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SALAIRES : JOSPIN N’A PEUR DE RIEN... MAIS CA POURRAIT CHANGER

lundi 22 juin 1998

La revalorisation annuelle du SMIC au premier juillet, selon les informations publiées à la veille de la réunion de la commission nationale de la négociation collective, devrait porter celui-ci à un peu moins de 6 800 F bruts mensuels, c’est-à-dire moins de 5 400 F en net.

La hausse serait ainsi de l’ordre de 2 % soit environ 100 F par mois, dont plus de la moitié a déjà été absorbée par l’inflation. Le gouvernement ajouterait un « coup de pouce » de 0,2 à 0,3 % par rapport aux règles d’augmentation automatique définies par la loi. Soit 10 à 15 F de mieux par mois. Jospin est vraiment trop bon avec les travailleurs !

Il faut, il est vrai, être gentil avec les patrons. Et lorsque, comme le premier ministre vient de le proclamer, on admire Clinton et les USA, pays où la prospérité des plus riches est encore infiniment plus grande qu’ici, il faut encore forcer sur l’exploitation des travailleurs. C’est ainsi que les gouvernements – de gauche comme de droite – cherchent depuis des années à appliquer en France les méthodes qui outre-Atlantique font merveille pour les riches, en favorisant notamment la précarité et le temps partiel - ce qui permet de payer en dessous du SMIC - et en incitant aussi au « temps partagé », c’est-à-dire à travailler pour plusieurs patrons différents pour faire sa paye.

La semaine dernière les moyens d’informations nous ont ainsi vanté l’exemple de « Pizza Hut » et du transporteur « Cariane ». Ceux-ci ont fait accord entre eux pour que leurs salariés puissent travailler et chez l’un et chez l’autre, et parviennent avec deux « petits boulots », à gagner... l’équivalent d’un SMIC. Les deux patrons peuvent de cette façon bénéficier des réductions de charges sociales, et les travailleurs courir d’un emploi à un autre sans arriver pour autant à joindre les deux bouts. Et puis comme ça, si l’un des patrons licencie le travailleur, c’est tellement mieux pour lui éviter de toucher l’ASSEDIC...

C’est avec ces méthodes que patrons et gouvernement entendent sinon faire reculer réellement le chômage, du moins le minorer dans les statistiques. Pas besoin de partager les richesses, il suffit de partager la misère !

Quant aux 35 heures que le gouvernement Jospin essaye de nous faire passer aussi comme une mesure pour réduire le chômage – alors qu’elle va permettre aux patrons d’annualiser le temps de travail, de bloquer et même de réduire les salaires, et d’empocher de nouvelles subventions payées par les contribuables – avant même d’être intervenue, elle a déjà produit des effets néfastes sur les salaires.

Une étude d’un institut de management portant sur 138 entreprises, publiée la semaine dernière, montre que les patrons de celles-ci ayant anticipé sur la loi des 35 heures, ont revu à la baisse leurs prévisions salariales pour 1998 de 0,6 à 0,8 points en moyenne. Avec bien entendu pour les catégories les moins payées une réduction plus importante que pour les cadres !

L’avenir que nous promet Jospin c’est celui-là, et en pire encore si la relance économique n’est pas celle qu’il croyait. Pendant ce temps-là, les riches deviennent encore plus riches. Depuis le début de l’année l’indice de la bourse a augmenté de plus de 40 %. Ce qui signifie que les détenteurs de capital se sont enrichis d’autant en quelques cinq mois. Où en sommes-nous à côté, pauvres smicards, avec nos 2 % en un an ! Où en sommes-nous quand, ayant la tête au-dessus du salaire minimum, nous n’atteignons même pas ce pourcentage de revalorisation !

Que ce soit en matière de salaires, en matière d’horaires, ou en matière d’emploi, les mesures de Jospin font toujours la part belle aux patrons. Pas plus que lorsqu’il s’agissait de gouvernements de droite, les travailleurs ne peuvent y trouver leur compte. Il n’y a rien à attendre de ce côté-là, rien d’autre que des coups.

Si nous voulons un autre partage de ces richesses qui s’étalent sous notre nez, si nous voulons stopper la détérioration de nos conditions d’existence, il nous faut nous battre contre les partons et contre ce gouvernement. Et si nos luttes convergent dans un mouvement de l’ensemble des travailleurs, alors oui quelque chose peut réellement changer pour tous les travailleurs dans ce pays.