La Justice, les affaires, la politique... et l’injustice sociale
lundi 2 février 2004
Juppé en retraite anticipée ? La question émeut beaucoup les médias et le monde des politiciens. Si Juppé renonçait à la vie politique, il n’y aurait pourtant pas de quoi faire pleurer les travailleurs.
« Un honnête homme », « un homme d’Etat dont la France a besoin »… nous serine-t-on avec des trémolos dans la voix, suite au jugement qui lui vaut 18 mois de prison avec sursis et dix ans d’inéligibilité, pour avoir utilisé l’argent des contribuables de la ville de Paris à des emplois fictifs au bénéfice du RPR et obtenu de faire payer des permanents au même parti par un certain nombre d’entreprises en échange de promesses de marchés publics. Et les mêmes de nous louer l’esprit de sacrifice du justiciable Juppé, fidèle serviteur d’un Chirac, intouchable, lui, grâce à sa dernière réélection, pour lequel il trinquerait sans broncher. En oubliant au passage qu’il n’y a pas si longtemps, Juppé avait déjà eu maille à partir avec la Justice pour une affaire de logement à prix imbattable, mis à sa disposition et à celle de sa progéniture par la mairie de Paris. Rien à voir avec les difficultés dont l’abbé Pierre a parlé en dénonçant la crise du logement ce week-end dernier…
Mais attention ! Juger ces gens du pouvoir n’est pas aussi facile que d’envoyer au trou n’importe quel petit voleur pour lequel le gouvernement des amis de Juppé prépare, avec le projet Perben, des lois encore plus répressives restreignant les moyens de défense face à la police et à la Justice. Les juges en charge de l’affaire Juppé, selon leurs déclarations, ont été menacés, mis sur écoute, leurs ordinateurs fouillés, leurs bureaux visités… Entre autres explications : un « agent de maintenance » après avoir constaté que la serrure du bureau de la présidente du tribunal était défectueuse, aurait tenté de l’ouvrir en passant par le faux plafond de son bureau ; mais dérangé dans son entreprise par une magistrate occupant un bureau voisin, il aurait finalement forcé de l’extérieur la serrure… On croit rêver !
Chirac prenant l’air indigné, nomme une commission d’experts pour enquêter… et pour ne pas laisser aux seuls juges la possibilité d’éclaircir les faits.
Ces mœurs de gens du pouvoir ne sont pas une nouveauté. Et les affaires troubles de l’ère Mitterrand valent bien celles de l’ère Chirac. Derrière les coups fourrés des politiciens du pouvoir, sur lesquels de temps à autres un coin du voile est levé, se déroulent d’autres scandales à une toute autre échelle. Ce sont ces mêmes politiciens au service des patrons et des riches, qui décident de voler la retraite des travailleurs, de taper dans les maigres ressources des chômeurs, de massacrer la couverture santé de ceux qui en ont le plus besoin. Les mêmes qui démolissent les services publics, ouvrent les caisses de l’Etat et creusent le déficit des caisses sociales pour subventionner les entreprises et diminuer les impôts des plus fortunés.
Pour tous ces sales coups, il faut des politiciens, serviteurs du patronat et des riches, aux mœurs d’autant plus sales qu’ils se bousculent pour la basse besogne.
Dans quelques semaines, les élections régionales vont nous permettre de dire ce que nous pensons de ceux qui nous gouvernent en aggravant toujours davantage l’injustice sociale. Avec l’extrême-gauche, les listes communes de Lutte ouvrière et de la Ligue Communiste Révolutionnaire, nous aurons l’occasion de dire non au scandale de ces politiciens vendus aux riches et d’exprimer clairement notre volonté de faire reculer le patronat et le gouvernement sur la politique qu’ils mènent contre les travailleurs. Plus nous serons nombreux à le faire et mieux nous préparerons la bataille sur le seul terrain où nous pourrons la gagner, dans les entreprises et dans la rue.