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Gayssot et Hue dénoncent la « culture du conflit » ? Envoyons-les cultiver leurs choux !

lundi 10 mai 1999

« Si j’étais cheminot je ne me mettrais pas en grève » avait déclaré Robert Hue devant les caméras de télévision au début du mouvement. Et J. C. Gayssot interrogé par Christine Ockrent a fait dimanche soir la même réponse en précisant : « nous sommes partisans du dialogue social et non de la culture du conflit ».

Mais ils ne sont pas cheminots ! Ils sont ministre ou aspirant-ministre et leur parti, le PCF, veut rester au gouvernement. Et malgré eux, un mouvement de cheminots contre la désastreuse politique de leur gouvernement a duré dix jours. Un prix qui certainement rendra la direction de la SNCF plus hésitante à imposer ses sales coups. Et probablement avec elle, bien d’autres patrons.

Pour la première fois de cette façon, on a vu la collusion entre gouvernement, direction de la SNCF et fédérations CGT et CFDT. Le fait n’a échappé ni aux cheminots grévistes qui ont dû bagarrer contre, ni aux travailleurs et militants d’autres entreprises ou branches qui ont suivi de près ce conflit, parce qu’ils sont confrontés aux mêmes tentatives patronales d’introduction d’accords Aubry aggravant la pénibilité du travail et ne créant aucun emploi.

Jusque-là, on avait vu des dirigeants syndicaux de la CGT freiner des grèves ou les canaliser pour mieux les arrêter. On les avait entendu conjuguer sur tous les modes la formule de Thorez : “ il faut savoir terminer une grève ”. Mais là, pour Thibault et Hue, il aurait fallu savoir ne pas la commencer !

Ne leur en déplaise, la grève a eu lieu. Et parmi les grévistes, il y avait un bon nombre de militants et sections syndicales CGT qui ont saisi l’occasion du préavis déposé par le syndicat catégoriel des agents de conduite, la FGAAC, pour en faire un vrai mouvement. Ils ont eu mille fois raison de se mutiner.

Certes le mouvement est resté minoritaire et limité essentiellement aux conducteurs, les autres catégories de cheminots ayant été peu nombreux à s’y joindre. Mais le mécontentement s’est exprimé. Il est aussi important aujourd’hui, face aux projets de Jospin, qu’il l’était en 95 face aux projets de Juppé. Ce qui fait la différence, c’est que les fédérations les plus importantes lèchent désormais la main du gouvernement ! Elles ne veulent plus, mais plus du tout - et il n’y a qu’à voir leur prudence à préparer une prétendue semaine d’action fin mai -, d’un “ Tous ensemble ” ! Il est pourtant plus que jamais à l’ordre du jour que la classe ouvrière oppose un front déterminé et uni face aux attaques patronales et gouvernementales. Pas ces poignées de main entre Notat et Thibault qu’on nous sert comme succédané !

Il est aujourd’hui patent que les bureaucrates syndicaux de haute volée sont des notables politiciens, des supplétifs de ces gouvernants dits de gauche dont la politique est la même que celle de leurs prédécesseurs de droite.

Après les élections européennes du 13 juin, l’offensive gouvernementale et patronale ne peut que s’aggraver.

Contre les nouveaux plans sociaux qui vont supprimer encore des milliers d’emplois dans les plus gros trusts,

Contre la deuxième loi Aubry qui dans la foulée de la première aggravera l’exploitation sans remédier au chômage,

Contre la mise en lambeaux des systèmes de retraite et la charpie que nous promet Charpin,

Contre l’intervention militaire impérialiste dans les Balkans qui se mène contre le droit des peuples, du peuple serbe bombardé comme du peuple kosovar déporté en masse,

Enfin, contre la criminalité d’Etat et les barbouzes de la gauche qui rivalisent avec les truands de la droite,

Il va falloir préparer l’offensive des travailleurs et des chômeurs.

La classe ouvrière ne manque pas d’ennemis déclarés. Les directions syndicales s’ajoutent clairement au nombre. Mais les travailleurs du rang et les militants du mouvement ouvrier, socialistes, communistes, d’extrême gauche ou syndicalistes - quelle que soit leur organisation -, gardent les atouts majeurs entre leurs mains. A son échelle, la grève des cheminots vient de le montrer.