Chirac et sa loi contre l’emploi
lundi 12 janvier 2004
Chirac se veut sur le devant de la scène, présent sur le front de la « lutte contre le chômage ». Il l’a affirmé lors de ses vœux télévisés : il prépare une « loi de mobilisation pour l’emploi ».
Il l’a répété la semaine dernière, lors des vœux aux « forces vives », devant un parterre de représentants patronaux et syndicaux. Là, il a précisé ses intentions concernant l’ « emploi » : au plus grand plaisir du Medef, Chirac a annoncé une exonération de la taxe professionnelle, qui sera mise en place au plus vite. Ce cadeau fiscal aux entreprises est estimé à plus d’un milliard d’euros pour l’année 2004. La recette est bien connue : on exonère les entreprises de charges, d’impôts, en prétendant que c’est pour les aider à investir ou à embaucher. Une recette qui a été largement utilisée par les gouvernements de gauche comme ceux de droite. Tout cela n’a ni fait reculer le chômage, ni créé le moindre emploi. Et le milliard d’euros en moins, comme chacun de ces cadeaux aux patrons, cela signifiera autant de prestations en moins dans les services publics, ou alors autant de prélèvement de plus sur les contribuables.
La taxe professionnelle n’est pas le seul cadeau au programme : il y aura sûrement bien d’autres exonérations de charges sociales, et de nouvelles réductions d’impôts pour les plus riches. Mais pas seulement : Chirac et Raffarin prévoient aussi de rendre les travailleurs plus précaires encore. Le code du travail serait « inutilement complexe » : la loi « pour l’emploi » devrait le « simplifier ». Par exemple, en reprenant l’idée du Medef de « contrat de mission ». Un contrat à durée déterminée, mais à la durée non fixée, en fonction d’une « mission », qui pourrait durer jusqu’à cinq ans. C’est la porte ouverte à la généralisation de la précarité !
Chirac a aussi des projets pour les licenciements. Il ne s’agit évidemment pas de les interdire, ce qui serait la seule mesure qui pourrait mettre un coup d’arrêt à l’aggravation du chômage. Non, il s’agit d’exaucer les vœux patronaux d’accélérer les procédures dans les cas de « restructurations ». Alors que des entreprises comme Alstom ou Bosch multiplient aujourd’hui les plans dits sociaux, le gouvernement veut leur permettre de licencier plus vite et plus facilement ! Voilà leur conception de la lutte pour l’emploi ! Et là aussi, il faudrait accepter l’argument que tout ce qui est bon pour les patrons serait bon pour les salariés !
Tout dans les annonces de Chirac confirme la poursuite de l’offensive anti-ouvrière. L’année dernière était déjà pleine de mauvais coups avec la réforme des retraites, les réductions des indemnités chômage, ou la création du RMA qui permet aux patrons d’embaucher un RMIste pour un salaire en dessous du minimum vital, en déboursant seulement 183 euros par mois. Sans oublier qu’au nom de la « sauvegarde » de la Sécu, après avoir augmenté le forfait hospitalier, le gouvernement mijote une « réforme », qui impliquera de nouvelles restrictions des remboursements, et limitera l’accès aux soins.
En ce début d’année électorale, Chirac et le gouvernement font monter la sauce pour se faire mousser auprès de la droite la plus antiouvrière, en multipliant leurs attaques contre les salariés. Mais il n’est pas écrit que l’année sera aussi heureuse que Chirac et le patronat l’espèrent. Aux prochaines échéances électorales, les électeurs auront aussi la possibilité de se prononcer avec l’extrême-gauche pour l’interdiction des licenciements, pour le contrôle des comptes des entreprises, pour la suppression des aides au patronat et la création d’emplois dans les services publics avec les économies ainsi réalisées, car Lutte Ouvrière et la Ligue Communiste Révolutionnaire y défendront ce programme en commun. Et surtout, les travailleurs ont la force sociale de riposter à ces attaques. Par leurs luttes, ils peuvent faire reculer le gouvernement, lui faire remballer ses plans sur « l’emploi » et la Sécu.
Une riposte d’ensemble des salariés contre les attaques gouvernementales et patronales, c’est bien cela qu’il faut préparer : la seule mobilisation pour l’emploi possible !