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La droite accepte les voix du Front National, la gauche adopte ses idées

lundi 13 avril 1998

Il y a quinze jours, la gauche jouait le numéro de l’indignation. Horreur ! Pour garder leurs places, et l’accès à la mangeoire des conseils régionaux, des élus de droite ont accepté les voix du Front National. Aujourd’hui la gauche fait pire : du Front National, elle reprend le programme.

On entend de nouveau la chanson anti-immigrés. Avec cette fois Chevènement pour interprète, sur paroles de Pasqua et musique de Le Pen.

En faisant droguer, matraquer, ligoter à leur siège, et même bâillonner des travailleurs immigrés pour les expulser, Chevènement agit aussi ignoblement que ses prédécesseurs. Davantage même puisque pour les arrêter plus facilement, il leur a fait miroiter d’abord la régularisation de leur situation.

Mais pour le superflic Chevènement, il faudrait punir ceux qui se sont opposés, le 28 mars, à l’aéroport de Roissy, à l’expulsion de seize sans-papiers africains car « ceux qui les soutiennent contribuent à bafouer les lois, à la perte des repères dont la République a besoin pour faire front contre l’extrême-droite ».

En fait, ce qui fait monter l’extrême-droite, c’est la politique menée par la droite et maintenant par la gauche en faveur des patrons : licenciements massifs auxquels le gouvernement ne s’oppose pas, suppressions de postes, loi sur les 35 heures qui va permettre de flexibiliser et d’annualiser le temps de travail sans créer un seul emploi, dégraissage des services publics, etc... N’en déplaise au ministre de l’Éducation Allègre qui insulte les enseignants de la Seine-Saint-Denis en grève pour réclamer des moyens supplémentaires dans un département où les enfants d’ouvriers étudient dans des conditions catastrophiques !

Mais tous ces ministres soutenus par Jospin ne cherchent qu’à donner des gages au patronat en insultant et en essayant de discréditer ceux qui luttent contre l’injustice. Ceux qui font le jeu de l’extrême-droite, ce sont tous les gouvernements de droite comme de gauche qui ont tué l’espoir de vivre décemment pour les travailleuses et travailleurs, les chômeurs, les jeunes. Ce sont ceux qui prétendent que le chômage, c’est la faute des immigrés.

Le chômage est dû aux banquiers et aux patrons, pas aux immigrés

Mais qui peut croire qu’en expulsant 75 000 sans-papiers on donnera du travail aux 7 millions de chômeurs et précaires ? Depuis 1974 et la fermeture des frontières aux travailleurs étrangers, le chômage ne s’est pas résorbé, même pas stabilisé, il a explosé ! Puis l’administration a retiré des titres de séjour, ou ne les a délivrés qu’au compte-gouttes. Résultat ? On a créé des milliers de clandestins.

Cela arrange bien les patrons. En employant des clandestins, ils peuvent peser sur les conditions d’embauche et faire jouer les salaires à la baisse. Et ça ne concerne pas seulement les petits patrons. Les grandes marques du textile peuvent sous-traiter la fabrication à des ateliers clandestins. Bouygues ou la RATP peuvent employer des petites entreprises qui sous-payent des « clandestins » pour des travaux de maçonnerie ou de nettoyage.

Il faut régulariser tous les sans-papiers !

En arrivant à Matignon, Jospin a trouvé la loi Debré, du nom du ministre de droite qui ouvrait à coup de hache les portes d’une église occupée par les sans-papiers, puis celles d’une usine occupée par des travailleuses en grève. Un petit coup de peigne et voilà la loi Chevènement, réplique fidèle de la précédente, votée mercredi dernier par les députés socialistes, avec la complicité passive de ceux du Parti Communiste.

Le superflic Chevènement peut bien accuser une « organisation trotskiste d’origine britannique » comme d’autres en mai 68 désignaient un « juif allemand » et un « complot cubain ». Ce sont ceux qui résistent qui ont raison : ceux qui occupent des églises et refusent d’être embarqués, les militants qui les aident, les travailleurs des compagnies aériennes ou des aéroports qui refusent d’être complices, les cinéastes ou écrivains qui réclament la régularisation de tous les sans-papiers qui en ont fait la demande.

Ce combat est celui de tous les travailleurs. Quand une catégorie d’entre nous est frappée, c’est toute notre classe qui est visée.