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LES « RESTOS DU COEUR » POUR LES PAUVRES LA CHARITE EN GRAND POUR LES RICHES

lundi 15 décembre 1997

Les « Restos du Coeur » sont en pleine expansion. Partis d’un bon geste de Coluche, ils sont devenus une quasi-institution.

L’an passé ils ont servi 61 millions de repas à 500 000 personnes. Presque 8 fois plus qu’il y a 12 ans, au moment de leur ouverture. Pas des repas de gala, mais une nourriture confectionnée essentiellement à partir de surplus devenus invendables, que des bénévoles se chargent de récupérer et de distribuer à des pauvres toujours plus nombreux.

Il en faut peu pour qu’un travailleur soit transformé en pauvre, pour qu’il en soit réduit à grossir la queue des « Restos du Coeur » et autres formes de soupe populaire. Ou pire encore, se retrouve à la rue, SDF, c’est-à-dire « sans domicile fixe ». Un fait divers le rappelait cruellement il y a quelques jours : un ouvrier du bâtiment de 38 ans, originaire de la région de Pau, licencié de son entreprise, était découvert à Saint Jean de Luz où il avait retrouvé du travail, mort de froid sous sa tente, dans un camping où il logeait en attendant mieux.

Le licenciement, l’impossibilité de retrouver du travail, de se loger, suffisent pour faire basculer la vie d’un travailleur, voire de toute une famille. Chacun en a conscience, et c’est aussi pourquoi il se trouve – fort heureusement – parmi la population des travailleurs et des chômeurs, de nombreuses bonnes volontés pour faire exister ce minimum de solidarité que sont les « Restos du Coeur ».

Mais toute la charité du monde, institutionnalisée ou pas, reste insupportable dans une société où s’affiche une richesse insolente : où l’on ne sait plus que faire des surplus de nourriture et où il n’y a jamais eu autant de logements vides.

Pendant les douze années des « restos du Coeur », la productivité a plus que doublé et la production a considérablement augmenté. Les profits des entreprises et les revenus de la spéculation ont décuplé. Les riches sont devenus de plus en plus riches en même temps que le nombre des chômeurs et des RMIstes montait régulièrement et que par contrecoup les salaires et les revenus des travailleurs s’amenuisaient.

Aucun des gouvernements n’a eu la volonté de s’attaquer réellement au problème du chômage. De droite ou de gauche, ils ont tous en revanche su s’attaquer aux chômeurs, pour lesquels ils ont réduit le montant des indemnités et les temps d’indemnisation. Et quand ils n’ont pas directement fabriqué les pauvres, ils ont systématiquement contribué à les mettre dans une situation encore plus intenable.

La seule charité dont ils ont su fait preuve, et à grande échelle cette-fois, ce fut à l’égard du patronat à qui ils ont distribué des centaines de milliards de subventions, prétendant ainsi favoriser l’emploi, alors même que les plans de licenciements ont continué de plus belle.

Le gouvernement Jospin lui aussi prétend lutter contre le chômage, mais il n’agit pas autrement que ses prédécesseurs. La prétendue loi des 35 heures – que Jospin ne veut surtout pas s’engager à faire payer 39 – se résume pour l’essentiel à permettre aux patrons d’augmenter la productivité à bon compte, grâce à la flexibilité et à l’annualisation du temps de travail, et de toucher de nouvelles subventions sous forme de baisses de charges sociales.

Pour un gouvernement de gauche comme pour un gouvernement de droite, la charité bien ordonnée commence par les patrons... et finit là. Que les pauvres, eux, se débrouillent avec leurs semblables !

C’est là toute leur philosophie. C’est pourquoi il serait vain d’attendre quoi que ce soit de leur côté.

Nous travailleurs qui sommes à la source de toutes les richesses, qui sommes le nombre, aurions la force de leur imposer un autre partage. Il ne serait alors plus question de charité, mais de justice de classe !