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La révolte des profs et des instits, c’est aussi la nôtre

lundi 15 mars 1999

L’offensive anti-ouvrière du gouvernement se manifeste jusque sur les bancs de l’école.

Mon objectif, ose dire Allègre, c’est la justice sociale, le travail en petits groupes à l’école, l’aide individualisée, l’accès à la culture pour tous… Langage hypocrite et mensonger. La réalité de sa prétendue réforme est plus dure, cynique : suppressions de classes, effectifs insuffisants, avec ce que cela veut dire en classes surchargées et en professeurs non remplacés. Le gouvernement multiplie, là comme ailleurs, les recrutements de travailleurs précaires. CES dans les administrations des établissements et les cantines, emplois jeunes et vacataires devant les élèves, agents contractuels assurant l’entretien. Austérité, compression d’effectifs, précarisation, flexibilité croissante, telle est la politique du gouvernement à l’Education Nationale comme ailleurs.

Les portes du lycée et de l’université sont, en apparence du moins, plus ouvertes aujourd’hui aux enfants des milieux populaires. Pourtant les chances de réussir à l’école et dans la vie ne sont pas plus égales qu’autrefois. Dessin, musique, maths, langues… certaines familles paient des cours à leurs enfants en dehors de l’école, mais la plupart n’en ont pas les moyens. Allègre prétend vouloir s’attaquer à cette injustice. Mais l’Etat se désengage, et tant pis pour les enfants des communes pauvres. La politique d’Allègre signifie non seulement la dégradation des conditions de travail des enseignants, mais celle des conditions d’enseignement des enfants de travailleurs.

Bien sûr que les enseignants en grève, comme les élèves d’ailleurs, veulent une réforme, une vraie. Mais pas celle d’Allègre. Ils veulent qu’il n’y ait pas plus de 25 élèves par classe, voire moins en certains cas. Ils veulent de vrais moyens pour aider les élèves en difficulté, pour que les enfants ne perdent pas leur temps au lycée, pour qu’ils s’y trouvent bien.

En un mot, ils veulent des moyens pour une école digne du 21e siècle : donc l’embauche massive non seulement de profs, mais de personnel d’entretien, de bibliothécaires, d’infirmières, d’assistantes sociales, de surveillants. Et pas des emplois précaires, sous-payés, flexibles et corvéables à merci, mais des embauches réelles de titulaires.

Cela ne suffirait probablement pas à assurer pleinement l’ « égalité des chances », mais cela permettrait au moins à nos enfants d’apprendre à lire et à écrire et d’étudier dans de meilleures conditions. Ce serait le minimum.

Car l’argent, il y en a en pagaille. Pourquoi ne pas confisquer les 15 milliards de bénéfices des actionnaires de la BNP, les 7 milliards de ceux de Renault ? Toutes ces banques et ces trusts qui distribuent d’autant plus de dividendes qu’ils suppriment des emplois ? Pourquoi ne pas faire restituer aux aventuriers de la finance les 140 milliards de coulage au Crédit Lyonnais qu’on a épongés sur l’argent des contribuables, le nôtre, celui des parents des millions d’enfants qui doivent se contenter d’une Education Nationale de pénurie ? Et les dizaines de milliards consacrés au porte avion Charles de Gaulle ? Ne feraient-ils pas plus de bien au pays, si on les consacraient à l’enseignement public ?

En 1995 le plan Juppé s’attaquait aux retraites et à la santé, avant que Jospin et Aubry le mettent en œuvre aujourd’hui. Avec Allègre, c’est au tour de l’école. Le gouvernement s’en prend à l’Education Nationale, comme il s’en prend à tous les services publics, en aggravant les conditions de travail du personnel soignant des hôpitaux, des cheminots, des postiers, et, au-delà, à tous les travailleurs du public comme du privé.

En menant l’offensive contre les profs, le gouvernement nous attaque, il attaque nos enfants. Autant dire que les enseignements ont raison de se mobiliser. Leur lutte, c’est notre affaire à tous et à toutes.