JUSTICE CONTRE LES MASSACREURS… ET LEURS COMMANDITAIRES
lundi 30 novembre 1998
A l’occasion du 20° sommet franco-africain à Paris, Chirac nous a rejoué la farce de l’Etat Français promoteur de la paix sur le continent africain, au service des peuples de la région victimes de guerres ethniques et en proie à la misère et au sous-développement.
Il a essayé de faire croire qu’il y avait invité Kabila, l’actuel chef de la République dite Démocratique du Congo, dans le seul but de lui faire rencontrer ses adversaires et d’entamer avec eux un processus de paix dans la région des Grands Lacs. Car dans son pays, Kabila s’affronte maintenant aux bandes armées soutenues par ses anciens alliés du Rwanda et du Burundi, eux qui l’avaient pourtant aidé à accéder au pouvoir en remplacement du dictateur Mobutu.
La venue de Kabila a Paris nous a aussi valu le déclenchement d’une campagne de presse sur le thème : alors que l’ex-dictateur Pinochet se voit privé d’immunité et qu’il est menacé d’être traduit devant des tribunaux, comment se fait-il que le dictateur de la République démocratique du Congo, responsable de nombreux massacres, soit reçu par Chirac et par Jospin ?
Chirac a tenté de donner le change avec quelques contorsions, s’évertuant à ne pas lui serrer la main devant les caméras, laissant entendre qu’il lui faisait un sort à part de celui des autres chefs d’Etats africains.
Comme si ces derniers n’étaient pas eux aussi, tous sans exception, des dictateurs, faisant la chasse aux opposants de leur pays, les emprisonnant, les torturant et faisant bon marché de leur vie ! Comme s’ils n’étaient pas eux aussi des oppresseurs de leurs peuples, les réduisant à la misère, des voleurs de leur travail ! Et surtout comme s’ils n’étaient pas de ceux qui font la sale besogne au service de bien plus grands voleurs : les grosses sociétés étrangères des grandes puissances, comme la France, les Etats-Unis, la Grande Bretagne, qui mettent l’Afrique en coupe réglée et pillent ses richesses.
Cette Afrique qui après avoir été colonisée, a été vidée d’une partie de sa population, vouée à l’esclavage, du moins pour celle qui avait résisté aux conditions ignobles de la déportation. Cette Afrique exploitée et vidée de ses matières premières, des produits de son agriculture, par des puissances impérialistes appuyées sur des bandes armées à leur botte, se disputant entre elles leur part du butin, après avoir tracé des frontières entre les peuples et les ethnies et les avoir dressés les uns contre les autres. Car diviser pour régner, telle a été et reste la devise de tous les impérialistes, et de la France aussi bien entendu.
Bien sûr que Kabila est un massacreur. Comme son prédécesseur, Mobutu, que tous les dirigeants français, de droite comme gauche, ont appuyé et soutenu jusqu’à la fin. Bien sûr que le massacre des Hutus sur le territoire de l’actuelle République du Congo est ignoble. Mais il ne faudrait quand même pas oublier qu’il est la conséquence des massacres au Rwanda de 1994, ayant conduit à un véritable génocide contre la population Tutsie, perpétré par un gouvernement Hutu, armé, organisé et soutenu par la France. Et ce jusque bien après que le monde entier en eut découvert toute l’horreur. Les troupes françaises avaient même été envoyées pour protéger la retraite des massacreurs, lorsque leur armée fut battue par celle des Tutsis du Rwanda et du Burundi.
Bien sûr qu’il ne faudrait pas se contenter de faire passer en justice le seul Pinochet, dictateur en retraite, pendant que les dictateurs en service continuent de sévir. Mais il ne faudrait quand même pas non plus se contenter de montrer du doigt les bourreaux pour absoudre les commanditaires : les dirigeants des grandes puissances impérialistes comme la France.
La vraie justice, seuls les travailleurs des pays pauvres, alliés à ceux des métropoles impérialistes, pourront la rendre, en abattant ce système d’exploitation et d’oppression qui sévit sur la planète toute entière.