Pas de cadeaux pour les patrons !
lundi 22 décembre 1997
Les associations de chômeurs et des travailleurs précaires ont multiplié les occupations d’Assedic et autres lieux comme le siège parisien de l’entreprise d’Ernest Antoine Seillière qui venait d’être élu le même jour à la tête du CNPF, ainsi que son château de Laborde. Car comment vivre dignement avec une allocation de « solidarité spécifique » de 2500F ou un RMI à 2300 F ?
Outre le rétablissement d’une prime de Noël à Marseille dont les radios ont le plus parlé, les différents comités de chômeurs ont donc bien raison de revendiquer une augmentation de 1500 F par mois des allocations pour tous et tout de suite, le transport gratuit pour les chômeurs, sans oublier une réduction massive du temps de travail sans diminution de salaire et sans flexibilité. Car le chômage des uns et la surexploitation des autres sont les deux bouts de la même chaîne dont les travailleurs doivent se libérer.
Ces exigences ne seraient que le minimum, face à un patronat qui s’est enrichi en licenciant à tour de bras avec les aides gouvernementales. A commencer par le nouveau chef du CNPF qui a consolidé sa fortune avec les licenciements dans l’industrie sidérurgique en Lorraine, en s’étant fait payer par l’Etat ses 138 milliards de pertes. On donne aux riches et l’on prend aux pauvres, à qui on ne sait qu’envoyer la police (et les bavures qui vont avec) quand du fait du chômage l’insécurité des quartiers populaires s’accroît !
La véritable lutte contre le chômage, cela n’a rien à voir avec ces lois Robien ou Aubry qui offrent aux patrons subventions, flexibilité, annualisation du temps de travail. Avec la loi Aubry il n’y aura ni réduction effective du temps de travail, puisque l’horaire officiel pourra être dépassé en heures supplémentaires dont la majoration sera « au maximum de 25 % et pourra être réduite si la situation le requiert » ; ni créations d’emplois, les patrons n’ayant pas besoin d’embaucher puisque la baisse du temps de travail étalée dans le temps sera compensée par les gains de productivité.
Ce jeu-là n’est pas celui du donnant-donnant comme voudrait nous le faire croire le gouvernement, mais celui du prenant-gagnant pour le patronat. La seule préoccupation de Martine Aubry, c’est de convaincre les patrons de bien vouloir accepter avec le sourire les nouveaux cadeaux du gouvernement socialiste. Ce qui bien sûr n’empêche pas Antoine Seillière de faire la fine bouche devant le caviar qu’on lui présente, et même de montrer les dents histoire de faire monter les enchères !
La politique des licenciements massifs n’a pas seulement créé 7 millions de chômeurs et de travailleurs précaires. Elle a permis de baisser les salaires de ceux qui ont un emploi. Car désormais, comme aux Etats-Unis, on peut ici avoir un travail mais être également un pauvre. Le ministère de l’emploi vient d’avouer que le salaire net moyen d’un salarié à temps complet a baissé de 1,3 % en 1996, après avoir déjà baissé les deux années précédentes. Que dire des rémunérations des travailleurs à temps partiel ou embauchés sous contrat précaire, ou simplement nouvellement embauchés ?
Bien sûr, pour que les salariés acceptent ces conditions de travail et de rémunération, il faut un « stimulant » très fort : la peur du chômage et de l’exclusion. C’est bien pourquoi ni le patronat ni le gouvernement à son service ne songent à la moindre mesure sérieuse contre le chômage.
La lutte contre le chômage, il faudra nous en charger nous-mêmes, travailleurs encore pourvus d’emploi ou sans travail. Ce sont les patrons qui nous le disent, eux qui n’ont pas peur de se présenter le couteau entre les dents et se vantent d’avoir élu à leur tête « un tueur ». Car ces gens-là pratiquent leur lutte de classe, et comment ! Sous haute protection gouvernementale il est vrai.
Nous, pour nous soutenir, nous n’aurons que notre solidarité de classe et la force de nos luttes d’ensemble. Ce sera le seul moyen d’imposer de véritables mesures d’urgence contre le chômage. Car les cadeaux au patronat, aux licencieurs, avant, pendant et après les fêtes de fin d’année, ras le bol ! Le chômage, ça ne se soignera pas par le RMI et les restos du coeur. Mais par un sacré tremblement de terre social. On verra alors la tête de nos tueurs d’opérette devant le changement de rapport des forces.