C’est reparti comme en 95 !
lundi 22 mars 1999
En programmant une nouvelle remise en cause des retraites, le gouvernement Jospin se précipite sur les traces de Juppé, en faisant toujours plus de zèle. Il vient de publier un rapport qui propose de porter à quarante deux ans et demi la durée des cotisations. Ce rapport Charpin s’attaque à la fois aux travailleurs du public et du privé, en proposant d’augmenter la durée du travail de deux ans et demi pour le privé et de cinq ans pour le public. Et derrière Charpin, il y a bien sûr Jospin. Le pays compte des millions de chômeurs et semi-chômeurs, mais il faudrait continuer à travailler toujours plus longtemps pour pouvoir toucher une retraite de plus en plus réduite !
De l’argent, Jospin n’en dispose pas, paraît-il, pour les retraités et les chômeurs. Ni pour les hôpitaux, ni pour les transports en commun. Ni pour l’Education Nationale dont 40 000 enseignants du secondaire ont manifesté dans les rues de Paris samedi dernier.
Mais on assiste pourtant à une avalanche de milliards :15,35 milliards de bénéfices nets pour Alcatel en 1998 ; 15,1 milliards pour France Télécoms ; Renault, 8,84 milliards ; la BNP, 7,3 milliards ; Vivendi, 7,35 milliards ; Saint Gobain, 7,2 milliards ; Total, 6,9 milliards, etc. Le plus frappant, c’est la vitesse à laquelle ces profits grimpent en flèche : la BNP a multiplié par sept ses bénéfices en six ans et Renault a augmenté les siens de 63 % en un an ! Une véritable provocation au moment même où L’INSEE annonce que le nombre des salariés à très bas salaires a doublé en quinze ans !
Les seuls profits d’Alcatel suffiraient à combler le trou de la Sécu, ceux de Renault à améliorer les conditions de l’enseignement public, ceux de trois ou quatre de ces grands trusts à renflouer les caisses de retraite. Approvisionner les caisses sociales, créer massivement des emplois dans les services publics, ne représenterait qu’une petite part de ces milliards de profits qui de toute façon vont partir en fumée dans la spéculation financière et les fusions de sociétés, cette forme de cannibalisme du capital. Alcatel, qui a remporté le gros lot, va à nouveau supprimer 12 000 emplois. Elf, qui croule sous les profits et arrose les politiciens de tous bords les plus hauts placés, supprime 2000 emplois avec un objectif annoncé de doubler le bénéfice net par action. Renault continue de comprimer les effectifs, mais peut débourser 35 milliards de francs cash pour s’approprier 35 % de Nissan. Dans l’industrie de luxe LVMH se dit capable de verser 30 milliards pour racheter Gucci et Yves Saint Laurent. La BNP veut mettre sur la table des milliards pour prendre le contrôle de la Société Générale et de Paribas, en ayant calculé que la concentration de ces banques lui fera faire plus de 8 milliards d’économies en un an, ce qui suppose de nouvelles suppressions d’emplois !
Face à toutes ces attaques, il y a déjà eu des réactions : des grèves contre la version patronale et gouvernementale des 35 heures qui ne fait qu’aggraver les conditions de travail sans créer d’emplois, comme à Peugeot, à Air France ou à la Poste, et en ce moment à la Compagnie des Wagons-lits. Les attaques contre les retraites vont sans doute entraîner de nouvelles réactions. Mais désormais ce qui est nécessaire et possible, c’est que tous les travailleurs attaqués de toutes parts s’unissent sur des objectifs communs, sur un plan d’ensemble des travailleurs du public et du privé : des hôpitaux à Renault, de la SNCF à Alcatel et aux enseignants… En somme, qu’ils se préparent à un grand mouvement d’ensemble comme décembre 1995, en mieux.
Ce que pourraient être les objectifs d’une telle mobilisation ouvrière, Arlette Laguiller et Alain Krivine l’ont dit dimanche à la télé : interdiction des licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, contrôle des travailleurs sur les comptes des entreprises, revalorisation des salaires, des retraites et des minima sociaux et ponctions sur le capital pour payer les dépenses sociales indispensables aux plus démunis. Oui, il est possible de donner un coup d’arrêt aux attaques patronales et gouvernementales.