Le zizi de Clinton et la face du monde !
lundi 14 septembre 1998
Parce que le président des Etats-Unis a exhibé son zizi à une jeune stagiaire de la Maison Blanche, voilà la première puissance mondiale au bord de la crise, politique sinon économique, paraît-il !
Clinton, pris braguette ouverte dans les couloirs du palais présidentiel, est ridicule. Espérons que le peuple américain verra que ce ridicule s’étend à bien d’autres, politiciens et institutions soi-disant démocratiques.
Car Clinton n’est pas le seul que cette affaire montre à poil. Si Kenneth Starr, le juge qui poursuit Clinton, n’est pas l’illuminé religieux qu’on nous présente, il est bien en tout cas un politicien d’extrême-droite, c’est-à-dire un de ses adversaires politiques. Des adversaires politiques pour qui tous les coups sont permis, y compris en-dessous de la ceinture.
Tous les coups ? Non, seulement ceux qui se délivrent dans les milieux politiques bien au-dessus des gens ordinaires ; et surtout pas ceux qui pourraient déboucher sur la mise en cause des politiques qui intéressent directement ces gens ordinaires. Au contraire, les politiciens qui veulent la peau de Clinton misent cyniquement sur les préjugés puritains et réactionnaires qu’ils prêtent au peuple américain (heureusement celui-ci, si l’on en croit les réactions rapportées ici par les télés, ne semble nullement abruti par une morale de curé, rabbin, pasteur ou mollah, comme ses représentants le voudraient).
Car si demain Clinton est renvoyé ce ne sera pas pour avoir trahi ses promesses électorales d’étendre les protections sociales aux dizaines de millions d’Américains qui en sont privés, avoir supprimé des aides sociales aux plus pauvres ou encore tout récemment avoir fait bombarder l’Afghanistan ou le Soudan. Non, ce sera pour une grotesque affaire de touche-pipi. Nettement plus important, non ? En son temps Nixon aussi fut éjecté, non pas pour avoir mené la guerre au peuple vietnamien et fait là-bas des millions de morts, mais pour avoir bêtement fait espionner son concurrent à la course à la présidence.
Pendant ce temps les bourses continuent leur jeu de yoyo. Ces jours-ci les mouvements de hausse ou de baisse des indices, les Dow Jones ou autres CAC 40, ont semblé calqués sur ceux du zizi de Clinton. Les semaines précédentes ils suivaient le niveau des bouteilles de vodka vidées par Eltsine. Quand on vous dit que les boursicoteurs, ces géants de la finance internationale, sont des cerveaux !
S’il fallait un symbole de l’irrationalité du système capitaliste, le voilà bien. Cette irrationalité dépasse les petits bonshommes que sont finalement Clinton ou Eltsine, évidemment. Elle menace pourtant le monde entier d’une crise, qui passant des marchés financiers à l’économie, pourrait précipiter des centaines de millions de gens dans la misère. Des millions viennent de l’être en Russie, en Asie, en Amérique latine.
Une crise ? Alors que l’économie mondiale est en croissance ? Un rapport de l’ONU sur le développement humain publié ce mois-ci constate que l’on produit et consomme six fois plus de biens et de services dans le monde qu’en 1950, 2 fois plus qu’en 1975. On produit même trop, paraît-il : trop de viande de porc, trop de matières premières, trop de semi-conducteurs ou de voitures...
Mais la voilà la véritable et fondamentale irrationalité du capitalisme ! Sur un marché devenu trop petit pour ses capacités de production, la concurrence se fait plus terrible.
Oui, la preuve de l’irrationalité du capitalisme c’est que sous ce système la croissance n’aboutit qu’à creuser les inégalités. Selon ce même rapport, seulement 20% de la population mondiale consomme 86% de la production mondiale. Et le partage ne passe pas seulement entre pays pauvres et pays riches : officiellement 16,5 % de la population des Etats-Unis, 12% en France, vivent dans la pauvreté. En 1998, les trois personnes les plus riches de la planète ont une fortune supérieure au PIB total des 48 pays les plus pauvres !
C’est dire que ce n’est pas le « dépassement du capitalisme », mais bien son renversement, la révolution, qui est toujours à l’ordre du jour.