Carte Blanche pour attaquer la Sécu ?
lundi 26 janvier 2004
En fin de semaine dernière, le Haut Conseil pour l’avenir de l’assurance-maladie a rendu ses conclusions au ministre de la santé, Mattei. Un rapport sur la Sécu concocté par 53 personnes : organisations patronales mais aussi syndicales, professions médicales, caisses d’assurance-maladie, partis politiques, de droite comme l’UMP, mais aussi Parti socialiste… Le gouvernement, commanditaire du rapport, insiste sur cette diversité. Et sur le fait que tout ce beau monde serait tombé d’accord sur le diagnostic.
Il se trouve que, comme par hasard, le rapport du Haut Conseil dit exactement ce que le gouvernement a envie d’entendre. L’assurance-maladie serait « au bord du gouffre », le déficit 2004 (11 milliards d’euros) « critique », les dettes prévues pour 2020 (66 milliards) « insupportables ». Bref : une catastrophe imminente, paraît-il…
Que préconise le Haut Conseil ? Là encore, pas de surprise. Premièrement, moins rembourser. Deuxièmement, cotiser plus. La CSG serait augmentée, et les chômeurs comme les retraités seraient particulièrement touchés puisque leurs cotisations seraient alignées sur celles des actifs !
Ces discours sur la Sécu sont une mauvaise rediffusion de ceux de l’année dernière sur les retraites, et ils sont toujours aussi mensongers. Le « trou de la Sécu » ? Si l’Etat arrêtait d’exonérer de charges les entreprises, c’est de gros excédents qu’il faudrait parler. La Commission des Comptes de la Sécurité sociale écrivait en septembre dernier : « Le montant des cotisations exonérées a été multiplié par six entre 1993 et 2003, passant d’environ 3 milliards d’euros à près de 20 milliards pour le régime général ». La part des entreprises dans le financement de la Sécu est passée de 54 % à 43 % entre 1989 et aujourd’hui. Et les aides des pouvoirs publics aux entreprises représentent 45 milliards d’euros par an… Une autre cause de la baisse des cotisations, c’est la baisse du nombre de cotisants due au chômage. Mais la seule réponse du gouvernement là-dessus, c’est d’alléger encore les charges patronales sous prétexte d’« aides à l’emploi » bidons, et de taxer les chômeurs !
Le fait que Mattei et Raffarin fassent reprendre leurs refrains par la marionnette d’un Haut Conseil, même comprenant des syndicalistes, ne les rend donc pas plus justes. En revanche, cela augure mal de la volonté des directions syndicales d’organiser la bagarre pour la Sécu. Le coordonnateur du rapport s’est d’ailleurs étonné de n’avoir « pas plus de mal à accoucher d’une position commune », et l’attitude des membres du Haut Conseil leur a valu les félicitations du Premier ministre…
De leur côté, les barons du Parti socialiste ont fait entendre une critique discrète des projets gouvernementaux. A quelques semaines des élections régionales et européennes, il faut bien qu’ils essayent de se démarquer un peu de la droite ! Pas facile pourtant quand on a été si longtemps aux affaires. D’ailleurs, sur la Sécu, le jackpot des lois RTT mises en place sous Jospin a représenté une énorme partie des cadeaux aux entreprises de ces dernières années. Et les déremboursements de médicaments auxquels se livre aujourd’hui Mattei, Martine Aubry les avait bien préparés !
Ce qui intéresse ces gens-là, ce ne sont pas nos feuilles de remboursement, c’est notre bulletin de vote. Revenus au pouvoir, les partis de l’ex-gauche plurielle ne reviendraient sûrement pas sur la politique de Chirac et Raffarin, qui n’ont fait que prendre le relais de la leur.
Dans les urnes, le seul carton rouge à mettre à toutes ces politiques anti-ouvrières, c’est le bulletin extrême gauche LO-LCR. Pour leur dire au moins clairement notre opposition. Même si ça ne suffira évidemment pas à siffler la fin de la partie, car il n’y a que dans les entreprises et dans la rue où une issue favorable puisse se jouer. Loin des Hauts Conseils, de l’Elysée et de Matignon.