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Sommet de Luxembourg : la meilleure façon de couver le chômage

lundi 24 novembre 1997

Quinze chefs d’Etats et de gouvernements européens auraient défini une « stratégie de lutte » contre le chômage au sommet de Luxembourg.

Le chômage, lui, est une lourde réalité : 18 millions de chômeurs dans l’Union Européenne, sans doute au moins autant de travailleurs victimes de la précarité, et encore plus tombant dans la catégorie des « travailleurs pauvres » ayant peut-être un emploi, mais à quelles conditions ! Cette paupérisation des travailleurs, c’est la règle aux Etats-Unis, cet eldorado du capitalisme où les tenants du système se vantent d’avoir vaincu le chômage selon une méthode bien à eux : en fabriquant de l’injustice sociale à grande échelle, en ayant fait baisser les salaires, en ayant imposé au tiers de la population des conditions de vie dignes du tiers monde.

C’est à ce « miracle » américain que les chefs d’Etats socialistes ou conservateurs européens voudraient parvenir sous prétexte de lutte contre le chômage. Et encore, à condition que l’économie se porte bien dans leur paradis capitaliste. Car ils se sont bien gardé de dire ce qu’ils feraient si la crise qui souffle actuellement sur la Corée, le Japon et le reste de l’Asie, avec ses faillites industrielles et bancaires vertigineuses, contaminait l’Europe et l’Amérique !

Mais pour l’heure, donc, quelle est la réalité de ce merveilleux programme anti-chômage cher à Lionel Jospin et Tony Blair ? Des « stages de réinsertion », encore et toujours, qui ne réinsèrent personne mais permettent d’occuper les chômeurs pour des indemnités dérisoires. De la « flexibilité », plus que jamais, que ces messieurs ont rebaptisée « souplesse », laquelle souplesse donnera toute liberté aux patrons de manipuler horaires, salaires et périodes de congés... Sans oublier, bien sûr, les inévitables dégrèvements de charges patronales pour les bas salaires, qui n’ont jamais incité les patrons à créer des emplois mais les a encouragés à licencier massivement les anciens pour les remplacer par des jeunes à statut précaire bien moins nombreux et deux fois moins payés !

La fabrication permanente de chômeurs est devenue, ou redevenue, le mode de fonctionnement normal du capitalisme. Jospin et Aubry le savent, comme le savent leurs collègues du reste de l’Europe. Leur rôle à eux, c’est de pérenniser ce fonctionnement, de faire en sorte qu’il ne soit surtout pas perturbé, entravé. Leur rôle, c’est de donner le change, de baptiser de nouveaux noms de sales mesures déjà connues, de maquiller les statistiques... et en prime d’obtenir à bon compte le soutien des dirigeants syndicalistes en leur parlant « d’Europe sociale », en comptant sur eux pour contenir la révolte.

Les organisations syndicales européennes ont préparé à l’occasion de ce sommet de Luxembourg une manifestation qui a ramené près de 40 000 militants. Que les travailleurs des différents pays manifestent ensemble contre les mesures qui se préparent contre eux, c’est non seulement souhaitable, c’est une nécessité. L’ennui, c’est que les chefs de ces confédérations bien domestiquées ont fait défiler sagement les militants non pas sur les revendications des travailleurs, pour dénoncer les projets des chefs d’Etats et de leurs protégés patronaux, mais pour soutenir ce sommet de nos ennemis de classe au nom du « dialogue social ». Ici, Robert Hue, du PCF, a même salué l’initiative de Luxembourg comme un précédent utile, comme un « appel à aller plus loin », alors même qu’il n’a été question dans ce sommet que d’aller dans le sens patronal.

De grandes manifestations internationales, pour montrer ce qu’est vraiment l’Europe des travailleurs, il en faudra. Mais pas au nom du « dialogue social », cette concertation avec les bureaucrates syndicaux qui ne sert qu’à jeter de la poudre aux yeux alors que le patronat ne connaît que le rapport de force.

L’Europe sociale dont ils parlent n’est pas plus sociale que tous ces plans dits sociaux qui ont abouti aux 18 millions de chômeurs de l’Union Européenne. En revanche, c’est l’Europe des travailleurs qu’il nous reste à construire, l’Europe de la solidarité ouvrière et de la lutte de classe, l’Europe subversive qui en finira avec ce capitalisme fauteur de chômage et de misère.