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La retraite en ligne de mire

lundi 1er mars 1999

Une nouvelle attaque contre le monde du travail est en préparation. Après être devenu le champion des privatisations, après s’en être pris aux conditions de travail avec la loi Aubry, le gouvernement Jospin s’apprête à remettre en cause les retraites. Un rapport dont les grandes lignes ont été publiées la semaine passée sert de support à cette manoeuvre. Prenant prétexte de l’augmentation du nombre de retraités par rapport aux actifs, le gouvernement envisage, avec l’aval de la plupart des politiciens, de prendre des mesures qui réduiront le pouvoir d’achat de nos retraites et aggraveront encore les conditions de travail des futurs retraités que nous sommes aujourd’hui.

D’après la commission, qui a étudié les différents scénarios d’évolution démographique et les choix de financement du système de retraite d’ici à 2040, la seule solution serait de porter progressivement à 42,5 annuités le temps de travail nécessaire pour bénéficier d’une retraite à taux plein. Le gouvernement Balladur en 1993 avait déjà fait passer ce chiffre de 37,5 à 40. Ainsi en quelques années, ce sont 5 années de travail supplémentaires qu’il faudrait effectuer pour toucher la totalité de sa retraite.

Jospin affirme qu’il ne prendra la décision qu’après l’élection européenne, mais cela n’annonce rien de bon.

Les fonctionnaires et leurs régimes spéciaux de retraite sont les premiers visés. Pour justifier un alignement par le bas, on nous explique, comme en 95, qu’ils sont des privilégiés. Mais leur seul « privilège » est d’avoir su s’opposer par la grève massive et déterminée à l’attaque que Juppé voulait leur porter au nom de l’égalité de traitement avec les autres salariés.

Derrière les propos malveillants à l’égard des salariés des services publics, ce sont tous les travailleurs qui sont visés. C’est pour tous qu’on mijote le recul de l’âge de la retraite. Ils voudraient faire accepter deux ans et demi d’exploitation supplémentaires aux travailleurs du privé sous prétexte d’imposer cinq ans de plus à ceux du public. La ficelle est bien trop grosse.

Ensuite, c’est le mode actuel de financement de la protection sociale qui est dans le collimateur. Les spéculateurs et autres boursicoteurs voudraient depuis longtemps mettre la main sur les centaines de milliards de la protection sociale. Cet argent géré par les organismes publics de sécu et de retraite échappe encore aux requins de la finance capitaliste. Alors, même s’ils n’osent pas le dire franchement aujourd’hui, ils cherchent le moyen de sortir en douceur du régime de retraite par répartition pour introduire les fonds de pension c’est-à-dire la retraite par capitalisation comme aux USA ou en Grande Bretagne.

La source des difficultés des régimes de retraite vient de l’augmentation du chômage, du travail précaire et de la diminution du pouvoir d’achat des salariés. Les gouvernements, qu’ils soient de droite ou qu’ils se prétendent de gauche, en fidèles serviteurs des intérêts patronaux, ne veulent pas s’en prendre aux véritables causes. Et tout le baratin du gouvernement sur la croissance retrouvée l’année dernière et la diminution du chômage qu’elle aurait permis est remis à sa juste place par les conclusions de la commission : son scénario est basé sur le fait que le chômage sera maintenu à 9 %... jusqu’en 2040.

Une société incapable d’assurer une retraite décente à celles et ceux qui ont travaillé toute leur vie doit être changée. Pour maintenir le financement malgré l’accroissement du nombre de retraités dans les années à venir, il faudrait fournir un emploi à tous les chômeurs, interdire les licenciements, stopper le recours au travail précaire et au temps partiel imposé, augmenter les salaires. L’augmentation passée et prévue de la productivité permettrait tout cela.

Les grévistes de l’hiver 95 ont su repousser les menaces qui pesaient sur leurs régimes de retraite. Puisque Jospin continue la politique de Juppé, il faut que les salariés du public et ceux du privé, ensemble, se préparent à riposter, non seulement pour qu’on ne recule pas l’âge de départ à la retraite mais aussi pour imposer le retour aux 37,5 annuités pour toutes et tous.