Le terrorisme des grandes puissances
lundi 21 décembre 1998
C’est à nouveau un déluge de fer et de feu qui s’est abattu sur l’Irak dans ce que l’état-major américain a baptisé opération « renard du désert ». Une fois de plus la population irakienne, enfants ou vieillards, hommes ou femmes, civils comme militaires – et certainement encore davantage les premiers que les seconds – ont été, durant quatre jours et quatre nuits la cible des missiles et des bombardiers de l’armée la plus puissante du monde. Dans la seule nuit de mercredi dernier, les USA avaient déjà envoyé sur l’Irak 280 missiles, soit autant que dans les six semaines de toute la guerre du Golfe de 1991. Sans compter les tonnes de bombes lâchées par les bombardiers stratégiques. Avec pour cible non seulement des édifices militaires mais des hôpitaux, des maisons civiles et des écoles.
On ne connaît pas encore le nombre réel des victimes – un premier bilan faisait état de 73 morts et de nombreux blessés – ni l’étendue des dégâts matériels, mais c’est avec certitude un nouveau désastre pour la population irakienne. Elle qui n’en finissait pas déjà de payer la guerre précédente et qui subit un sévère rationnement en médicaments comme en nourriture du fait de l’embargo instauré depuis.
Lors de la Guerre du Golfe de 1991, de nombreux pays, dont la France, étaient engagés aux côtés des Etats-Unis. On se souvient de tout l’effort politique et médiatique pour faire croire que toute la communauté internationale se mobilisait dans le concert des nations, à l’ONU, aux côtés des Américains en faveur du droit des peuples, contre un dictateur oppresseur de sa population.
Cette fois-ci, mis à part la Grande Bretagne, les dirigeants américains se sont passés des autres pays, de leur soutien militaire, de leur avis, et ils se sont même abstenus de les informer. Comme d’ailleurs de prévenir l’ONU, qui leur avait pourtant servi de cache-sexe pour l’intervention de 1991.
La thèse que l’on avait assénée en 1991, celle de la force américaine au service du droit international, nous est cependant resservie en 1998 : Saddam Hussein est un dictateur dangereux pour les peuples, détenteur de moyens de destruction massifs.
C’est ce que disent également les puissances non directement engagées comme la France, celle des Chirac et des Jospin, qui a « déploré les frappes aériennes » tout en désignant l’Irak, pourtant la victime, comme responsable ! Ces gens-là sont il est vrai bien placés pour savoir que l’Irak a possédé des armes perfectionnées : ils les avaient eux-mêmes fournies et vendues à Saddam Hussein, lorsqu’il s’était lancé quelques années auparavant dans la guerre contre l’Iran.
Mais dans la dernière guerre éclair où était donc la prétendue super force militaire de Saddam Hussein ? Elle a été détruite dans la précédente guerre du Golfe et ses suites. L’Irak s’est révélé incapable de la moindre résistance face aux bombardements américains. Les avions des USA sont rentrés sans la moindre trace sur leur fuselage et sans la moindre perte. Où étaient les fameux missiles irakiens ?
Quant au prétexte invoqué par Clinton, la destruction d’usines d’armements chimiques, biologiques et nucléaires, l’armée américaine a été obligée très vite de démentir. De tels bombardements feraient en effet courir un danger à toute la planète si ces usines existent !
L’ordre que fait régner le gendarme américain aux quatre coins du monde n’est pas destiné à empêcher les guerres qui s’y déroulent, de l’Afrique des grands lacs au Kossovo, de l’Amérique latine à l’Asie. Au contraire, il discute et entretient des relations avec les dictateurs, tueurs et oppresseurs des peuples, pas moins pourris qu’un Saddam Hussein, comme avec le serbe Milosevic, le cambodgien Sihanouk, l’israélien Nétanyahou ou le congolais Kabila. Quand ils ne les arment pas ou ne les financent pas eux-mêmes.
Les dirigeants impérialistes qui dominent le monde, les Clinton mais aussi les Chirac et les Jospin, se servent des moyens de destruction massifs dont ils disposent pour terroriser les peuples et leur imposer un ordre de plus en plus inégalitaire et révoltant. Ce sont eux qu’il serait urgent d’empêcher de nuire.