Convergences révolutionnaires

Site de la fraction L’Étincelle

Accueil > Éditos de bulletins > Le comble d’une loi sur la réduction du temps de travail, c’est… quand elle le rallonge !

URL : https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Le-comble-d-une-loi-sur-la-reduction-du-temps-de-travail-c-est-quand-elle-le

Le comble d’une loi sur la réduction du temps de travail, c’est… quand elle le rallonge !

lundi 3 août 1998

Les patrons de la métallurgie sont contents de l’ accord sur les 35 heures qu’ils ont signé la semaine dernière avec trois syndicats de la branche : FO, CGC et CFTC.

D’abord, parce que les 35 heures à l’horloge des patrons seront travaillées… 39, 40 ou plus ! L’accord prévoit d’augmenter le contingent annuel maximum d’ heures supplémentaires qui est de 94 heures aujourd’hui à 180 heures par salarié (150 pour ceux dont le temps de travail est annualisé). Mieux encore : la durée hebdomadaire de travail pourra aller jusqu’à 48 heures par semaine, contre 46 actuellement, avec une moyenne de 42 heures sur 12 semaines. Et des dérogations « résultant d’un accord d’entreprise » pourront crever ce plafond !

Autre tour de passe-passe : la pratique d’horaires « au forfait » sera étendue à de nombreux salariés. Entendez par là d’horaires alourdis sans que les salariés en question, pour la plupart petits cadres, touchent un centime de plus. Ou encore la possibilité pour les patrons de changer les horaires des salariés, trois jours à l’avance.

Ainsi, au lieu de diminuer le temps de travail, l’accord prévoit tout simplement de l’augmenter ! Sans que les patrons déboursent ou le moins possible ! Et sans qu’ils embauchent non plus. Ces Messieurs de l’UIMM et leurs amis des syndicats signataires ont complètement oublié que c’était l’objectif ! Du moins le prétexte inventé par la ministre Aubry pour faire passer une loi pro-patronale. A défaut d’une loi pour l’emploi, on voit les multiples emplois d’une loi…

Martine Aubry nous raconte maintenant que cet accord dans la métallurgie n’aurait guère d’importance, qu’il ne serait que « virtuel » puisqu’applicable seulement en l’an 2000, en 2002 pour les petites entreprises, et que d’ici là, de prétendus bons accords vont se négocier entreprise par entreprise.

Et les grands chefs de la CGT et de la CFDT, qui eux aussi cherchent à nous faire passer des vessies pour des lanternes à propos de cette loi sur les 35 heures, viennent également nous expliquer que rien n’est perdu puisque tout se jouera au niveau des entreprises.

A ce jour pourtant, dans les entreprises où les patrons ont pris l’initiative de négociations parce qu’ils y voyaient leur intérêt et où des accords ont été signés, ils ne sont guère à l’avantage des salariés ! Sur les 80 accords que les statistiques officielles ont décomptés depuis un mois, 55 comprennent une clause de modulation du temps de travail (flexibilité en faveur des patrons) et la moitié prévoit un gel des salaires (aussi en faveur des patrons). Signalons que ces accords dont aucun ne correspond aux intérêts des travailleurs, ont été signés par des syndicalistes de la CGT et de la CFDT (pas seulement de FO, de la CGC et de la CFTC) qui n’ont certainement pas, ainsi, servi leur classe.

Alors virtuelle, la politique patronale ? Que non ! L’UIMM (Union des Industries métallurgiques et minières) fait le chef d’orchestre qui donne le ton et le tempo aux autres patrons. Leurs fifres et sous-fifres des grandes, moyennes et petites entreprises auront entendu ! Rien du contenu de cet accord ne sera tombé dans l’oreille d’un sourd et on peut faire confiance aux patrons pour évidemment s’appuyer sur le pire, contre nous ! A nous de le savoir et de nous préparer à la suite. Car rien n’est joué, fort heureusement.

Les bureaucrates syndicaux qui ont signé l’accord ont prétendu qu’ils voulaient ainsi « éviter le pire » ! Les autres, les chefs de la CGT et de la CFDT, lient pourtant leur sort au gouvernement en prétendant que ce serait « le moins pire »…

Pire ou moins pire, drôle de choix ! Et si les travailleurs voulaient le meilleur ? Si nous nous décidions à mettre toutes les forces du monde du travail ensemble, celles des travailleurs de toutes les entreprises, pour imposer la diminution des horaires, l’augmentation des salaires et les millions d’embauches, nécessaires dans le privé comme dans le public ?

Oui, si on remettait les pendules à notre heure ?