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Raffarin, maillot vert ? Mais le Tour n’est pas fini !

lundi 28 juillet 2003

Alors que le climat social reste chaud, Raffarin a tenté de retaper un peu l’image de son gouvernement lors d’une conférence de presse, la semaine dernière. Une occasion pour lui de mettre en scène l’adoption de sa loi sur les retraites par le Parlement. Pour autant, Raffarin est resté prudent. A propos des « réformes », il a lancé : « Nous sommes dans la course au maillot vert, étape après étape, plutôt qu’au maillot jaune ». Il a répété que la loi contre les retraites « n’était pas la victoire d’un camp sur un autre », il a regretté des « erreurs » de la part de son gouvernement… Et puis, après quelques appels du pied aux organisations syndicales, il nous a servi des louches et des louches de sa vieille soupe sur le « dialogue social ». Jouant au plus bête, Raffarin nous a ainsi répété que si des centaines de milliers de travailleurs se sont retrouvés en grève et dans la rue le printemps dernier, c’est parce qu’ils n’avaient pas compris le sens de sa prétendue réforme des retraites !

Cette mélasse qu’il nous sert depuis un an sur le « dialogue » et la « concertation », on sait par cœur ce qu’elle cache. En ce moment même, alors qu’il tente laborieusement de se redonner un visage rassurant, le gouvernement conduit des nouvelles attaques contre les travailleurs.

Il s’en prend d’abord à l’épargne des classes populaires. Le taux de rémunération du Livret A est ainsi passé de 3 % à 2,25 %. Avec cette mesure, l’Etat se sert en premier, puisqu’elle lui permet de voler un milliard d’euros aux petits épargnants ! Il sert ensuite les financiers : les grandes banques trouvaient que le taux du Livret A leur faisait de la concurrence, elles espèrent mettre la main sur nos économies grâce à cette baisse. Le taux du Livret d’Epargne Populaire, qui concerne les ménages encore plus modestes, devrait aussi être rogné d’un point d’ici un an. Pendant ce temps-là, l’impôt sur la fortune est toujours plus léger… Voilà ce qu’il y a derrière les raffarinades prétendant « préserver l’épargne des Français les plus fragiles  » !

L’autre grosse attaque concerne la Sécurité sociale. En avril dernier, le gouvernement avait déjà fait passer le taux de remboursement de 617 médicaments de 65 % à 35 %. Il publie maintenant une liste de 84 médicaments qui ne seront plus remboursés du tout par la Sécu. Et ce n’est qu’un début : d’ici deux ans, plus de 600 médicaments devraient être ainsi déremboursés. Un pas de plus vers une médecine à deux vitesses ! Le gouvernement préparerait encore l’imposition d’un forfait d’un demi euro sur toutes les boîtes de médicaments, et d’un euro sur les feuilles de soins.

Les paroles doucereuses de Raffarin cachent donc mal que sa politique antisociale continue. Mais elles ne signifient pas que cela. Si le gouvernement est prudent, c’est aussi qu’il n’est pas sorti indemne de la lutte sur les retraites. Le mouvement actuel des intermittents et même l’échec du référendum sur la Corse lui montrent que le mécontentement n’est pas retombé. Voilà pourquoi Raffarin s’efforce maintenant d’amadouer les personnels de l’Education nationale en parlant d’une augmentation (même minime) de leur budget. Voilà pourquoi il en a rabattu sur ses menaces de supprimer la moitié des postes de fonctionnaires partant à la retraite. L’ouverture du capital d’EDF-GDF ? Raffarin affirme « garder le cap », mais elle est repoussée. L’offensive générale contre la Sécu promise pour la rentrée prochaine ? Il serait maintenant question de l’étaler sur deux ou trois ans.

Cette inquiétude gouvernementale, c’est un encouragement pour la lutte. Ce que le gouvernement et le Parlement ont fait, oui un mouvement d’ensemble des travailleurs et la rue peuvent le défaire ! Raffarin sait que les braises du mouvement du printemps dernier sont encore chaudes. Il sait que si la température sociale ne baisse pas, il pourrait bien être obligé à remballer toutes ses attaques, et même à revenir sur sa loi contre les retraites. Il comptait faire une pause à la rentrée ? Il dépend de nous de ne pas lui accorder.