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Apocalypse sur le désert ?

lundi 16 février 1998

Voilà que sept ans après, c’est reparti. Après l’opération «  Tempête du désert » de 1991, on voudrait nous rendre complices de l’opération «  Tonnerre sur le désert » en 1998.

En 1991, la coalition américaine, française, italienne, anglaise, allemande, russe, japonaise... nous avait déjà fait le coup. Nos gouvernements nous avaient désigné Saddam Hussein comme le grand Satan de la planète, et à grands renforts de mises en scène télévisuelles, nous avaient transformés en voyeurs de leur sale guerre du Golfe. En fait de « guerre propre », les bombardements sur l’Irak avaient fait 200 000 victimes irakiennes, dont une majorité de civils. Le peuple irakien avait été vaincu... mais Saddam Hussein était resté en place ! Ses armes chimiques ? Ses gaz neuro-toxiques ? Il les a envoyés la même année contre les Kurdes du nord du pays, sans qu’un seul porte-avions occidental n’entame la moindre manoeuvre pour l’en dissuader. Que meurent les populations chiites, Kurdes, les bébés et les enfants irakiens... et que survive le dictateur qu’on diabolise, pourvu que les grands de ce monde puissent régner en paix sur les champs de pétrole du Moyen Orient et imposer leur loi impérialiste.

Si la nouvelle croisade occidentale de 1998 en passe aux actes, ce sera à nouveau un déluge de feu sur l’Irak et sur Bagdad. Le peuple irakien paiera une fois de plus, après tout le reste, lui que l’embargo économique de l’Occident a réduit à la famine sans que cela empêche Saddam Hussein de se construire des palais.

Tout cela parce que, paraît-il, Saddam Hussein serait en possession d’armes bactériologiques et chimiques. Parce qu’il refuserait aux inspecteurs de l’ONU l’accès aux sites qui produiraient ces armes.

Mais pourquoi pas d’inspecteurs de l’ONU chez les fabricants de mines anti-personnelles en France ? Comment se fait-il qu’il n’y ait eu ni commissions d’enquêtes ni mises en demeure de nos prétendus démocrates quand l’armée américaine aspergea jadis le Vietnam de napalm et de défoliants, sans parler des bombes à souffle et des projectiles à l’uranium sur l’Irak en 91 ?

Si l’ONU voulait réellement mettre le genre humain à l’abri des menaces chimiques et bactériologiques, elle ferait bien d’expédier d’urgence ses inspecteurs sur les bases et dans les laboratoires de l’US Army et des autres grandes armées impérialistes, française, anglaise, allemande, japonaise. Car les Etats qui siègent au Conseil de Sécurité des Nations-Unies sont les mêmes qui s’ingénient sans répit à élargir la gamme des produits asphyxiants, paralysants et autres. Ce sont eux qui diffusent ensuite cette cuisine infernale auprès des dictateurs des pays pauvres.

Pour l’heure, sur fond de grandes manoeuvres aéronavales américaines (et même spatiales !), on assiste à tout un chassé-croisé diplomatique où la France, entre autres, joue les bons offices entre le représentant de l’ONU et Saddam Hussein. Pour le moment, le gouvernement français se dit réticent à toute intervention, soucieux « d’éviter de tuer des femmes et des enfants » comme dit Chirac. Mais jusqu’à quand durera le prétendu « souci » humanitaire de ces hypocrites ? En 1990-91 le gouvernement socialiste avait manifesté les mêmes « réticences »... avant de s’aligner devant le commandement américain, pour applaudir ensuite avec la droite aux exploits de la division Daguet. Le jeu diplomatique français ne vaut pas plus cher aujourd’hui. Certes, Chirac et Jospin sont plutôt inquiets de ne pouvoir concrétiser les juteux contrats que la compagnie française Total, par exemple, vient de signer avec Saddam à la barbe des Américains. Mais la solidarité impérialiste primera, comme en 1991, si Clinton et son état-major jugent qu’il y va de leur intérêt politique intérieur ou extérieur de mettre une fois de plus un pays du tiers monde à feu et à sang.

Voilà le scénario auquel on voudrait nous préparer, nous conditionner, une fois de plus. Encore faudrait-il pouvoir tromper l’opinion populaire, américaine comme européenne, deux fois de suite. Et c’est là, espérons-le, où les massacreurs occidentaux pourraient avoir quelques surprises.