En 1848 c’était la fin de l’esclavage, pas des esclavagistes !
lundi 27 avril 1998
150 ans après l’abolition de l’esclavage dans les colonies françaises, les commémorations solennelles et les bons sentiments sont au rendez-vous.
Mais les massacres et les génocides continuent de plus belle en Afrique, pourtant déjà saignée plusieurs fois par la traite des Noirs puis par les conquêtes coloniales. Chirac, Jospin et Fabius font de beaux discours pour ce cent cinquantenaire, alors que le gouvernement français a prêté main forte aux auteurs du génocide au Rwanda. A l’époque, Mitterrand était président et Balladur premier ministre. Après quatre années de silence et de désinformation, la vérité ne peut plus être étouffée : oui, les soldats français entraînaient les milices hutues au moins depuis 1991. Oui, pendant les massacres, des armes furent livrés par la France.
Et il n’y a pas qu’au Rwanda que les sbires de la grande bourgeoisie française luttent pied à pied pour ne pas se faire arracher des mains les chaînes qui asservissent les peuples d’Afrique, face entre autres aux ambitions américaines.
Au 18° siècle les Africains réduits en esclavage mouraient pour les profits des bourgeois de Nantes, de la Rochelle ou de Bordeaux. Aujourd’hui, les Africains réduits à la misère et à mille autres servitudes, meurent toujours, au bout du compte, pour les profits de la grande bourgeoisie européenne et américaine qui continue, par dictateurs africains interposés, à se disputer les dépouilles de ce malheureux continent.
D’ailleurs, quand on célèbre la fin de l’esclavage en 1848, on oublie de préciser que les armées françaises poursuivirent leurs conquêtes en Afrique et en Asie, massacrant sans pitié ceux qui résistaient et appliquant aux peuples colonisés le « code de l’indigénat » qui n’en faisait certes pas des esclaves, mais pas non plus des citoyens. La législation prévoyait d’ailleurs la possibilité d’appliquer dans les colonies un système de « travail forcé » qui a fait des millions de morts... et duré jusqu’en 1944 !
Aujourd’hui, Chirac et Jospin célèbrent la fin de l’esclavage. Mais ils laissent piller l’Afrique par les usuriers des pays impérialistes et refusent aux immigrés la liberté de venir chercher ici un sort moins pire. 150 ans après l’abolition de l’esclavage, Chevènement contraint 75 000 sans-papiers à se vendre pieds et poings liés aux négriers du textile, de la maçonnerie et du nettoyage. Autant de « clandestins », sans droits ni citoyenneté, privés de toutes les libertés élémentaires, livrés en toute bonne conscience aux esclavagistes des temps modernes !
L’esclavage a été supplanté par le salariat, la nouvelle forme de l’exploitation de l’homme par l’homme, qui somme toute s’est révélée plus rentable. On nous dit que les travailleurs y ont gagné la liberté et la citoyenneté. Avec de drôles de limites, tout de même : en juin 1848, pour commencer, deux mois seulement après l’abolition de l’esclavage, 3000 ouvriers parisiens, des « libres citoyens », étaient massacrés. Ils réclamaient du pain et du travail !
Depuis la classe ouvrière a obtenu des droits, des « avantages » comme disent certains. Vite repris dès qu’elle baisse la garde. Le capitalisme avec le temps a su s’adapter. L’exploitation s’est parfois atténuée, du moins dans les pays les plus riches. Mais elle n’a jamais été supprimée. Nous vivons toujours dans un système où notre sort dépend de la volonté de quelques uns, ceux qui possèdent les capitaux, les moyens de production, qui peuvent licencier ici, embaucher là, parfois provoquer une guerre pour un peu de pétrole, capables de faire l’opinion en s’achetant journaux et chaînes de télévision, capables de financer aussi quelques apprentis dictateurs lorsque cela ne marche plus… Cette classe d’hommes, celle des capitalistes, ce véritable fléau de l’humanité, n’a toujours pas été mise hors d’état de nuire.
En 1848 l’inégalité des races et l’esclavage paraissaient être des évidences « naturelles » destinées à être éternelles. Aujourd’hui on voudrait nous faire croire la même chose avec l’inégalité sociale.
Heureusement, on peut parfois se tromper !