Un grand soir qu’ils n’auront pas volé
lundi 6 octobre 2003
Finalement, le gouvernement s’est voulu patelin sur l’histoire des 35 heures : il n’y aura pas de « grand soir » à ce sujet, a dit le ministre du travail. Le « dialogue social » avant tout, dit Raffarin. Autrement dit, le gouvernement s’apprête à négocier avec les syndicats une aggravation des dispositions de la loi Aubry sur les 35 heures au niveau de chaque entreprise : encore plus de flexibilité, d’heures sup non payées, d’annualisation à la convenance des patrons.
Ce faisant, la grande campagne d’intox contre le monde du travail continue. De Raffarin aux petites stars du grand patronat, tout le monde y va de sa petite phrase : il faut « réhabiliter le travail », la « France n’est pas un parc de loisirs » (Raffarin !)… Trop de congés maladies ! A bas la paresse ! C’est la faute aux 35 heures… Bref, ouvriers, employés, jeunes, vieux, sus aux heures sup, gratis si possible ! Et les poches du patronat seront bien remplies !
Ah, les prétendues 35 heures ! Le gouvernement prétend qu’elles coûteraient trop cher à l’économie française. C’est vrai que 8 milliards d’euros versés aux patrons encore cette année au titre d’allègements de charges pour la RTT, c’est pas donné ! Cela, Raffarin ne propose pas de le leur reprendre, pas plus qu’il ne remet en cause l’annualisation du temps de travail, la flexibilité et le gel des salaires qu’on nous a imposés par la même occasion !
Dans la même veine, Fillon voudrait rendre le marché de l’emploi « plus fluide, plus ouvert, plus efficace ». En clair il rêve de contrats à durée déterminée pour une durée illimitée. Le travail précaire pour tous, c’est ça l’égalité ! Le gouvernement s’en prend démagogiquement aux 35 heures, mais c’est pour mieux s’engouffrer dans la brèche que l’annualisation a creusée dans la législation du travail.
Les 15 000 morts de la canicule cet été ? C’est paraît-il aussi la faute aux 35 heures ! Mattei n’a décidément pas honte : c’est ce gouvernement qui a réduit l’accès des personnes âgées à l’aide à domicile. Et cela fait 20 ans que tous les gouvernements successifs pratiquent cette politique criminelle qui consiste à diminuer le personnel soignant et à fermer les lits. Ce n’est pas la RTT qui a aggravé cette situation, c’est le refus d’embauches correspondantes.
Car il y a 35 heures et 35 heures. Les 35 heures de la loi Aubry, du précédent gouvernement socialiste, n’imposaient pas aux entreprises d’embaucher en conséquence. Résultat, l’intensité et la flexibilité du travail se sont aggravées, et ce sont encore les patrons qui ont remporté le gros lot. La droite et la gauche, au-delà des mots, ne rivalisent que dans la façon de mieux servir le patronat. Une nouvelle alternance gouvernementale n’y changerait rien.
Il n’y a pas de véritables conquêtes sociales sans bagarre. C’est d’ailleurs au moment où les syndicats s’évertuent à jouer les gentils partenaires sociaux et signent les accords que le patronat et le gouvernement leur présentent, formation professionnelle et autres, que les travailleurs se prennent les pires volées de bois vert !
Face aux nouvelles attaques qui se profilent, Sécurité sociale en tête, les travailleurs ne peuvent compter que sur eux-mêmes et sur leurs luttes. Les plans de licenciements se suivent et le chômage ne cesse d’augmenter. Tous ensemble, nous pouvons nous y opposer, exiger l’interdiction des licenciements collectifs et l’ouverture des livres de compte, et pourquoi pas, une vraie réduction du temps de travail, sans perte de pouvoir d’achat, avec amélioration de nos conditions de travail, de vie et de loisirs : c’est-à-dire avec les embauches qui s’imposent, dans les services publics, l’éducation, la santé, les transports et partout où c’est nécessaire.