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VIVENT LES LYCEENS QUI SE FONT ENTENDRE DANS LA RUE

lundi 19 octobre 1998

Ce mardi encore les lycéens se retrouvent dans la rue. Ils y étaient déjà descendus par centaines de milliers la semaine passée. Mais cette fois, ils l’espèrent, ce sera avec leurs profs.

Les causes de leur révolte sont claires. Pénurie d’effectifs parmi les enseignants se traduisant par des classes surchargées ou fréquemment sans professeur, manque d’infirmières, de personnel d’entretien, de surveillants avec l’insécurité pour conséquence, locaux ou matériels insuffisants ou dégradés, autant de lacunes dont les jeunes font les frais, surtout comme toujours ceux des établissements des communes et des quartiers les plus défavorisés. Sans compter que l’avenir que cette éducation au rabais prépare à la sortie des études sera, pour beaucoup, celui des emplois précaires et sous payés, quand ce n’est pas un abonnement à l’ANPE.

Le ministre de l’éducation nationale, Claude Allègre, répète qu’ils les comprend, voire qu’ils ont raison. Mais il s’est contenté jusqu’ici de promettre, avec la démocratie au lycée et la reconnaisance officielle des syndicats lycéens... l’apposition de tableaux d’affichage. Autant de mesures, qui auraient dû aller de soi depuis longtemps, mais dont nous travailleurs pouvons vérifier chaque jour les limites à l’usine, au chantier ou au bureau. Que pourraient-elles bien avoir de plus efficace au lycée ?

« Il y aura du concret mercredi », jour de la discussion budgétaire à l’Assemblée Nationale, a-t-il déclaré. En réalité le gouvernement joue la montre. Il espère que les vacances scolaires proches l’aideront à éteindre le feu sans qu’il ait à satisfaire les demandes des lycéens.

Leurs nouvelles manifestations montreront qu’ils ne sont ni dupes, ni prêts à écouter les appels du ministre à la patience.

Cette patience a en effet déjà beaucoup trop duré. Un exemple : le gouvernement présente en ce moment même un budget dans lequel il s’apprête à faire un nouveau cadeau aux patrons, en supprimant en quelques années la taxe professionnelle qu’ils acquittent jusqu’à présent. Rien que pour cette année cette mesure – qui s’ajoute à bien d’autres plus importantes – va coûter 7 milliards à l’Etat. Soit l’équivalent de la paye de 50 000 professeurs !

Fondamentalement, les choix de ce gouvernement restent, on le voit, les mêmes que ceux de ses prédécesseurs, de gauche comme de droite. Pendant qu’il laisse se dégrader les services publics, voire qu’il les démantèle pour livrer les secteurs les plus profitables au capital privé, il arrose le patronat et les possédants de cadeaux, d’exonérations et de subventions en tous genres, sans pour autant les empêcher en quoi que ce soit de réduire les effectifs et de contribuer ainsi à l’augmentation du chômage.

De cette politique toute la population est victime. Au premier chef les enseignants, eux qui pâtissent à leur niveau de la même situation dégradée à l’école, et du manque d’effectifs.

Mais aussi les travailleurs et les usagers de tous les services publics. Dans le secteur de la santé, dans les transports en commun, dans les postes… eux aussi font les frais de carences analogues et subissent les conséquences des réductions d’effectifs.

Et, finalement, nous tous, quel que soit notre emploi... ou celui que nous cherchons. En tant que parents des lycéens, car il s’agit bien soit de nos enfants, soit de nos jeunes frères ou soeurs. Et en tant que travailleurs victimes soit du chômage, soit de l’aggravation des conditions de travail et de vie.

La “ galère ” que refusent les lycéens, nous sommes tous dedans. D’ailleurs en disant qu’ils n’en veulent plus, ils disent qu’ils ne veulent ni de leur situation actuelle à l’école ni de celle qu’on leur offre quand ils en seront sortis... c’est-à-dire la nôtre.

Pour qu’elle cesse, oui, il faut descendre dans la rue, c’est le seul langage que les possédants et le gouvernement à leur service puissent entendre. Les lycéens ont choisi la lutte. Ils doivent avoir tout notre soutien, de toutes les manières possibles.

Mais il y aurait mieux à faire. Ils nous ouvrent la voie. Plus vite nous nous y engagerons et mieux nous pourrons défendre, contre cette société, à la fois leur avenir et le nôtre .