Convergences révolutionnaires

Site de la fraction L’Étincelle

Accueil > Éditos de bulletins > Grève des routiers, bilan : les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes

URL : https://www.convergencesrevolutionnaires.org/Greve-des-routiers-bilan-les-travailleurs-ne-peuvent-compter-que-sur-eux-memes

Grève des routiers, bilan : les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes

lundi 10 novembre 1997

Ils ont eu raison de se battre les routiers, et comment ! Des horaires déments et des salaires de misère, des vies malmenées, sacrifiées sur l’autel du profit et de la concurrence : on ne peut pas se faire exploiter éternellement sans rien dire et sans garder l’espoir que cela change un jour. Même s’il y a la pression du chômage dont profite tous les jours les patrons et même si c’est difficile de l’emporter.

Les routiers ne l’ont pas emporté cette fois-ci. L’accord signé par les directions syndicales de la CFDT et de la CGC ne leur est certainement pas favorable. Quoi qu’en disent les dirigeants du Parti Communiste et d’autres qui préfèrent parler de victoire partielle et marquer ainsi leur solidarité avec un gouvernement avant tout soucieux d’en finir au plus vite avec les grèves.

L’accord prévoit certes des augmentations de salaires : 6 % dans l’immédiat pour les routiers effectuant les longs parcours, moins pour les autres, et la promesse de 10 000 F bruts (autour de 8000 F nets) pour 200 heures de travail, et encore, uniquement pour les chauffeurs les plus qualifiés, environ 15 % de la profession ! Et le reste cache bien des entourloupes.

L’année prochaine un « salaire mensuel professionnel garanti » sera mis en place. Les primes en seront exclues, pour vérifier plus facilement que toutes les heures seront bien payées. Mais rien n’est prévu pour empêcher les patrons de supprimer tout ou partie de ces primes en les incluant dans le salaire afin d’atteindre à bon compte les augmentations promises.

Et pour ce qui est du temps de travail : pas question évidemment des 35 heures ! Mais des négociations sur la flexibilité.

Voilà ce que des directions syndicales qui prétendent représenter les intérêts des travailleurs ont accepté de signer, ou ont accepté de fait, avec la complicité du gouvernement et du ministre communiste des transports. On comprend que sur nombre de barrages l’accord ait été accueilli la rage au coeur, et que des cartes syndicales aient volé dans les braseros...

Les routiers n’ont matériellement pratiquement rien gagné, mais ils n’ont pas à regretter de s’être battus. Car d’une grève à l’autre ils ont beaucoup appris. Démontrant une remarquable capacité d’organisation après le conflit de l’année dernière, alors qu’ils sont dispersés dans d’innombrables entreprises. Et forçant les directions syndicales à engager la lutte, alors que certaines avaient déjà signé un accord dans la nuit du samedi au dimanche 2 novembre sans que la principale des deux organisations patronales ne s’engage sur quoi que ce soit.

Le gouvernement Jospin prétend aujourd’hui « réglementer la profession » et imposer aux patrons le respect de la loi. C’est évidemment du bluff. S’il en avait la volonté, il aurait commencé par obliger ces derniers à payer les 3 000 F de prime promis l’année dernière et jamais payés. Les routiers devront sans doute se battre à nouveau et nous aussi d’ailleurs, et tous ensemble, car les problèmes de salaires et de conditions de travail concernent tout le monde.

Mais pour gagner, il vaut mieux tirer les leçons de cette grève. Se méfier de ses ennemis, comme les routiers l’ont fait contre leurs patrons. Mais aussi se défier jusqu’au bout de ceux qui négocient en notre nom, ces bureaucrates nationaux qui ont vite fait de brader la lutte et la mobilisation. Cela veut dire non seulement savoir déclencher un mouvement, mais se donner les moyens de contrôler nos propres luttes en établissant à la base les liens et réseaux démocratiques nécessaires entre grévistes, par-dessus les boutiques syndicales concurrentes, afin que les travailleurs mobilisés puissent rester maîtres de leurs décisions et de l’orientation à donner à leur mouvement. A l’échelle locale ou régionale, et aussi à l’échelle nationale, là où se prennent les décisions face aux patrons.

Cela se prépare bien sûr. Mais c’est la seule façon de ne pas se faire flouer et de préparer les luttes à venir, celles qui uniront enfin les travailleurs face à l’ensemble du patronat et au gouvernement, celles qui les obligeront à vraiment céder.