L’ordre façon Jospin, ou la justice sociale ?
lundi 12 octobre 1998
Au cours de la semaine passée et encore en ce début de semaine, des grèves dans les bus et à la SNCF se sont succédées. Commencées à la suite d’agressions (en 1997 il y a eu 800 agressions contre les agents de la RATP), partout les grévistes ont revendiqué l’embauche de personnel.
Depuis 1985, 85 000 emplois ont été supprimés à la SNCF. La pénurie des effectifs est durement ressentie par les cheminots. Et pas uniquement pour ses conséquences en matière d’insécurité, mais aussi pour celles sur leurs conditions de travail en général. Et le problème ne se pose pas que pour les seuls roulants. Il concerne aussi bien par exemple le personnel de la maintenance du matériel, que les syndicats de cheminots ont pourtant appelés séparément à une journée d’action pour le 14 octobre. Et les cheminots affectés dans des gares de plus en plus désertes sont confrontés aux mêmes risques et aux mêmes difficultés.
Au même moment chez les lycéens la grogne s’étendait à l’ensemble de la France. Elle prend la forme de manifestations et de grèves pour obtenir des moyens contre les conditions de travail médiocres : classes surchargées, locaux en piteux état et mal adaptés, manque d’équipements, manque de professeurs, de surveillants, de personnel technique, d’infirmières. Et ils ont décidé de continuer et d’amplifier leur mouvement en ce début de semaine et dans les jours qui viennent.
L’insécurité pour eux ce n’est pas seulement la violence et le racket à l’école qui atteint 10 % des établissements. L’injustice n’est pas seulement dans l’enseignement au rabais réservé aux enfants de travailleurs, quand la réussite aux examens est de 50 % en Seine-Saint-Denis alors qu’elle dépasse 80 % dans les grands lycées. Elle réside aussi dans l’avenir que leur réserve la société à la sortie des études, qui n’offre à la plupart d’entre eux que des emplois précaires et sous payés, quand ce n’est pas un abonnement de longue durée à l’ANPE.
Le gouvernement craint les grèves et les manifestations des uns comme des autres. Mais il ne répond absolument pas aux vrais problèmes. Ainsi, Jospin a divulgué ses mesures pour répondre aux grévistes des transports : répression aggravée contre ceux qui s’en prendront aux agents des transports publics ; possibilité pour ceux-ci d’effectuer des contrôles d’identité ; et 800 emplois dont 400 emplois jeunes. C’est ridicule : la réduction du temps de travail à elle seule nécessite la création de 17 000 emplois à la SNCF. Et peut-on demander à une poignée de jeunes à peine payés au SMIC d’assurer la sécurité des conducteurs ?
Quant à Allègre, il a promis aux lycéens que les profs qui ne sont toujours pas nommés un mois après la rentrée le seront... dans un mois. Cela n’empêchera pas le remplacement des surveillants des lycées et collèges par des volontaires du service national ou des emplois jeunes, ni les effectifs pléthoriques des classes à 35 élèves voire même 40.
Pour Jospin il faut rétablir l’ordre, la justice sociale attendra
L’actuel gouvernement continue à déverser cadeaux fiscaux et exonérations de charges sociales aux patrons, pendant que ceux-ci continuent à supprimer des emplois. Que ce soit dans les transports, l’enseignement ou les hôpitaux, le gouvernement est plus préoccupé de livrer des secteurs entiers au capital privé et à ses profits que de faire fonctionner correctement les services publics. Rien d’étonnant dans ces conditions que le chômage ne régresse pas et que ses méfaits sur la vie sociale se fassent toujours sentir davantage.
Les problèmes qui sont posés dans tous les services publics sont les mêmes et nous concernent tous. Dans le privé aussi nous sommes menacés par l’insécurité et surtout victimes de la compression des effectifs. Il faut :
- créer des postes de profs, de pions, de personnel dans l’éducation, de cheminots, d’agents de la RATP, de personnel de santé,
- mais aussi imposer les embauches nécessaires aux patrons de l’industrie et des services.
Une lutte des salariés, des chômeurs, comme de la jeunesse scolarisées, tous ensemble, pourrait ouvrir une véritable perspective de changement. Les cheminots, les lycéens montrent la voie.