1995, augmente par rapport à celui des régionales de l’an passé et double ses scores par rapport aux européennes de 1994. Elle passe pour la première fois la barre permettant d’envoyer des députés faire entendre la voix des travailleurs au parlement européen (5 élus). Un score certes encore modeste, mais qui prouve qu’un courant politique, luttant pour des mesures radicales contre le chômage, les licenciements et la misère, décidé à combattre toute politique anti-ouvrière, autant face à un gouvernement de droite que face à un gouvernement de gauche, existe bien dans ce pays.
Après les élections les projets du gouvernement reviennent sur le devant de la scène : deuxième loi sur les 35 heures accompagnée de cadeaux au patronat, mais avec baisse des majorations sur les heures supplémentaires, tripatouillages pour abaisser le SMIC réel et annualisation et flexibilisation à outrance ; attaques contre les systèmes de retraite ; continuation des privatisations, avec celle du Crédit Lyonnais pour la dernière en date…
La bataille la plus décisive n’aura lieu ni dans les urnes ni dans les isoloirs, et elle est encore à venir. Elle se déroulera sur un autre terrain, là où les travailleurs pourront peser bien plus qu’avec leur bulletins de vote. Car ils se sont toujours mieux fait entendre dans les entreprises et dans la rue que dans les parlements n’ayant pratiquement pas de réels pouvoirs. La censure que Jospin n’a pas récoltée dans les élections, il peut l’avoir demain dans les luttes.
L’existence d’un courant d’extrême-gauche défendant des mesures d’urgence pour les travailleurs, comptera dans les combats à venir. Et la seule chance pour le Parti communiste d’avoir un avenir consisterait à changer sa politique, à prendre lui aussi comme Lutte Ouvrière et la Ligue communiste Révolutionnaire et toute l’extrême-gauche, le parti clair et net des travailleurs contre tous les coups que leur portent ou leur préparent le patronat et le gouvernement. De toutes manières, quelle que soit la politique future de Robert Hue, les militants, les électeurs du PCF, les militants syndicalistes et même nombre de militants socialistes devront bien demain ensemble se retrouver au coude à coude avec les travailleurs combatifs, s’ils veulent peser dans les luttes et changer leur sort.