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Jospin et Chevènement tournés sur leur gauche... par Pasqua !

lundi 20 juillet 1998

Parce que, depuis deux ans, certains de ceux qu’on appelle les « sans-papiers » ont occupé des églises, organisé des manifestations, fait la grève de la faim, ils ont obtenu que le gouvernement étudie leur régularisation. Cette régularisation est de l’intérêt de tous les travailleurs, et d’abord ceux qui sont en règle, français ou immigrés. Car les sans-papiers (surexploités, sous-payés, traités en esclaves par les margoulins du textile mais aussi les grands groupes du bâtiment par exemple) ne sont que les plus précaires des travailleurs précaires, des millions aujourd’hui de jeunes, femmes, intérimaires, CDD, chômeurs, temps partiels involontaires... Les patrons se servent de l’extension de la précarité pour l’étendre toujours un peu plus à de nouvelles catégories. L’intérêt de tous les salariés est au contraire de la supprimer, et d’abord pour les catégories qui y sont déjà soumises.

Pourtant le ministre de l’intérieur Chevènement l’a dit et répété et, malgré la victoire de l’équipe de France de foot « multicolore », Jospin comme Chirac l’ont confirmé : pas question de régulariser tous les sans-papiers. Sur les 150 000 demandes de régularisation, 70 000 ont été arbitrairement refusées.

Pour Chevènement, ceux qui réclament des papiers pour tous sont des utopistes, voire des extrémistes gauchistes. Pourtant, la semaine dernière, coup de théâtre : Pasqua, ancien ministre de l’intérieur RPR, s’est prononcé pour la régularisation de tous les sans-papiers qui en ont fait la demande.

Oui, Pasqua ! Lui qui, quand il était ministre en 1986, a inauguré la politique d’expulsions brutales de travailleurs clandestins. Lui qui a le premier organisé le renvoi de travailleurs maliens par charters entiers. Lui qui, de retour au gouvernement en 1993, a fait passer une loi rendant plus précaires et difficiles les conditions de séjour des immigrés.

La gauche gouvernementale, Chevènement lui-même, le secrétaire du PS François Hollande, celui du PCF Robert Hue, ont beau jeu de souligner les contradictions et les paradoxes d’un Pasqua qui réclame dans l’opposition le contraire de ce qu’il faisait au gouvernement. Beau jeu aussi de souligner que ce qui préoccupe Pasqua ce n’est pas le sort des sans-papiers mais de petits calculs de démagogue cherchant à se placer dans une droite qui se cherche un chef.

Mais ce qui est encore plus « paradoxal » et « contradictoire » c’est que cette même gauche se retrouve sur cette question plus à droite que Pasqua lui-même !

La régularisation de tous les sans-papiers n’aurait pourtant rien d’une mesure révolutionnaire. Aux Etats-Unis, au début des années 80, c’est l’ultra-conservateur Reagan qui a régularisé des centaines de milliers de travailleurs clandestins. En Espagne il y a peu c’est le gouvernement de droite qui a procédé à une régularisation semblable.

Mais on ne peut être plus pleutre que cette gauche dite plurielle. A force de vouloir caresser dans le sens du poil l’électorat conservateur, elle n’a même pas le courage de prendre des mesures dont il n’est même plus sûr que cet électorat ne veut pas : un sondage, publié par Le Journal du Dimanche, montrerait les électeurs moins obtus que le gouvernement, puisque 50% d’entre eux (et 68% parmi les 18-24 ans) sont favorables à la régularisation de tous les sans-papiers.

Voilà donc une gauche plus à droite que Pasqua, et plus à droite aussi que ne le voudraient la majorité des électeurs. Il est vrai que ce n’est pas seulement sur la question des sans-papiers. Dans tous les domaines, ce dont la droite rêvait, la gauche veut maintenant le faire. C’est ainsi que Martine Aubry, sous couvert de réduction du temps de travail, essaie de faire passer la flexibilité à grande échelle. Balladur peut être jaloux ! Sur les retraites, l’on recommence à entendre une petite musique déjà jouée par Juppé : le ministre des Finances Strauss-Kahn fait paraître des rapports prônant de repousser l’âge du départ à la retraite.

Un gouvernement de gauche qui roule à droite, et parfois plus à droite que la droite, cela vaut bien une contredanse ! Mieux : un retrait du permis de gouverner !