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Les sous-traités de l’Automobile

vendredi 9 juin 2017

La lutte des salariés de GM&S, ça ne
vous rappelle rien ? En 2009, les 366
salariés d’un autre sous-traitant de
Renault avaient également menacé
de faire sauter leur usine, et organisé
une manifestation nationale. Sous
un soleil de plomb, plusieurs milliers
de personnes, dont des dizaines de
délégations d’entreprises, avaient défi lé
de l’usine menacée de fermeture à la
mairie. C’était il y a huit ans : l’usine
New Fabris à Châtellerault venait d’être
mise en liquidation judiciaire.

En fait dans la dernière décennie, les fermetures
de sites et les licenciements parmi les équipementiers automobiles ne se comptent plus :
Molex, DMI, Mecaplast, Trèves, TRW, Mahle-Behr,
Faurecia, Metal Temple, Visteon, Gestamp, Brose
Automotive, Harman...

D’autres sont toujours sur la sellette (et pour certains en lutte), comme les 207 salariés de FVM technologies en Lorraine, une fonderie qui travaille pour
Renault et qui est en redressement judiciaire. Ou
les 440 salariés de SAM à Viviez dans l’Aveyron, un
autre sous-traitant de Renault également en attente d’un repreneur. Il
y a aussi Sermi à Annecy, Alfisa en
Espagne ou encore Nobel plastiques
à Vitry-le-François dans la Marne, où
120 suppressions d’emplois sur 280
sont programmées.

Depuis 10 ans, les grands constructeurs automobiles, qui font la pluie
et le beau temps parmi leurs obligés,
sont à la manœuvre, bien aidés par
les gouvernements successifs. En
2009, ils ont même créé le « Fonds de
modernisation des équipementiers
automobiles » (FMEA), doté d’une
enveloppe de 600 millions d’euros
apportée par Renault, PSA et l’État.
Pour Renault et PSA, la « modernisation » consiste à mettre en concurrence les équipementiers pour tirer
leurs coûts vers le bas. Pour les salariés, c’est bien souvent celle en vogue
à Pôle emploi qui les attend.

Les constructeurs ont mis au point
toute une stratégie. Ainsi, avant de
lâcher un fournisseur pour un autre moins cher, ils
pratiquent ce qu’ils nomment le « double sourcing ».
Renault ou PSA demandent en secret à chacun des
deux fournisseurs de fabriquer les mêmes pièces.
Puis ils basculent plus ou moins progressivement
leurs commandes de l’un à l’autre. Lorsque les salariés du premier fournisseur se rendent compte que
son carnet de commandes se vide et se mettent en
grève, il y a alors peu de risque que les usines d’assemblage de Renault et PSA soient bloquées faute de
pièces : elles peuvent déjà être livrées par le nouveau
fournisseur.

Cette stratégie perfide ne laisse guère de marge de
manœuvre aux salariés menacés de licenciement.
D’où les bonbonnes de gaz et leurs appels à la solidarité. Le gouvernement et le Medef craignent alors
une seule chose : que leur colère se répande d’une
entreprise à l’autre, que les luttes s’étendent et
convergent. Une stratégie amorcée à l’époque par les
salariés de New Fabris, et qui reste plus que jamais
d’actualité.

Gilles SEGUIN

Mots-clés Automobile , Entreprises , Sous traitance
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