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LES FOURRIERS DE L’EXTREME DROITE SONT A DROITE... MAIS PAS SEULEMENT

lundi 23 mars 1998

L’élection de présidents de régions de droite avec le soutien de l’extrême-droite confirme que rien n’arrête un certain nombre de ces politiciens en mal de siège. Cette alliance n’est cependant pas vraiment une surprise : dans le passé déjà on avait vu à Dreux un accord RPR-Front National pour l’élection d’un député gaulliste, et on avait vu dans les régions – en Languedoc-Roussillon ou en Provence-Alpes-Côte d’Azur – des leaders de la droite comme Blanc ou Gaudin, pas gênés de gouverner avec des élus du parti de Le Pen. Le poids du Front National ayant depuis progressé, le phénomène a seulement gagné en ampleur.

« Les digues entre la droite et l’extrême droite ont sauté » dit-on dans les médias. Plaisanterie ! Car les frontières entre la droite RPR-UDF et le Front National n’ont jamais été étanches, loin de là. Pas seulement parce qu’un certain nombre de notables sont passés de l’un à l’autre au gré des possibilités de récupérer un fauteuil, mais parce que les leaders des partis auxquels ils appartiennent, dans la course aux places de toutes sortes, s’efforcent de caresser les électeurs dans le même sens du poil.

Un Pasqua ou un Debré, qui ont été à l’origine des lois anti-immigrés, ne sont pas moins racistes ou démagogues qu’un Le Pen. Et quand à gauche on trouve un Chevènement pour faire une nouvelle loi qui préserve les pires aspects des précédentes, en dépit des promesses d’abrogation avant les élections de 97, ou quand on voit sous un gouvernement Jospin comment sont matraqués et mitraillés la centaine de « boat people » réfugiés en Nouvelle Calédonie, hommes, femmes et enfants, qui manifestaient pour ne pas être renvoyés en Chine, on peut voir de quoi des politiciens de droite comme de gauche sont aussi capables. En chassant largement sur les terres d’un Le Pen, ils l’ont crédibilisé et ont favorisé son ascension.

Les dirigeants de la gauche hurlent pourtant hypocritement aujourd’hui leur indignation face à cette alliance droite extrême-droite qui leur fait passer sous le nez des présidences de région convoitées. Ils n’hésitent pas à exhorter la droite à défendre son prétendu « honneur », et parlent de « défense des valeurs de la République ». Rien que ça ! Mais s’ils avaient voulu rendre cette alliance inefficace, s’ils avaient voulu être réellement majoritaires, pourquoi se sont-ils contentés une fois au gouvernement de poursuivre la même politique que la droite, en ne prenant aucune mesure réellement efficace contre le chômage, en continuant une politique défavorable aux travailleurs ?

Le Pen aide la droite à garder ses positions et lui propose de partager les postes – aujourd’hui au niveau des régions, demain au niveau du pays tout entier – en lui signifiant qu’elle a besoin d’eux pour revenir au gouvernement. C’est avec l’espoir qu’à un moment ou l’autre, la droite sera bien obligée de leur repasser les plats. Car les dirigeants du Front National, contrairement à ce qu’ils veulent faire croire, sont aussi des politiciens qui ne demandent qu’à « aller à la soupe ». Ceux parmi les travailleurs qui ont voté pour eux en croyant à leurs déclarations sur « les politiciens pourris » devraient se rendre à l’évidence : tout compromis que soient les chefs de la droite dans des scandales financiers, Le Pen ne renâcle pas à les maintenir à leur poste ni à les remettre au pouvoir... pourvu seulement qu’ils laissent des places pour lui et ses amis.

Oui le Front National est le pire ennemi des travailleurs. Car non seulement il n’est pas regardant lorsqu’il s’agit de s’allier avec la droite, mais si l’occasion s’en présentait, il se réserve aussi la possibilité de mettre en oeuvre les choix idéologiques ouvertement fascistes qu’il affiche.

Il serait complètement fou de compter sur « l’honneur de la droite », ou sur le gouvernement de gauche pour nous protéger de ce danger. Le meilleur moyen de faire reculer l’extrême-droite c’est de faire reculer le chômage. Mais pour cela nous devons nous battre avec nos moyens dans les entreprises et dans la rue, pour imposer au patronat et au gouvernement des mesures d’urgence en faveur des travailleurs, ceux qui ont un emploi comme ceux qui n’en ont pas.