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Tous ensemble, Partageons la richesse, pas la misère !

lundi 19 janvier 1998

Les manifestations de samedi dernier dans tout le pays l’ont montré : les chômeurs en lutte ne désarment pas, comme se confirme la très large sympathie qu’ils recueillent dans la population. Car nous sommes tous concernés par leur lutte.

Jospin, droit dans ses bottes, a cru malin d’envoyer les flics déloger les chômeurs qui occupent les Assedic. Résultat, les chômeurs occupent ailleurs et font le tour des centres sociaux, des chambres de commerce, de certains restaurants de luxe... jusqu’à l’Ecole Normale Supérieure avec le soutien des étudiants, sans parler de la préfecture de Paris ! Et c’est le gouvernement qui se ridiculise et donne envie qu’on le traite comme celui de Juppé lors des grandes grèves de 1995.

Les chômeurs revendiquent 1500 francs d’augmentation par mois des minima sociaux. C’est affreux crient les patrons, « ça fera des minima trop près du smic », ça « n’incitera pas » les chômeurs au travail... Comme si ceux qui s’enrichissent à la bourse en dormant étaient incités à travailler ! Comme si tous les milliards que l’Etat avait offerts aux patrons les avaient incités à embaucher ! Les patrons ont peur de ne plus pouvoir embaucher à 4 ou 5000 F ? Parce que ce serait « trop près du RMI » ? Mais qu’ils augmentent les salaires, à commencer par le SMIC ! Car après tout, salariés ou chômeurs, c’est bien la même revendication que nous avons : augmentation de 1500 francs par mois pour tous !

Ces 1500 francs par mois pour tous, chômeurs et salariés, ne seraient jamais qu’une partie de ce que les patrons et les gouvernements successifs nous ont volé toutes ces dernières années, en diminutions d’indemnités et de salaires réels.

Mais où vais-je trouver l’argent ? pleure Jospin. Rendez-vous compte, la revendication des chômeurs, ça ferait 30 milliards et cela ferait « exploser nos équilibres budgétaires » a-t-il dit ! Et les 135 milliards que l’Etat a alignés pour le trou du Crédit Lyonnais, cela lui a fait du bien au budget ? Et les 150 milliards de subventions distribués chaque année aux grands patrons, qui les incitent à tout sauf à créer des emplois ! Et les dégrèvements fiscaux aux spéculateurs ?

L’argent ? Mais cette société pourrie croule sous le fric, à ne savoir qu’en faire, au profit d’une infime minorité. L’argent pour les chômeurs et les salariés, on sait où il est. Ils avaient bien raison les manifestants qui avaient inscrit sur leurs banderoles samedi dernier : Partageons la richesse, pas la misère !

Lorsque le gouvernement actuel, comme le précédent, parle de faire quelque chose contre le chômage, il en appelle toujours à la solidarité non pas des riches, mais des pauvres, des travailleurs. La seule solution qu’ils envisagent, y compris en parlant de façon mensongère des 35 heures comme le fait aujourd’hui Jospin, ce n’est pas le partage du travail, c’est le partage du chômage ! En un mot le partage de la misère, avec heures sup, bas salaires et flexibilité pour les uns, fin de droits et allocations misérables pour les autres. Alors que la seule solution, c’est la réquisition des richesses et leur partage entre tous, afin que ceux qui les créent ou les ont créées puissent enfin en bénéficier.

Les chômeurs ont raison de dire qu’il y a urgence, et qu’ils ne peuvent pas attendre 1999, comme dit Jospin, pour voir leurs allocations augmenter. Mais il y a urgence pour toute la classe ouvrière. Il nous faudra rejoindre la lutte des chômeurs, nous battre tous ensemble, pour imposer nos revendications communes, interdire les licenciements, contraindre les grandes entreprises privées ou publiques à créer des emplois et prendre l’argent là où il est.

S’ils restent isolés, les chômeurs en lutte n’obtiendront que des améliorations mineures à leur sort, ce qui ne modifiera pas la situation et ne permettra pas d’en finir avec le chômage. Seul un mouvement d’ensemble de tous les travailleurs en activité ou privés d’emploi, pourra permettre de donner un coup d’arrêt aux prétentions du patronat et aux tergiversations d’un gouvernement qui le protège, et de prendre les mesures d’urgence qui s’imposent contre le chômage. Voilà l’objectif de lutte qui doit unifier dans les jours qui viennent le mouvement des chômeurs et les forces des salariés.