Coupez !
lundi 21 juin 2004
L’Elysée manque de jus. Pas seulement à cause des dernières élections, où le parti de Chirac à pris trois claques en trois mois. Mais aussi parce que les agents d’EDF y ont coupé le courant la semaine dernière. Le palais présidentiel n’était d’ailleurs pas seul dans ce cas : le ministère des finances aussi a subi quelques baisses de tension. Comme les permanences de députés UMP, certains locaux du Medef, les résidences de Raffarin ou du baron Seillière...
Les grévistes ne se sont pas adressés qu’aux plus riches. Les dernières actions des électriciens ont permis de faire passer des millions de foyers au tarif « heures creuses ». Elles ont rendu les péages de certaines autoroutes gratuits. Et des agents ont rétabli le courant à des familles qui, faute de pouvoir payer leurs factures, s’étaient vu couper l’électricité.
Les travailleurs d’EDF et GDF se battent contre le changement de statut de leur entreprise et surtout ce qu’il implique. Le gouvernement veut y faire entrer des capitaux privés, ce qui ne peut que détériorer les conditions de travail. Mais c’est aussi un danger pour tous les usagers : selon un document interne à la direction d’EDF, la simple ouverture du marché à la concurrence devrait se traduire par des augmentations de tarifs de plus de 15 %. Et probablement pire ensuite pour nous tous, sous la pression d’actionnaires privés.
Contre cette attaque que mène Raffarin, homme de paille des intérêts capitalistes, les formes de lutte des électriciens et des gaziers sont chargées de sens. En rétablissant le courant dans les foyers les plus démunis, elles rappellent que l’accès à l’électricité est un droit élémentaire, et qu’il est révoltant que la loi du fric en prive une part toujours croissante de la population (en trois ans, les coupures pour impayés ont été multipliées par deux, selon un gréviste CGT). En s’opposant à la rapacité des capitaux privés, c’est bien nos intérêts à tous que les travailleurs de l’EDF défendent. C’est le premier symbole. Ensuite, en débranchant un peu les représentants du pouvoir et des possédants, les travailleurs rappellent qu’ils font fonctionner toute la société, et qu’ils disposent de moyens de se faire entendre très fort s’ils se battent ensemble. En particulier si tous ensemble ils arrêtent de produire !
Bref, c’est une vraie bouffée d’air frais qu’apporte ce mouvement, au milieu des discours patronaux qui martèlent que blanc c’est noir, que les travailleurs sont des privilégiés, et que le progrès consiste à casser un par un les acquis sociaux.
Pour autant, il en faudra bien plus pour faire reculer le gouvernement. Et la réforme d’EDF est loin d’être le seul chantier de démolition sociale de Chirac, Raffarin et Cie. La plus grande attaque de l’heure, celle qui concerne tous les travailleurs, du public comme du privé, c’est celle contre la sécurité sociale. Raffarin défend sa « réforme » de la Sécu en expliquant « les entreprises paieront, les salariés paieront, les retraités paieront, chacun paiera ». Ce qu’il oublie de dire, c’est que les entreprises paieront infiniment moins que les salariés et les retraités ! Et que si le gouvernement a pu crier au trou de la Sécu, c’est parce que, de cadeau fiscal en exonération de charges, les patrons paient de moins en moins...
La réforme de la Sécu doit être discutée au Parlement en juillet. Elle n’est pas encore adoptée. Faisant semblant de résister, les députés de l’ex-gauche plurielle proposent de ressortir un vieux numéro de politicien qui consiste à déposer des centaines d’amendements. Les débats en seraient ralentis ! Et la réforme empêchée ? Ridicule. Et surtout faux-cul, car la politique de l’actuel gouvernement de droite, sur la privatisation d’EDF, sur la Sécu comme précédemment sur les retraites, a été amplement préparée par la gauche.
Pour se défendre, il faut se faire craindre. Comme en donnent l’idée les électriciens, mais en allant au-delà des actions symboliques, vers une riposte d’ensemble. C’est difficile, certes, mais ça ne peut pas ne pas arriver. Et déjà, ça doit se préparer.