REGULARISATION DE TOUS LES SANS PAPIERS !
dimanche 15 novembre 1998
C’est le préfet du Val de Marne qui a donné l’ordre, vendredi dernier, de faire évacuer par la force les grévistes de la faim qui occupaient la mairie de Limeil-Brévannes. Mais il l’a fait avec l’accord de Jean-Jacques Queyranne, ministre de l’intérieur, et de Jospin, premier ministre. Aux dires de ceux-là, l’intervention s’imposait, « humanitairement et sanitairement ».
Oui, il y a urgence. Car les sans-papiers de Limeil-Brévannes ont entamé leur grève de la faim le premier septembre. Mais si le gouvernement voulait apporter une aide « humaine » et « sanitaire » réelle à ceux qui aujourd’hui mettent leur vie en jeu pour obtenir leur régularisation, c’est à la préfecture qu’ils les conduiraient, immédiatement, pour les régulariser, pas aux urgences médicales ! Mais le gouvernement préfère laisser périr des travailleurs sans-papiers pour quelques cartes de séjour, plutôt que de prêter le flanc aux diatribes politiciennes de la droite et de l’extrême-droite, et se voir reprocher son laxisme par la frange la plus réactionnaire de l’électorat.
Vendredi dernier, les CRS aux ordres de Jospin n’ont pas eu besoin de la hache que sur ordre de Juppé ils avaient utilisée pour forcer la porte de l’église Saint-Bernard il y a deux ans. Mais les méthodes des uns et des autres sont les mêmes, car leurs choix politiques sont les mêmes. « Le gouvernement ne cédera pas à la revendication générale des étrangers en situation irrégulière », a dit Jospin à la rentrée. Le ton était donné. Quitte un peu plus tard à donner quelques gages à gauche, en annonçant à grand renfort de publicité, un « assouplissement » de sa politique. Ce fut le cas il y a peu : 10 ou 15000 sans-papiers supplémentaires allaient être régularisés, foi de Jospin ! Quelques centaines seulement l’ont été.
Alors, faute de régulariser ceux qui travaillent et vivent ici, le gouvernement ressort la formule usée de l’aide au retour : Martine Aubry propose aux travailleurs immigrés de retourner au pays contre une pseudo-formation de trois mois, pendant laquelle ils toucheraient 2000 francs par mois… Aubry a beau faire du neuf avec du vieux, c’est toujours la politique anti-immigrée et anti-ouvrière que mène la gauche.
Ca ne va pas sans quelques états d’âme du côté des élus de gauche. Il en est parmi eux, membres du Parti socialiste, du PCF ou des Verts qui aimeraient voir le gouvernement mener une politique plus en rapport avec ses promesses et son étiquette de gauche. Ainsi le maire PS de Limeil-Brévannes a accueilli les sans-papiers dans sa mairie. Avec d’autres, il interpelle le gouvernement et demande à Jospin de régulariser les grévistes de la faim.
Les Verts et le PCF font de même. Jusqu’à Cohn-Bendit ce week-end, qui entré en campagne électorale pour les européennes, a demandé lui aussi la régularisation de ceux qui en ont fait la demande ! Mais soigner un électorat de gauche par des discours est une chose, imposer au gouvernement un changement de politique en est une autre. Le PCF comme les Verts ont des représentants au gouvernement, mais des représentants qui mènent et défendent la politique de Jospin, même si c’est parfois en grognant. Les sans-papiers ont bien raison de ne pas attendre après ces gens-là pour mener leur lutte.
Car un peu partout, à Bordeaux, au Havre, à Orléans, à Avignon, comme jusque-là à Limeil-Brévannes, des minorités continuent la lutte. Le gouvernement, embarrassé, aimerait que l’on n’entende plus parler de ces sans-papiers auxquels la gauche n’affiche son soutien que lorsqu’elle est dans l’opposition.
Les sans-papiers sont des travailleurs. En refusant leur régularisation, on les met en situation soit d’être parqués et renvoyés à la misère qu’ils ont fuie, soit d’être clandestins. Et on en fait une proie à la merci du patronat. Il est de l’intérêt de tous les salariés de ne pas le permettre.
Nous pouvons et nous devons faire entendre notre protestation face à la politique anti-immigrés et anti-ouvrière du gouvernement, et apporter notre soutien aux travailleurs sans-papiers, en manifestant samedi prochain 15 novembre (à Paris, à 15 heures Place Denfert Rochereau).