L’ETAT EST AU SERVICE DU CAPITAL PRIVE
mardi 15 juillet 1997
Evoquant le matin même la parade militaire du 14 juillet, un journaliste de France Inter constatait : : « 270 milliards défileront sur les Champs Elysées ». On ne s’est effectivement pas privé de nous vanter les chars Leclerc à 35 millions pièce et au double avec leur équipement, les avions de surveillance Awacs bourrés d’électronique valant des milliards, les « Mirage » qui seront bientôt remplacés par des « Rafale » encore bien plus chers, pour le plus grand bonheur de Dassault, etc.
Non ce n’est pas parce qu’il n’y a « plus d’ennemis à l’Est » qu’il n’y a plus de quoi les ratatiner. Ah mais ! Ce n’est pas parce que le budget est en déficit, qu’il faut arrêter de dépenser près de 200 milliards par an pour l’armée !
Parce que si l’Etat arrêtait les dépenses militaires, ça ferait encore plus de chômage ? Vaste blague ! En payant les ouvriers même à ne rien faire – on le fait bien pour les militaires – on économiserait encore des milliards qui pourraient servir à autre chose. Et pourquoi ne pourrait-on pas utiliser les énergies ainsi libérées à des activités utiles à la population ? N’y aurait-il pas besoin de monde dans les hôpitaux, dans le transports publics, dans l’enseignement ? Mais l’armement c’est tellement utile pour engraisser les capitalistes.
C’est en invoquant la nécessité pour l’Etat de garder la haute main sur l’armement que Jospin vient de décider de faire un trait sur le projet de vendre Thomson, de son prédécesseur Juppé. Mais ça ne signifie pas pour autant qu’il va décevoir tous les capitalistes privés. Jospin va sûrement décevoir Matra-Lagardère, mais il va faire plaisir à Dassault, Alcatel et Aérospatiale avec qui il veut « constituer un pôle français d’électronique et de défense ». Thomson en se regroupant avec eux deviendrait ainsi minoritaire dans une nouvelle société. L’argent de l’Etat comme ses moyens industriels continueront donc sous une autre forme à servir le capital privé.
Alors privatisation ou nationalisation ? Qu’est-ce que ça change si dans un cas comme dans l’autre c’est pour servir le capital privé ? Qu’est-ce que ça change si dans un cas comme dans l’autre, Etat-patron ou patron tout court, c’est la même politique à l’égard des travailleurs de licenciements, de précarité, de réduction des salaires ?
Renault dans lequel l’Etat et les représentants syndicaux détiennent 9 sièges sur 15 au conseil d’administration, a maintenu la fermeture de Vilvorde et la suppression de 3000 emplois par an en France. Renault, avant même que l’Etat avec aujourd’hui 46 % des actions soit devenu minoritaire au capital de la société, a supprimé ces 15 dernières années des dizaines de milliers d’emplois et réduit son effectif de moitié tout en augmentant la production. Quant à Thomson, c’est dans les mêmes proportions qu’il a supprimé des emplois, tout en restant nationalisé. Et on pourrait passer comme ça en revue toutes les entreprises dont l’Etat est le patron pour en arriver au même constat.
C’est vrai qu’il est choquant de voir que les entreprises les plus profitables qui appartiennent à l’Etat soient bradées au capital privé, et nous ne pouvons qu’y être opposés. Mais l’Etat appartient aux plus riches, pas à la population toute entière. Et ce n’est pas parce que Jospin ne vend pas maintenant tout le capital de Thomson, qu’il ne va pas le privatiser partiellement ou encore privatiser tout ou partie de France Télécom. Ce qui le guidera ne sera pas, de toutes façons, la défense des intérêts des travailleurs.
Nous ne serons pas défendus contre les licenciements par un statut de « nationalisé », dont on peut voir qu’il n’empêche pas la précarité dans les entreprises publiques. Nous ne le serons, dans le public comme dans le privé, que si nous les interdisons aux patrons et à l’Etat-patron, par notre lutte. Nous ne ferons reculer le chômage qu’en contrôlant où vont les profits et où vont les fonds de l’Etat, en imposant aux patrons et à l’Etat de les utiliser à ce qui sert les travailleurs, la population, et non pas à grossir la fortune d’une minorité de privilégiés.