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JOSPIN VEUT LAISSER LES CHOMEURS SUR LEUR FAIM

lundi 5 janvier 1998

Bravo aux chômeurs qui pour refuser leur situation d’exclus se sont mobilisés en occupant entre autres des antennes d’ASSEDIC et appellent à une manifestation devant l’UNEDIC à Paris pour le 7 janvier.

Il n’est pas tolérable, alors que la Bourse vient encore d’afficher près de 30 % de gain pour l’année 97, alors que les entreprises engrangent toujours davantage de profits, qu’il y ait dans ce pays de plus en plus de chômeurs et de plus en plus de RMIstes. Pas tolérable pour les chômeurs, mais pas tolérable non plus pour ceux qui ont encore du travail. Car les salariés en subissent aussi les contrecoups. Qui n’a pas un membre de sa famille confronté à la recherche d’un emploi ? Qui ne connaît pas la peur d’être licencié et ne subit pas la pression qui résulte du chômage, pour faire accepter n’importe quels salaires et n’importe quelles conditions de travail ?

Ceux qui sont entrés en action sont certes peu nombreux encore. Mais ils sont forts de l’approbation de tous les chômeurs et de tous les travailleurs. Ils ont au moins forcé le gouvernement à réagir, même si ce n’est que pour tenter de donner l’illusion qu’il s’occupe de leurs problèmes.

Les mesures annoncées montrent que le gouvernement n’a pas la volonté d’affronter les vraies questions. Martine Aubry, ministre du travail, promet que sa loi sur l’exclusion sera discutée au printemps, ce qui veut dire probablement votée seulement en été. Aux « exclus » de se débrouiller pour passer l’hiver. Elle a confirmé par ailleurs que le gouvernement débloquait 500 millions pour financer l’allocation formation-reclassement... que le précédent gouvernement avait réduite de 2,5 milliards en décembre 96. Là encore, Jospin ne va tout de même pas défaire ce qu’a fait Juppé ! Cette mesure avait déjà été annoncée à l’UNEDIC à l’automne dernier et figurait dans le budget 98.

De son côté, Jean Claude Gayssot, ministre communiste des transports, a promis à une partie des chômeurs de l’Ile de France une aide sous la forme d’un « chèque mobilité » qui leur permettra, au mieux, de payer la moitié d’une carte orange deux zones. Avec ça les chômeurs n’iront pas loin ! Une partie du « cadeau » sera d’ailleurs payée par l’ASSEDIC et l’autre par les impôts locaux.

La semaine précédente, Jospin a annoncé une augmentation de 1500 F de « l’Allocation Spécifique de Solidarité »... uniquement pour les chômeurs de plus de 55 ans qui ont cotisé plus de 40 ans à la Sécurité sociale. Elle ne concerne que 22 000 vieux travailleurs qui auront ainsi après une vie d’exploitation, une retraite de 5000 F par mois. Une mesure qui était aussi envisagée par Juppé. Quant aux autres 500 000 chômeurs en fin de droits qui touchent aussi « l’allocation spécifique de solidarité », soit quelque 2250 F par mois, qui n’avait pas été augmentée depuis 3 ans, ils auront 3 % leur a promis Jospin – mais en deux fois ! – soit une rallonge mensuelle de 69 F.

Les chômeurs en lutte ont donc toutes les raisons de dire qu’ils « restent sur leur faim ». Martine Aubry s’est prononcée contre une prime de Noël aux chômeurs qui coûterait une dizaine de milliards. Mais pour boucher le trou du Crédit Lyonnais, qui a rempli les poches des promoteurs immobiliers, des rois du béton et d’un certain nombre de grosses entreprises bien connues, c’est 150 milliards que le gouvernement va prendre dans les poches des contribuables. Et autant à distribuer pour l’année à venir en subventions au patronat qui continue de licencier.

Avec une aumône de 500 millions Martine Aubry voudrait maintenant renvoyer les chômeurs à leur résignation : « rien ne justifie aujourd’hui que ces actions perdurent dans l’illégalité » prétend-elle, tandis que le chômage perdure avec la bénédiction des gouvernements successifs.

Le droit au travail, le droit à la vie, sont des droits imprescriptibles. Salariés ou chômeurs, nous avons à les défendre contre les profiteurs du chômage, c’est-à-dire contre le patronat et les gouvernements qui le servent. C’est un combat pour un autre partage des richesses, un combat dans lequel nous devons nous retrouver tous ensemble.