Travailleurs du public et du privé ensemble face à une même offensive des patrons et du gouvernement
lundi 15 février 1999
Le nouveau sport de cet hiver consiste à faire publier à grand renfort de presse, des rapports prétendus confidentiels portant sur le montant comparé du public et du privé, des horaires de travail ou de celui des retraites, sur le trou à venir dans les différentes caisses de protection sociale… Histoire de démontrer que si l’on ne s’en prend pas aux prétendus privilèges des travailleurs des services publics, on va tout droit à la catastrophe.
Sous une avalanche de chiffres, on essaye de nous prouver qu’il est inutile de diminuer les horaires des salariés de la fonction publique puisque ceux-ci font en réalité moins d’heures qu’affiché. On tente de nous convaincre qu’il est indispensable d’allonger leur nombre d’années au travail, pour les faire cotiser plus longtemps avant la retraite, comme cela a été imposé à ceux du privé. Et on voudrait en même temps nous persuader de la nécessité de réduire leurs effectifs.
Le dernier rapport en date – « révélation » du quotidien « Le Figaro »… en provenance de la direction de la SNCF – met ainsi en cause les cheminots, à leur tour accusés d’en faire moins que ce que l’on pourrait croire…
Pendant ce temps la fermeture programmée des hôpitaux suit son cours en détruisant des emplois et en détériorant les moyens sanitaires de la population. Pendant ce temps le ministre de l’éducation nationale fait le pitre tout en bricolant les effectifs et en les réduisant malgré les classes surchargées. Pendant ce temps la sacoche des postiers qui distribuent le courrier s’alourdit toujours davantage et des tournées son supprimées.
Mais qu’importe ! Cette campagne mensongère essaye de dresser les travailleurs du secteur privé contre ceux du secteur public. Certes le chef d’orchestre ne se met pas à découvert, il reste dans la fosse. Mais pas besoin d’être extralucide pour deviner que cette musique nous parvient des sommets gouvernementaux. Elle n’est d’ailleurs pas vraiment originale. Avant Jospin, Juppé nous l’avait déjà jouée. C’est même à cause d’elle qu’une vague de grèves, avait été déclenchée en novembre 1995…
Qui peut vraiment croire que seuls les travailleurs du secteur public sont visés par cette campagne ? Il suffit de constater comment dans le secteur privé, sous le prétexte de la loi Aubry sur les 35 heures, les « temps de pause », sont montrés du doigt… pour être inclus dans des nouveaux horaires, plus flexibles, annualisés voire pluri-annualisés. Pour finalement augmenter la production tout en diminuant les effectifs, pour crever encore plus les travailleurs à la tâche, même si officiellement on leur paye moins d’heures, tout en bloquant leurs salaires.
Tous les salariés du privé, dans l’automobile, dans la chimie, dans le textile, dans le commerce, dans les banques, sont confrontés à une même offensive des patrons, encouragée par le gouvernement Jospin qui leur a fabriqué une loi sur laquelle s’appuyer. Alors les travailleurs, qu’ils soient du secteur public ou du secteur privé, n’ont aucun intérêt à se laisser diviser.
Ils doivent au contraire mener ensemble leur propre offensive, contre les patrons et le gouvernement à sa botte. Le problème qui se pose à tous en priorité est celui du chômage que les patrons utilisent pour accroître l’exploitation, augmenter la précarité, faire baisser les salaires, revenir en arrière sur les protections sociales. Tout en sachant parfaitement qu’ainsi, au lieu de diminuer le nombre des chômeurs, ils ne feront que l’augmenter.
Les travailleurs unis ont la force par leur lutte d’imposer l’arrêt des licenciements collectifs, la réquisition des entreprises qui licencient pour augmenter leurs profits. Il faut arrêter de distribuer des milliards aux patrons sous prétexte de l’emploi, et ces sommes doivent servir à créer des emplois utiles à la population dans les services publics.
Les travailleurs ont la possibilité de contrôler où vont les richesses qu’ils produisent, d’empêcher qu’elles servent à enrichir toujours davantage une petite minorité en appauvrissant la grande masse de ceux qui veulent vivre de leur travail.